Jesper Just : This Unknown Spectacle

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Jesper Just : This Unknown Spectacle
© Jesper Just, 2010 / Courtesy Galerie Perrotin
Jesper Just, 'Sirens of Chrome', 2010

Jesper Just maîtrise le langage du cinéma comme s’il avait tourné son premier court en couches-culottes pendant que la nounou préparait le biberon. Sauf qu’à la construction de phrases pourvues d’un début, d’un développement et d’une fin, le Danois préfère jongler follement avec la grammaire, les codes et les références du septième art. Comme s’il avait appris à parler la langue de Bergman sans ouvrir un Bescherelle, l’artiste s’amuse à créer des bribes de narration. Des enfilades de moments qu'il rapièce pour bâtir des tableaux, plutôt que des histoires.

Siffler l’air de ‘Nights in White Satin’, danser la valse et s’enfuir. Mais vers où ? Au fil des six courts métrages présentés au MAC/VAL, les personnages grimpent des escaliers sans fin et chantent des opérettes dans des téléphones privés d’interlocuteurs. Les désirs insatisfaits des hommes s’évaporent dans des nuées de fumigènes pendant que les femmes, impénétrables, offrent leur corps à des moquettes de ferry ou à des capots de voiture. Avec toujours cette délicatesse extrême et cette beauté hallucinante, sculptée dans la lumière, qui imbibent toute l’œuvre de Jesper Just.

Au centre, une vidéo, immense, en deux volets, se déploie sur des écrans longs d’une dizaine de mètres. Caméra subjective et objective se font face pour ‘This Nameless Spectacle’, réalisé dans le 19e arrondissement de Paris spécifiquement pour l’exposition. Le Danois nous jette l’ambiguïté de ses personnages à la figure comme si nous étions la mouche agrippée au plafond d’un HLM, ou l’oiseau perché sur une branche des Buttes Chaumont. Chaque détail, aussi énigmatique soit-il, compte ou semble compter. A nous de l’interpréter. Les fantasmes avortés, l’érotisme, la solitude, le rêve : le film ne demande qu’à être apprivoisé par le spectateur. On se croyait au cinéma, connaître ses ressorts, ses portes de sortie. Mais les issues de secours sont verrouillées. Les voyages oniriques de Jesper Just ne nous conduisent nulle part. Car ici, ce qui compte, ce n’est pas l’atterrissage, c’est la chute.

Par Tania Brimson

Publié :

Téléphone de l'événement 01.43.91.14.64
Site Web de l'événement http://www.macval.fr/
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