Magnum Analog Recovery

Art, Photographie
Recommandé
5 sur 5 étoiles

Time Out dit

5 sur 5 étoiles

L’agence Magnum a 70 ans et nous met le nez dans ses archives. « Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c'est que vous n'êtes pas assez près », disait notoirement Robert Capa, l’un des fondateurs de l’agence qui a su imposer l’idée de copyright dans la photographie. Au BAL, pour l'exposition ‘Magnum Analog Recovery’, témoignage vibrant d’une ère particulière du photojournalisme, les formats ne font pas dans le sensationnel. Il faut se rapprocher pour découvrir ces regards, ces détails, de femmes et d’hommes saisis souvent dans des tragédies, de la frontière syrienne à Alger entre 1947 et la fin des années 1970.

Les photos ont été co-sélectionnées par la commissaire de l’exposition Diane Dufour parmi des milliers de tirages cartoline (un papier rigide de haute qualité) du fonds appelé « Magnum Analog Recovery » récemment rendu accessible. Ces clichés, qui furent à l’époque adressés aux agents européens de Magnum pour qu’ils soient diffusés dans la presse, s’offrent une seconde vie, restaurent aussi parfois certaines réalités omises par les médias qui transmettaient les images.

On pense à ce propos aux textes explicatifs que les photographes envoyaient à l'agence avec leurs clichés. Ils demandent de prendre une pause et nourrissent un questionnement sur le traitement médiatique des guerres. Comme cette citation de Capa, placée près de son reportage 'Naissance de l’Etat d’Israël' : « Dans une guerre, il faut aimer ou détester quelqu’un, en tout cas prendre position, sinon on ne supporte pas ce qui se passe », ou celle de Werner Bischof, qui lui en a assez : « Partir à la chasse aux histoires a laissé des séquelles en moi, non pas sur mon corps mais dans mon esprit. Tout est assombri par la poursuite du but éditorial… », a-t-il écrit.

George Rodger lui jure de ne jamais plus prendre de photos de guerre. Ces correspondances occupent une partie symbolique de l’espace de l’exposition : les photos sont presque suffisamment petites pour entrer dans un journal, et elles permettent de découvrir les paradoxes du photojournaliste et la valeur de son travail pour les mémoires des générations futures. Parce qu’il est toujours plus précaire et devient un animal rare, le photojournaliste mérite qu’on s’intéresse à son travail avant qu’il ne s’éteigne. Cette exposition, tout comme l’Arche du photojournalisme à La Défense, nous le permet. Il est possible de compléter l’exposition en allant découvrir 'Magic Moments, 70 ans de Magnum Photos' à l'espace photographique Leica jusqu’au 1er septembre dans le 8e arrondissement.

Infos

Vous aimerez aussi