Le spectacle s’achève en apothéose avec la réunion – une première depuis plusieurs décennies – de trois chefs-d’œuvre : Composition VIII, IX et X. Et sur une citation qui résume finalement l’essentiel : « Je ne veux pas peindre de la musique. Je ne veux pas peindre d’états d’âme. Je souhaite uniquement peindre de bons tableaux, nécessaires et vivants. ».
Après Basquiat, Chagall, Klee ou Picasso, la Philharmonie poursuit ses croisements art/musique avec Kandinsky – La musique des couleurs (jusqu’au 1er février 2026). En collaboration avec le Centre Pompidou, le parcours déroule l’évolution du peintre, l’un des pères fondateurs de la peinture abstraite, au rythme d’une écoute au casque. La musique varie d’une salle à l’autre grâce à un système d’audioguide géolocalisé. L’idée fait évidemment écho à la Philharmonie, mais elle colle surtout à l’œuvre : Kandinsky doit beaucoup aux musiciens, ses toiles ont déjà leur musique que le dispositif souligne.
On le dit volontiers synesthète (à l’instar de Pharrell Williams : une altération de la perception où les sens se croisent). Il aurait « entendu » les couleurs, et cela se lit dans ses titres à nomenclature orchestrale : Improvisation, Impression, Composition. Aucune preuve formelle de sa synesthésie, soit. Mais au fil du parcours, on comprend une chose : c’est la musique qui lui ouvre le regard et l’arrache à la figuration. Cette clé de compréhension éclaire son abstraction, en peinture comme dans ses compositions scéniques où les motifs semblent prendre vie. Et, bonus, c’est une porte d’entrée ludique dans une œuvre majeure qui peut paraître difficile d’accès.
Au-delà de renforcer l’effet des œuvres, cette balade musicale, immersive et instructive, permet (même sans synesthésie…) d’éprouver l’idée d’« entendre » les formes et les couleurs, chez Kandinsky comme chez d’autres artistes de l’avant-garde du début du XXe siècle. Que l’on soit mélomane ou non (et l’on peut, certes, parcourir l’exposition sans audioguide, au risque de la priver de son principal atout), le dispositif offre une vraie plus-value : élargir la culture musicale au contact de titres qui ont vraisemblablement nourri l’imaginaire de Kandinsky. Même s’il ne peignait pas en musique. Jamais une expo n’avait lié son œuvre à l’effervescence musicale de son époque.


