Fra Angelico et les maîtres de la lumière

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Fra Angelico et les maîtres de la lumière
© 2011. Photo Scala, Florence
'Naissance et vocation de saint Nicolas aumône aux trois jeunes filles pauvres', vers 1447-1449, Pinacoteca Vaticana, Roma – Musei Vaticani, Città del Vaticano

Fra Angelico pleurait-il vraiment à chaque fois qu'il peignait le visage du Christ sur la croix, comme le raconte Giorgio Vasari, auteur de la biographie des grands maîtres du Quattrocento ? Si la légende n'est pas avérée, elle illustre en tout cas à merveille la ferveur religieuse de ce peintre virtuose.

Au XVe siècle, Florence, nouvelle capitale humaniste et artistique, se dessine comme l'une des cités les plus fascinantes de son époque. De nombreux talents s'y imposent, renouvelant les techniques et les modes d'expression, préparant doucement le monde à entrer dans la Renaissance. Parmi eux, Fra Angelico, le moine enlumineur, le frère dominicain, va incontestablement frapper la peinture de son génie.

La petite rétrospective du musée Jacquemart-André permet de mieux mesurer son talent et de comprendre la place particulière qu'il va occuper sur cette scène foisonnante, pendant une période charnière. Les salles sont petites, loin d'être surchargées, mais d'une pièce à l'autre, dans la semi-obscurité qui contraste chacune des œuvres de cette exposition, le récit se met en marche.

Au point de départ, l'élève et son maître, Lorenzo Marco. On prend mesure de l'héritage de Fra Angelico, la rigueur toute médiévale du courant gothique international. On comprend ensuite comment cet homme d'église, sans jamais s'affranchir complètement de ses influences, va non seulement assimiler les innovations de son temps mais aussi développer et apposer sa propre marque sur le climat créatif ambiant.

Dans la nouvelle Florence qui se passionne d'architecture et de sculpture, de grands artistes tels que Donatello, Ghiberti ou Brunelleschi réinventent la considération des espaces. Le relief règne et gagne rapidement le champ pictural qui s'habille de profondeurs. Fra Angelico s'imprègne de cette tendance, l'adopte très vite. Il peint désormais en perspective, joue avec les dimensions, les formes, les couleurs, les ombres, les lumières et, bien sûr, l'or, matériau à la valeur symbolique capitale qu'il manie comme personne.

L'artiste s'échappe de l'iconographie religieuse traditionnelle. Il réinvente le cadre narratif des œuvres qu'il interprète. Il raconte, met en scène, élabore des compositions soignées, complexes. Et même s'il ne touche pas encore au réalisme proprement dit, l'expression de ses personnages prend de l'ampleur. Son univers semble parfois poétique, presque empreint de sentimentalisme. Peut-être est-ce parce que le peintre-moine n'utilisa ses talents que pour les mettre au service de sa foi. Il y a toujours dans ses œuvres, qu'elles soient retables, enluminures, toiles ou fresques, une sorte d'expression contemplative, voire méditative.


L'exposition du musée Jacquemart-André se garde bien de nous étouffer sous une accumulation de pièces. Le parcours, qui s'achève avec la vidéo du couvent de San Marco – le chef-d’œuvre de Fra Angelico –, est plutôt court, mais il va à l'essentiel et raconte avec brio la vie et le talent de ce maître du Quattrocento. On peut regretter, peut-être, que l'aspect économique, les ressorts du mécénat ou l'entourage de l'artiste soient trop peu évoqués. Fra Angelico n'est pas ici seulement peint par rapport à sa place dans la révolution florentine. Ce sont ses particularités, sa virtuosité et son histoire, son essence-même donc, que le musée a choisi de mettre en lumière. La relecture est intimiste et la synthèse, réussie.

Par Amélie Weill

Téléphone de l'événement 01.45.62.11.59
Site Web de l'événement http://www.expofraangelico.com/
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