Israel Ariño : Le Temps éparpillé

Art, Photographie Libre
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 (Israel Ariño, 'Le Nom qui efface la couleur', 2014 / Courtesy de l'artiste et galerie VU', Paris)
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Israel Ariño, 'Le Nom qui efface la couleur', 2014 / Courtesy de l'artiste et galerie VU', Paris
 (Israel Ariño, 'Atlas', 2006-2012 / Courtesy de l'artiste et galerie VU', Paris)
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Israel Ariño, 'Atlas', 2006-2012 / Courtesy de l'artiste et galerie VU', Paris
 (Israel Ariño, 'Le Nom qui efface la couleur', 2014 / Courtesy de l'artiste et galerie VU', Paris)
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Israel Ariño, 'Le Nom qui efface la couleur', 2014 / Courtesy de l'artiste et galerie VU', Paris
 (Israel Ariño, 'Le Nom qui efface la couleur', 2014 / Courtesy de l'artiste et galerie VU', Paris)
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Israel Ariño, 'Le Nom qui efface la couleur', 2014 / Courtesy de l'artiste et galerie VU', Paris
 (Israel Ariño, 'Espacio imaginario', 2000-2006 / Courtesy de l'artiste et galerie VU', Paris)
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Israel Ariño, 'Espacio imaginario', 2000-2006 / Courtesy de l'artiste et galerie VU', Paris

Décidément, après l'exposition des époux Blume à Beaubourg, cette année, à Paris, l'été photographique a des relents fantastiques. Pourtant, tout avait commencé on ne peut plus sagement. Dans la première salle de la galerie VU', Israel Ariño se place plutôt dans une veine autobiographique. Les tirages éparpillés sur les murs donnent l'impression de suivre un fil narratif ténu, qu'il revient au visiteur de reconstituer. Une statue, un matin brumeux, un peu de végétation, un portrait : à l'image de la série 'Atlas', les bribes de noir et blanc se connectent petit à petit, esquissant un portrait en creux de celui qui les accumule.

Accrochées à même le mur, sans cadre ni verre, les photos créent une profonde proximité avec le visiteur, leur petit format ajoutant encore à l'intimité que l'artiste espagnol suscite. Car la forme occupe, autant que le fond, une place capitale dans l'œuvre d'Israel Ariño. Le type de papier, le choix du tirage, les dimensions... Chez ce professeur à la faculté des Beaux-Arts de Barcelone, la mise en scène est primordiale pour attirer peu à peu le visiteur dans ses filets. Et, dès la seconde salle (on passera sur la série intermédiaire disposée au-dessus de la bibliothèque de la galerie et donc difficile à appréhender), l'étrange poésie que l'on avait perçue bascule dans le fantastique.

Héritier du surréalisme, Israel Ariño joue avec les codes de la photographie spirite  ou même du film d'horreur. En résultent des images marquées par le bizarre (échelles dansantes, vaisseau fantôme, brume inquiétante...), rendues encore plus étonnantes par les procédés qu'il utilise, comme le collodion humide, tout droit sorti du XIXe siècle, qui donne à ses prises de vue des airs centenaires. A l'inverse, ses images « normales » semblent contaminées par l'ambiance de ses clichés plus étranges, quand ce ne sont pas les textes farfelus d'Emmanuel Reuzé qui s'y attellent : et voilà qu'un arbre mort un peu flou devient l'une des rares photos de l'homme invisible (!), ou qu'une rangée d'enfants alignés sur un ponton se mue en trace d'esprits maudits sortis d'un lac macabre. On l'aura compris, dans l'objectif de l'Espagnol, la photographie n'est plus le reflet du réel, mais bien l'écho d'une réalité subvertie. Dans un mélange d'humour et de poésie, l'insolite jaillit du quotidien, le mystère surgit du banal.

Du lundi au vendredi de 14h à 19h.

Par Mikaël Demets

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