La Palestine à l'IMA

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Qu’on se le dise : depuis quelques années, la richesse de la production artistique palestinienne envahit la capitale. Et c’est tant mieux. Car du talent, le pays et sa diaspora en regorgent. On pense notamment à Mona Hatoum, exposée récemment au Centre Pompidou, ou à Ahlam Shibli agrémentant les murs du Jeu de Paume de ses photographies. Aujourd’hui, une nouvelle (et courte) exposition sur la Palestine débarque à l’Institut du Monde Arabe. Et elle a le mérite de présenter un ensemble cohérent d’œuvres liées à la problématique du territoire, et de l’identité qui lui est associée. Une identité qui est à recréer, dans un espace aux limites imposées.

La question des frontières est au cœur même de la première œuvre à laquelle on se retrouve confronté : un immense trou dans un mur prenant la forme de la Palestine « historique. » Ouvrage de l’artiste Khaled Jarrar, ce territoire vu en négatif, où le vide est à l’image de l’absence d’un Etat palestinien, est le témoin d’un territoire privé de sa mémoire. Cette silhouette, nue, fantomatique, laisse entrevoir différentes vidéos réalisées par le même artiste qui illustrent, à travers des scènes de la vie quotidienne, l’impossible contact relationnel créé par les innombrables frontières qui cloisonnent l’espace.

Mais si Khaled Jarrar, résidant à Ramallah, propose une œuvre à forte tension émotionnelle, les trois autres artistes exposés, issus de la diaspora, offrent un autre regard sur la Palestine. Pour eux, le lien est davantage biographique et imaginé que réel. Leur travail se traduit ainsi par une œuvre au point de vue plus largement universel, développant une certaine distanciation ironique sur la situation politique actuelle. Tout en en soulignant la gravité. Le court métrage 'Nation Estate' de Larissa Sansour imagine notamment un Etat palestinien réduit à un immense gratte-ciel, dans lequel les différents lieux emblématiques de son histoire prennent place à chaque étage. Les images générées par ordinateur créent un espace aseptisé, où l’identité n’est évoquée qu’à travers la reconstitution de monuments qui, décontextualisés, hors de leur territoire originel, perdent toute vérité mémorielle. On assiste alors à la création d’un véritable « non-lieu » qui, selon la définition de l’anthropologue Marc Augé, perd tant sa dimension identitaire et historique que relationnelle.

Cette difficile reconstitution du lien identitaire à l’espace est finalement mise en exergue par la dernière œuvre présentée : 'Otherwise Occupied' de l’artiste Bashir Makhoul. A travers un ensemble monumental de boîtes en carton superposées, l’artiste symbolise l’occupation illimitée qui prolifère dans les zones palestiniennes occupées. Bloquant ainsi la vision du visiteur pris dans l’amoncellement désordonné et sans issue du chaos spatial. Enfin, la sobre scénographie de l’exposition, laissant certains murs à l’état brut, non peints, accompagne cette démarche d’immersion du visiteur dans un espace en quête de repères et de reconnaissance.

Par Houssine Bouchama

Publié :

Téléphone de l'événement 01.40.51.38.38
Site Web de l'événement http://www.imarabe.org
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