Jean-Pierre Laffont, Tumultueuse Amérique

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Jean-Pierre Laffont, Tumultueuse Amérique
© Jean-Pierre Laffont

‘Une série d’accidents’. C’est ainsi que le photojournaliste français né en Algérie, Jean-Pierre Laffont définit sa longue traversée de l’Amérique. L’ex-photographe de stars a toujours été fasciné par les Etats-Unis, ses mutations, ses progrès, sa naissance au siècle. Des années 1960 à nos jours, il a transporté son appareil chez les prostitués, les camés, les malheureux, les condamnés. Celles et ceux dont on ne parle pas, contrairement aux Kennedys et autre Nixon.

Les morceaux choisis sont énergiques, bruyants, transpirants. La saleté crasse de la 42e rue de New York émane de chaque image. On suit du regard les enfants déscolarisés et oubliés de l’ère Reagan, on les voit s’approprier l’asphalte de la ville avec leurs jeux d’eau. L’âge d’or des guerres de gangs jaillit de chaque portrait, brille à la lueur des revolvers. C’est une Amérique qui grandit mal. Laffont a rencontré ces anciens babyboomers, fermiers des contrées reculées à la peau pétrie par le labeur et ruinés par la grande distribution. La mort plane comme un ange noir, gardien terrifiant de la Loi avec ses nuances sombres d’un deuil annoncé. On retrouve la tristement célèbre chaise électrique de la prison de Sing Sing à Ossiny dans l’Etat de New York, les cérémonies de feu du Ku Klux Klan, la drogue dure en Faucheuse des rues.  

Témoin absolu de cette marche bancale américaine, Laffont en a été aussi l’acteur. En tant que journaliste, il a couvert le Watergate, a été correspondant à la Maison Blanche. Il remportera le World Press en 1979. Loin de vouloir représenter la vérité des puissants, il a voulu montrer les désespérances d’une nation. On contemple ému, l’intimité professionnelle d’un reporter d’images, ses carnets, les centaines d’annotations, des légendes, des coupures de journaux et les multiples cartes de presse. De précieux sésames. 'Tumultueuse Amérique' est l’aboutissement d’années d’un travail de fond extrême et éreintant, où les sujets restent les protagonistes brisés d’un pays qui sait être sans pitié. L’Histoire se dresse devant nos yeux, explosive et authentique. L’Amérique nous apparaît alors comme une mère nourricière qui aurait dévoré ses propres enfants… Elle anime notre curiosité et nous subjugue par sa violence.

Du mercredi au dimanche de 11h à 19h45. Entrée libre les mercredis à partir de 17h.

Par Hannah Benayoun

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