Lee Ungno

Art, Peinture
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Attention les amis ! Nous nous efforçons d'être précis, mais la situation particulière nous oblige à quelques ajustements. Alors vérifiez que les événements sont bien confirmés avant de vous y rendre.

La finesse pour réalisation, la débrouillardise pour création et la curiosité pour prescription.

Malgré sa binationalité française et son importante contribution artistique au sein du patrimoine hexagonal – par ses travaux pour des institutions comme la Manufacture de Sèvres ou des œuvres dans notre espace public –, Lee Ungno s’avère méconnu au pays des Lumières. Cet artiste-peintre de génie, incontournable au sein de sa Corée natale, se devait donc de faire l’objet d’une rétrospective en France – et même deux puisque qu’il investira bientôt le Centre Pompidou. Et quel autre lieu pour accueillir cette rencontre avec le public tricolore que le musée Cernuschi, avec lequel Lee Ungno a beaucoup collaboré de son vivant ?

Fort de 130 œuvres et donations de l’artiste dans ses collections, le musée Cernuschi possède d’ailleurs le plus grand fonds de productions de l’artiste en dehors de sa patrie. Dont 82 d’entre elles sont ainsi exposées lors de cet accrochage d’une élégance rare.     

Maître pluridisciplinaire

La carrière de Lee Ungno a débuté dans les années 1920-1930, mais ce n’est vraiment qu’au début des années 1940, après un voyage au Japon, qu’il trouve véritablement son style unique et sa vision. Lui qui n’esquissait que des paysages à la manière ancestrale du Matin calme se laisse influencer par les couleurs minérales et le rendu précieux, délicat, du trait nippon. L’encre demeure son médium de prédilection mais celle-ci vient s’infuser dans un travail de texturation des surfaces et un canevas composé de collages alambiqués comme dans ‘Un homme’ ou ‘Composition’. Donnant à l’ensemble l’aspect d’une aile de papillon froissée par la brise de l’ingéniosité.

C’est également le temps où Lee Ungno rompt progressivement avec le figuratif au profit de l’abstraction, à laquelle il cède définitivement à la fin des années 1950. Nourrissant son vocabulaire chimérique et symbolique de sa maîtrise calligraphique, il transforme les caractères en pictogrammes et un geste simple et dynamique en un flamant rose unijambiste, presque tachiste. 

Mais l’homme, plein de ressources, ne s’arrête pas à ce détournement. Durant son incarcération dans les geôles coréennes pour raisons politiques, entre 1967 et 1969, l’artiste a poursuivi son œuvre en remplaçant l’encre par de la sauce soja, en sculptant des tessons de poterie et des boulettes de riz ou encore en utilisant les matériaux rudimentaires à sa portée (corde, jonc, colle de poisson, etc.). De l’art en captivité, à l’imagination décuplée par la précarité, dont on peut admirer quelques vestiges dans cette exposition.      

Visionnaire monomaniaque

Si Lee Ungno a multiplié les supports et les genres, il s’est parfois montré obsédé par des sujets qu’il a représentés à l’infini. Dans le parcours chronologique émaillé de thématiques, on retrouve ainsi sa période bambous, dont l’intérêt lui est revenu en prison, inspiré par la métaphore de ce végétal qui ploie mais ne plie pas au point de signer certaines de ses toiles « le gentilhomme des bambous ».

Autres trames récurrentes : les courbes et les ondulations de ‘Eau’ et ‘Vague’, découlant d’une observation continue du monde naturel et d’une fascination pour l’art amérindien. Mais aussi et surtout la foule, motif soufflé par le vent d’insurrection qui frappa Gwangju en 1980. Des masses humaines, se soulevant telles des fourmis désorganisées ou en un flot plus chorégraphié, en mouvement perpétuel. Comme une manière de signifier les avancées que permit leur ardeur. Exactement comme les silhouettes de Lee Ungno, aplats colorés cernés de khôl, qui peuvent apparaître comme annonciatrices des lettrages du street art.  

Par Clotilde Gaillard

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