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Visite de l'Institut Culturel Mexicain

D'Acapulco au métro Rambuteau

/ Courtesy Canana Producciones et Tamasa Distribution
Carlos Reygadas, 'Este es mi reino, revolucion', 2010

Caché dans un discret bâtiment de la rue Vieille du Temple, l'Institut Culturel Mexicain tranche avec la monotone kyrielle de boutiques s'y faisant face tout autour de lui. Mais si sa devanture est d'une rutilance toute relative, ce centre n'en reste pas moins l'un des plus actifs des instituts étrangers à Paris. Et pour cause. La culture au Mexique est à l'image de sa société, violente, passionnée et d'une incroyable vigueur. Pourtant, comme l'a prouvé le récent cycle du Louvre, l'art mexicain est très souvent réduit au précolonial, à la Nouvelle Espagne du XVIIe, à son extraordinaire cinéma et au couple Frida Kahlo et Diego Rivera.

Le centre culturel ne renie pour autant pas cet héritage et a même pris le parti de faire vivre l'engagement du couple Diego et Frida. L'art y devient un moyen de transformation sociale et la culture un facteur de développement autant qu'un espace critique face aux différents courants de pensée du pays. Une exposition leur a été consacrée avec le photographe Leo Matiz, comme s'il fallait encore les resituer dans le contexte mexicain très créatif de la première partie du XXe siècle. C'est une tradition, les expositions et les œuvres se centrent ici sur ceux n'ayant pas la parole. 'Ex-voto', en 2011, abordait à la fois une histoire de l'art alternative via des œuvres vouées au culte et, de manière implicite, le rapport de l'art populaire mexicain au sacré.

Dépasser sa mission de promotion des artistes semble être l'agréable manie du centre culturel, sans doute liée à sa fougueuse nature mexicaine. Il serait pourtant facile de tirer une carte postale idyllique de ce pays, des plages d'Acapulco ou de Cancun au magnifique centre-ville de Puebla. Pourtant, la dernière exposition s'attarde sur les rêves de migration d'un peuple filmé et photographié par vingt artistes eux-mêmes résidents en France. On y découvre une photographie vivante et violente, typique de l'Amérique latine, rehaussée de la fierté mexicaine et de la violence qui fait du pays de Carlos Fuentes l'un des plus fascinants au monde.

On y découvre également des documentaristes, peintres, sculpteurs, ainsi que de multiples formes d'arts populaires qui jonchent les œuvres. Comment figurer le Mexique sans les symboles de la lucha libre ou du Jour des morts ? Cela paraît impossible, au moins autant que d'oublier la saveur unique d'une cerveza Sol, l'une des boissons nationales, ou le vigoureux cinéma mexicain. Celui-ci s'invite souvent entre les murs d'un institut qui n'hésite pas à sortir de ses bases pour travailler main dans la main avec, par exemple, le Forum des Halles. L'équipe est tout aussi active quant à la littérature, tissant un partenariat avec le prix Rulfo, rien que ça. La musique non plus n'est pas en reste avec des résidences de compositeurs mexicains et des invitations d'artistes comme Wakal, dont le travail sur les sons de rues à Mexico pour son premier album 'Pop Street Sound' préfigurait celui du Français Chassol en Inde de douze ans.

L'exposition la plus considérable et marquante à ce jour reste celle très poétique que l'Institut a réalisée sur les papillons monarques. Inscrite dans le cadre de la Stratégie Culturelle pour la Conservation du gouvernement mexicain, les 4 500 kilomètres parcourus furent le prétexte pour présenter à travers des œuvres d'art contemporain « enveloppantes », principalement des peintures et des vidéos projetées du sol au plafond, le milieu naturel fréquenté par ces insectes au cours de leur séjour de cinq mois au Mexique. Des bas-fonds de Ciudad Juarez aux forêts du Yutacan, l'Institut Culturel Mexicain révèle sur ses murs un Mexique plus vrai que nature.

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