Léonard Combier - Le diable est-il dans les détails ?

Art, Dessin
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Léonard Combier
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Time Out dit

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Plus qu’une exposition, c’est un jeu de piste. Une errance expérimentale dans un univers mystique.

A voir les œuvres de Léonard Combier, on s’inquiéterait presque de l’état de sa chambre. Enchevêtrement de formes baroques et d’arabesques façon calaveras, scènes hallucinées d’une précision hallucinante, mondes névrotiques, psychédéliques, à la limite du psychiatrique… Si l’on ne sème pas quelques petits cailloux, on pourrait facilement se perdre au cœur de cette folle créativité labyrinthique. Pourtant, dans ce bordel organisé – à la croisée du ‘Jardin des Délices’ de Jérôme Bosch, de l’art brut de Joe Coleman et du trait faussement naïf de Nicolas Barrome –, le moindre élément esquissé par Léonard se révèle à sa place. Si l’inconscient guide donc son imagination, rien n’est toutefois laissé à l’approximation.

Dédale artistique et ludique

Bien que réalisés en « pilotage automatique », les quatre-vingts toiles peintes, croquis à l’encre et dessins au feutre noir et blanc de cet ancien élève d’HEC n’ont rien d’un amas de délires sans queue ni tête. Complexes, graphiques et d’une finesse inouïe, ils fourmillent de récits fantasques qui, néanmoins semblables aux saynètes insensées que l’on couche lascivement sur son carnet durant les heures d’ennui, nous narrent bel et bien une histoire répondant à une certaine logique. Mais une histoire à différents niveaux de lecture et d’interprétation, ceux-ci variant suivant que l’on admire l’œuvre dans son ensemble ou dans le détail. Un peu comme des matriochkas actantielles. 

Afin de cerner toute la profondeur de ces nano-fables, la Manufacture 111 a d’ailleurs eu l’ingénieuse idée de mettre à disposition des curieux des loupes grossissantes. On remarque alors que chaque teinte de ce patchwork est en fait un assemblage de plusieurs nuances, rajoutant de la technicité à la beauté bizarroïde des œuvres. Et ce n’est pas tout ! Les plus courageux s’aventureront dans une boîte noire où, au rythme de la musique et des lumières stroboscopiques, les masques ethniques de Léonard Combier s’animent. Quant à l’aspect ludique de cette exposition, il s’éprouve également grâce à un puzzle reproduisant à l’identique un des nombreux tableaux sans titre, formé de quinze carrés interchangeables sans modifier l’harmonie de la composition. Même la phrase en bordure garde du sens malgré son chamboulement !   

Humour noir et couleurs vives

Le jeu, l’originalité et l’observation, voilà ce qui forge en effet le style de Léonard Combier. Dissimulant des tétons, des phallus et diverses drogues parmi ses créatures chimériques, glissant par surprise un caleçon à cœur ou une phrase aussi drôle que provocatrice (« Je suis cannibale mais je ne mange que des légumes car ils sont plus faciles à attraper dans leurs petits fauteuils roulants ») au creux de ses obsessions oculaires, l’artiste s’amuse à cache-cache avec un cynisme candide. Cette fontaine de seins, est-ce l’allégorie d’une déesse fertile ? Ou une satire de notre société pornographiée à outrance ? De même, l’infiniment petit rencontre le politiquement insolent lorsqu’il camoufle deux tours et un avion entre les tampons officiels d’un véritable passeport.

Autant d’insidieux et espiègles démons qui, comme le signale le titre de l’exposition, se nichent dans les détails. Quant à savoir qui est le diable, on pense qu’il s’agit de Léonard Combier tant son travail vous laissera envoûté.

Cette exposition fait partie de notre sélection des meilleures expositions à Paris

Par Clotilde Gaillard

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