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Critique

Joel Meyerowitz, 'Une rétrospective'

4 sur 5 étoiles
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Time Out dit

Joel Meyerowitz est un peu le chaînon manquant entre la street photography de Weegee, qui sculptait le New York des années 1940 dans d'épaisses nuances de gris, et les rues éclatantes de couleurs de Paul Graham, qui prennent le pouls de la Grosse Pomme de 2011. Au début des années 1960, alors que le noir et blanc est encore considéré comme le seul vecteur d'une photographie sérieuse et véritablement « artistique », c'est à la suite d'une rencontre avec Robert Frank que Meyerowitz décide de faire de la vie urbaine son terrain de jeu. A sa manière, en insufflant peu à peu la couleur dans ses prises de vue. En cinquante ans de carrière, il ne cesse d'être attentif aux détails du quotidien, portant sur la ville un regard plein de vie et bâtissant, avec un peu de goudron et de banalité, les fondations d’un réel enchanté. Qu'il capte le vertige des sixties aux Etats-Unis, l’objectif rivé sur un monde complexe et disloqué, ou qu'il sillonne l'Europe en voiture, dans les pas d'un Henri Cartier-Bresson et d'un Eugène Atget, l'artiste originaire du Bronx se frotte à l’existence comme une éponge. Ami de Lee Friedlander et Diane Arbus, il semble vouloir absorber tout ce qui lui passe sous le nez, vouloir toujours garder quelques miettes de ces instants qui se déversent sur les rues et s’enfuient, dans l’irrépressible courant du moment présent.

Une démarche qui s’affine dès la fin des années 1960. Au fil des clichés révélés à la MEP, on voit Meyerowitz s'émanciper de « l'instant décisif » de Cartier-Bresson pour élargir son regard et prendre du recul. De New York à Miami et de Paris à Malaga, il élabore des compositions de plus en plus éclatées, tiraillées par une multitude de mouvements. Comme des arrêts sur image de cinéma, ou des patchworks cousus avec des bribes d'anecdotes, ses photos tissent la densité de la réalité en travaillant attentivement la couleur, qui lui permet de concentrer plus d'informations et plus de profondeur que le noir et blanc. Chaque pavé, chaque passant et chaque vieille Cadillac sur lesquels il pose son regard s’éveillent et rutilent, comme galvanisés par son ironie et son sens de l’émerveillement. Même ses photographies des décombres du World Trade Center, documentaires inestimables des événements du 11-Septembre (Meyerowitz a obtenu un pass de la police lui permettant de suivre les secouristes au plus près), paraissent traversés par cette énergie presque contagieuse. Une énergie que l'on retrouve aussi dans les témoignages de l’artiste, imprimés sur des cartons volants, qui apportent une touche anecdotique à chaque étape de ce parcours marqué par le tempérament sémillant de Meyerowitz. Bref, vous l'aurez compris, de la street photo des débuts à ses portraits plus statiques et ses études récentes sur les éléments (l’eau, le feu, l’air et la terre), c’est tout un périple artistique, étourdissant, qui s’expose à la MEP.

> Horaires : du mercredi au dimanche de 11h à 20h

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Prix
De 4,50 à 8 € / Gratuit le mercredi soir à partir de 17h
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