Fukushima : l'invisible révélé

Art , Photographie
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La réalité silencieuse de la zone sinistrée merveilleusement révélée par deux artistes français.

Que s'est-il passé à Fukushima ? Cette question qui pourrait rester sans réponse, éternellement, on ne peut s'empêcher de la poser. Et pourtant on ne sera qu'inlassablement frustré et insatisfait des explications, descriptions et autres théorisations de l'événement nucléaire. Alors, sans cesse, on reviendra à la charge, cherchant en vain une raison, une bonne démonstration, une acceptable réalité. Mais le mur de l'indicible est tenace, la catastrophe l'a érigé vaste et indestructible. Comme Emmanuelle Riva s'entendant répéter dans le sublime film 'Hiroshima mon amour' d'Alain Resnais « Tu n'as rien vu à Hiroshima », vous ne pourrez rien voir à Fukushima. Deux artistes audacieux, Hélène Lucien et Marc Pallain, s'associent donc pour décaler l'impossible question et tenter de rendre compte non pas de ce qu'il s'est passé, mais de ce qu'il reste.

Dangerosité ambiante

Leur travail, protéïforme, fait état de trois niveaux de réalité de la zone sinistrée : l'intensité de la radiation de la terre, les (non-)habitants et la politique adoptée par le gouvernement pour masquer l'ampleur des dégâts et conserver ainsi une image sereine et rassurante par rapport à ses responsabilités. Les artistes donnent forme à chacune de ces facettes d'une même invisibilité de façon totalement perspicace et originale. Les radiations se matérialisent sur des films radiographiques médicaux exposés sur la zone de trois à trente-sept jours. L'air irradié imprime les feuilles de radio et y dépose des formes blanches, traces de cette dangerosité ambiante et inévitable qui ont l'air de danser sous nos yeux mais sont autant fascinantes que terrifiantes.

L'art comme témoin subtil de la catastrophe

Ce procédé presque scientifique sublime la réalité en même temps qu'il en révèle la puissance invisible. L'art devient ici nécessaire, inventant une autre forme de langage qui décèle les failles du réel, et en perce les différentes strates avec des moyens empruntés à d'autres domaines. Inventif, perspicace et fin observateur, le duo expose deux autres pièces de son travail à Fukushima, deux autres installations où se mêlent sculptures (Lego, Playmobil ou plâtres presque traditionnels), photos et vidéos dans un dialogue ténu mais vivace pour faire état de cette réalité brute car catastrophée mais irregardable car rendue aveugle par sa nature même.

D'une justesse incroyable dans les formes et procédés utilisés pour rendre compte de cette incommensurabilité qu'est le dévaste causé par un accident nucléaire, le travail d'Hélène Lucien et Marc Pallain est d'une rare beauté qui témoigne d'un véritable regard artistique sur le monde et ses chavirements. Il vous reste une petite semaine pour aller rencontrer cet Invisible révélé.

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