Le Douanier Rousseau : L'Innocence archaïque

Art, Peinture
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Douanier Rousseau (© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay)/Hervé Lewandowski)
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© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay)/Hervé Lewandowski
'La charmeuse de serpents', Douanier Rousseau
Douanier Rousseau (© RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) / Franck Raux)
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© RMN-Grand Palais (musée de l’Orangerie) / Franck Raux
'L'enfant à la poupée', Douanier Rousseau
Douanier Rousseau/ Picasso (© RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / © Succession Picasso 2016)
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© RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / © Succession Picasso 2016
'Maya à la poupée', Pablo Picasso
Douanier Rousseau/Cara (© Archivio fotografico MART, Rovereto  © ADAGP, Paris 2016)
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© Archivio fotografico MART, Rovereto © ADAGP, Paris 2016
'Le Fiacre', Carlo Carra

« Un personnage d’une naïveté invraisemblable », disaient de lui ses contemporains de la Belle Epoque. « Peintre du dimanche, barbouilleur, gloire comique, ingénu borné », ajoutaient les critiques d’art. Et pourtant, un siècle plus tard, si le Douanier Rousseau fait toujours figure de grand ovni maladroit de la peinture française, l’importance de son travail dans l’émergence de l’art moderne ne fait plus aucun doute.

Inscrire l’œuvre du Douanier dans la tradition picturale occidentale sans rien lui ôter de sa miraculeuse fraîcheur : tel est le projet de l’exposition  'L’Innocence archaïque' présentée au musée d’Orsay. Mi-rétrospective, mi-cours d’histoire de l’art, le parcours place en vis-à-vis les œuvres du maître naïf et celles qui l’ont inspiré ou s’en sont inspiré. Avant lui : la géométrie de Cézanne, les couleurs vives de Gauguin, la structure de Bouguereau. Après lui : 'Maya à la poupée' de Pablo Picasso, inspiré de 'L’Enfant à la poupée' du Douanier, et le 'Fiacre' stylisé de l’Italien Carlo Carrà tiré de la très enfantine « Carriole du père Junier ».
L’exposition fait également la part belle aux maîtres du début du XXe, le gang de la Ruche et du Bateau-Lavoir étant la première école à manifester un désir de laisser l’art retourner à l’enfance. Ainsi, Pablo Picasso acquiert 'Portrait de femme' pour une bouchée de pain et le conserve toute sa vie, y voyant une source inépuisable d’inspiration. Guillaume Apollinaire prévoit quant à lui que l’on exposera un jour du Rousseau au musée des Offices de Florence. 

Placée si près de peintures plus académiques, l’œuvre du Douanier révèle ses défauts : aplats enfantins, perspectives bancales, jungles invraisemblables, créatures de fantasmes comme posées en apesanteur…  L’œil contemporain, dégagé du carcan académique qui prévalait au XIXe siècle, comprend pourtant tout le charme de cette peinture d’autodidacte, et tout l’intérêt qu’elle a pu susciter chez des artistes à la recherche de nouvelles formes. Il y a cependant un petit miracle à ce qu’elle ait traversé le siècle sans cesser d’intriguer, et sans se perdre dans l’œuvre plus osée ou plus complexe de bien des peintres postérieurs.

Une modeste peinture cachée dans un recoin de l’exposition livre une clé de réflexion. Quelques fleurs et brins d’herbe sont figurés, placés dans un vase. Ils sont coupés, mais le pinceau du Douanier leur a donné la même vigueur extravagante qu’aux végétaux de ses jungles denses, comme s’il n’avait pu s’empêcher de leur conserver toute leur sève, toute leur vie, malgré la perte de leurs racines. Le temps et la mort ne semblent trouver aucune prise. Cette sensation se retrouve partout dans les toiles du Douanier : celle d’une suspension du temps, non pas comme dans l’instant figé d’Edward Hopper, mais dans la parfaite a-temporalité du naïf qui ignore les notions mêmes d’écoulement et de mort. La 'Carriole du père Junier', le groupe de 'La Noce', les joueurs de 'Football' sont ainsi suspendus, frais pour toujours dans leur écrin bariolé. Le poupon de 'Pour fêter bébé' est à la fois jeune, vieux, monstre, échappant à toute logique temporelle. Les jungles luxuriantes ne peuvent jamais faner.
Seule entorse à cette fixité : l’hypnotisante 'Charmeuse de serpents', brune, mouvante et secrète, qui place une soudaine noirceur au cœur d’une œuvre qui en comporte peu. C’est peut-être l’un des secrets de son pouvoir… Autour d’elle, les toiles nous sont parvenues inchangées, conservant leur mystère suspendu autour de visages souriants. 

Par Claire Fallou

Publié :

Téléphone de l'événement 01.40.49.48.14
Site Web de l'événement http://www.musee-orsay.fr

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Bishouille
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(+) Expo magnifique retraçant le parcours de ce grand peintre autodidacte aux influences multiples. Des œuvres de Seurat, Delaunay, Kandinsky, Picasso mais aussi d'artistes méconnus évoquent la richesse des liens qui se tissent autour de lui.

(+) Des tableaux "naïfs" ou "archaïques" dans leur maîtrise (aplat de couleurs, proportions,..) mais aussi des tableaux symboliques comme ces enfants du monde unit lors d'une tribune de dirigeants.
(+) La salle finale où l'on aperçoit, enfin, ces toiles si célèbres et majestueuses. Plongez dans cette jungle exquise et chatoyante, vous ne regretterez définitivement pas d'être venus...

Sylvia MR
tastemaker

On ne peut penser au Douanier Rousseau sans se figurer ces figures inquiétantes, indéfinissables, au milieu d'une jungle crépusculaire évoquant une sorte de paradis perdu. On découvre ici comment s'est formé cet artiste autodidacte, qui ne s'est révélé que vers ses 40 ans. 


Durant les 1h30 (environ) de l'exposition, on s'interroge sur son influence sur les artistes contemporains, comment il a créé un nouveau langage et s'est affranchi des codes par sa (fausse?) naïveté. C'est le récit d'une peinture intemporelle, qui a pu traverser les décennies sans jamais perdre de sa modernité et de son attrait.


Le parcours est enrichissant, autant pour comprendre les mouvements de cet époque que pour appréhender l'importance du Douanier sur l'art actuel. Assurément, l'une des expositions du moment. PS : c'est gratuit si vous êtes citoyen européen de moins de 25 ans!

Juliette Lebre
tastemaker

Au tournant du XXème siècle, Henri Julien Félix Rousseau dit le douanier Rousseau traite pour la première fois le portrait paysagiste. L’exposition, l’innocence archaïque, retrace ses premiers pas, son parcours ainsi que ses influences. Loin d’être un académicien, cet artiste autodidacte est cependant très proche des grands artistes de l’époque. Ses toiles côtoient les toiles de Fernand Léger, Pablo Picasso, Cézanne, Seurat ou Kandinsky comme elles auraient pu être présentés au salon des indépendants cent ans auparavant. Et le contraste dénote !

Des perspectives aplanies, des reflets chatoyants, des couleurs franches, des regards fixant : je suis hypnotisée. La dernière salle en est le bouquet final. Art enfantin ou surréaliste ? Il faut se laisser porter car ses œuvres sont accessibles de tous : néophytes comme connaisseurs.

Quant à la sélection, la qualité est digne d’un des plus grands musées parisiens. Rien à redire.