'Il était plusieurs fois' par Frédéric Boyer et Serge Bloch

Art, Dessin
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il était plusieurs fois (© E.Boutié)
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Une dizaine d'épisodes de la Bible adaptée en bande dessinée littéraire par Frédéric Boyer et Serge Bloch.

Couloirs rougeoyants pleins de la puissance de la création du monde, les étages d'une des allées du 104 accueillent l'origine du monde vue par deux artistes, un romancier et un dessinateur. On monte à travers la lumière à peine créée, les premières paroles naissantes et le souffle de la vie pour rencontrer les planches dessinées par Serge Bloch et racontées par Frédéric Boyer qui, ensemble, se sont réappropriés le texte mythique et fondateur de la culture chrétienne : la Bible.

Lisible mais lisse ?

Dessins à échelle humaine, enfilade de pages déployées ou alcôves de dessins animés portés par la voix d'André Dussollier… L'exposition (assez courte) propose un parcours libre d'une pièce à l'autre, d'un conte à l'autre. Souvent, de lointains souvenirs rejaillissent, tels le meurtre jaloux de Caïn ou le Cantique des cantiques, et parfois on se laisse surprendre par un épisode qu'on ne connaissait plus. La voix rauque et lente de Dussollier déplie la narration en lui rendant sa simplicité, son évidence. Les traits vifs mais sans artifice des dessins de Serge Bloch épurent ce texte souvent considéré comme un vaste fouillis sur-annoté et aux multiples imbrications confuses. 

Cette limpidité appréciable aplanit quelquefois et la polyphonie de la Bible et le mystère qui pourrait se dégager des dessins. A tout vouloir rendre clair et lisible, les auteurs n'auraient-ils pas lissé leur propos et effacé toute part sombre de leur recherche ? Dans une ambition frôlant la démagogie, il semblerait qu'ils en aient presque oublié d'avoir un regard sensible et esthétique sur la matière même de leur travail. 

Un récit et une expo pétris de contradictions

Les animations des dessins de Serge Bloch sont certes amusantes et bien souvent pleines d'humour, elles ne captivent pas non plus. Les mots y apparaissent et dansent au rythme de l'énonciation particulière de Dussollier sans pourtant ouvrir sur un monde fascinant qui nous happerait. On reste malheureusement toujours le même après avoir vu cette exposition. Et ni les histoires, ni les images ne se sont imprégnées dans notre esprit. Seules les premières fresques réalisées dans le couloir, dont le trait rappelle les peintures rupestres faites dans l'urgence de la mémoire et du matériau disparaissant au fur et à mesure qu'il trace, ont une beauté peu ordinaire qui frappe l'œil et déroute la pensée. Ainsi, on a l'impression d'être revenu au temps de la création du monde où la main de l'homme témoignait de sa propre histoire dans un instinct de survie tourné vers son futur.

En définitive, ‘Il était plusieurs fois’… laisse un peu sur sa faim par sa brièveté et son uniformité alors que son titre laissait entendre une multitude de débuts, d'interprétations et de visions. On aurait aimé que cet élan se réalise dans la démultiplication des pains et des poissons, entourée d'une sorte d'aura mystique irrationnelle et inexplicable, mais l'on reste bien ancré dans notre terre et notre réalité. 

Par Elise Boutié

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