Marisa Rubio
© Manu Sevilla | Marisa Rubio
© Manu Sevilla

Marisa Rubio, taulière muy engagée

Depuis une décennie, la patronne du bar El Zókalo défend la scène culturelle latina dans le XXe et l'héritage communard du quartier

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C’est chez elle que Louise Michel et le sous-commandant Marcos pourraient se retrouver pour trinquer à la révolution. À 54 ans, Marisa Rubio s’impose comme l'une des figures discrètes mais essentielles de la scène culturelle latino-américaine à Paris. Depuis 2017, la Mexicaine originaire de Mérida, dans le Yucatán, tient avec son mari Fred Zéraffa le comptoir d'El Zókalo, bar aussi festif qu’engagé de la rue Pixérécourt devenu le QG de tout ce que les communautés latino-américaines de Paname comptent de plus alternatif. 

El Zokalo en 2026
© Antoine BesseEl Zokalo en 2026

Avant de devenir taulière, Marisa était comédienne dans diverses productions de théâtre d’avant-garde et de cabaret. C’est par amour pour Fred, rencontré au Saint-Sauveur, mythique bar anar de Ménilmontant, qu’elle finit par s’installer à Paris. Avec lui, elle donne une nouvelle forme à son tropisme artistique : la scène de théâtre devient un comptoir de cette cantina communarde embusquée dans le 20e. « Ce qu'on choisit d'être, on l'emporte avec soi là où l'on va », résume-t-elle. Élevée par un père marxiste-léniniste, Marisa revendique une vision du monde forgée dès l'enfance. À Paris, loin d'avoir dû renoncer à ses convictions, elle estime avoir trouvé « des interlocuteurs, des alliés et des amis ». Depuis bientôt dix ans, elle orchestre une programmation culturelle foisonnante sur la scène du Zókalo "Quand j'entends le mot culture...Je rêve et lève mon verre !" Soirées jazz, concerts de cumbia, lectures de poésie sur la petite scène et soirées reggaeton avec perreo (twerk) endiablé au sous-sol. 

Leiden en concert à El Zokalo en 2026
© El ZokaloLeiden en concert à El Zokalo en 2026

« Les Latinos vont de moins en moins aux États-Unis et de plus en plus en Europe », remarque-t-elle. À Paris, elle voit émerger une nouvelle génération d'étudiants, notamment autour de la Sorbonne. « J’essaye de fédérer ces forces culturelles en leur donnant un espace pour jouer leur musique ou présenter leurs fanzines [comme celui du collectif Sabrosón, ndlr]. » El Zókalo participe activement à cette féconde latino-américanisation de Paris. 

Marisa Rubio
© DRMarisa Rubio

Avant de partir, impossible de ne pas évoquer le passage de Bad Bunny à Paris. Que pense cette femme de gauche d'un artiste à la fois superstar mondiale et symbole d'une certaine fierté latina ? Marisa sourit : « Je pense que c'est une figure qui joue le jeu de l'industrie tout en s'en servant pour revendiquer ses origines portoricaines, son histoire, son sentiment d'appartenance et, parfois, un univers urbain résolument machiste. Son parcours est traversé par toutes ces dimensions, c'est d'ailleurs ce qui le rend si surprenant. Son public accepte ses zones d'ombre comme ses contradictions ; je trouve cela profondément humain et honnête. » Vous savez où aller boire un coup après le concert du vilain lapin. 

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