Jeff Wall : Smaller Pictures

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Jeff Wall : Smaller Pictures
©Jeff Wall / Courtesy of the artist

Jeff Wall expose, pour la première fois, des œuvres en petits formats. Un pari audacieux et réussi.

La Fondation Henri-Cartier Bresson propose une nouvelle exposition de l’artiste Jeff Wall intitulée, non sans malice, 'Smaller Pictures'. Des œuvres du photographe canadien en petits formats ? Une première et un défi également pour celui qui a l’habitude de travailler avec des images « grandeur nature ». Ses célèbres 'Transparencies' sont des photographies mises en scène avec rigueur et visibles dans des caissons lumineux pouvant atteindre trois mètres de haut. Pour lui, ces panneaux ne sont pas « de la photographie, (…) du cinéma, (…) de la peinture, (…) de la publicité, mais (sont) fortement associé(s) à tout cela ». Si bien que, depuis les années 1970, ils deviennent sa façon de documenter le monde, à la manière d’un « peintre de la vie moderne ».

Les trente-cinq tirages présentés proviennent, en grande majorité, de la collection personnelle de l’artiste. La sélection, selon lui, s’est déroulée ainsi : « Certaines de ces images ne se sont pas laissé intégrer dans les projets plus grands (…), certaines se sont détachées d’autres projets (…), certaines encore ont surgi un peu par accident, je les vois rassemblées ici momentanément en provenance d’orbites différentes. » Le travail de Jeff Wall s’inscrit ici dans une veine plus documentaire que cinématographique. Il propose une errance, comme celle qui le conduit à la recherche de ces petites images, sans unité de forme, de lieu ou d’action. Le parti-pris déstabilise moins qu’il n’intrigue. Il interroge, dans l’image, l’espace-temps comme l’échelle. Au premier étage, quatorze caissons lumineux, ni très grands, ni trop petits, confèrent à l’exiguïté de la pièce une étrange sensation lumineuse semblable à l’éclairage nocturne d’un abribus. Il n’existe pas de séries stricto sensu mais des dérives, par exemple, d’un même motif, comme 'Diagonal Composition' : il photographie l’évier délabré de son atelier et propose un travail de composition pensée comme une œuvre picturale. Plus loin, une serviette blanche sale, quelques petits pois dans une barquette, un trou dans un mur abîmé, une serpillère usagée sur un sol crasseux, bref, une obsession pour le propre et le sale qui renvoie à une autre antonymie : un long processus de prise de vue du « tableau-cinématographique » face à l’approche spontanée du travail documentaire.

Au deuxième étage, les caissons disparaissent, place aux tirages jet d’encre ou gélatino-argentiques, en noir et blanc ou en couleur avec des formats différents. Certaines images sont capturées sur le vif avec un téléphone portable, à l’exemple de 'Searchers 2007', dont la composition rappelle autant les travailleurs des champs du peintre Georges Seurat que, plus contemporain, les peintures de l’Allemand Tim Eitel.

Jeff Wall s’arrête devant la vitrine d’un magasin à Rome ou celle d’un fleuriste à Vancouver, scrute un salon ou observe le monde assis dans une voiture. Il délaisse les personnages pour s’attarder sur des détails : un bras, des jambes, un torse nu, un angle, une lumière, comme s’il recherchait à reconstituer une mémoire amnésique. De « ces petites images » constituées « de menus faits et gestes », l’historien d’art Jean-François Chevrier évoque un « sentiment de proximité éloignée ». Si ce découpage du cadre peut surprendre, il n’en est pas moins une continuité dans le travail de l’artiste. Jeff Wall présente des fragments, proches et lointains, comparables aux « morceaux de corps » dont usait le sculpteur Auguste Rodin pour composer et décomposer les histoires qui nous traversent.

Par Bélinda Saligot

Publié :

Téléphone de l'événement 01.56.80.27.00
Site Web de l'événement http://www.henricartierbresson.org
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