Mark Lewis : Above and Below

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Mark Lewis : Above and Below
© Mark Lewis

En parallèle à l’exposition ‘Invention au Louvre’, qui présente jusqu’au mois d’août trois nouvelles variations filmiques de Mark Lewis autour d’œuvres du musée national, le BAL propose ici de retrouver sept films à la tonalité plus contemporaine, inédits en France, pour permettre de mieux cerner le travail de l’artiste canadien et sa démarche à la fois minimaliste, contemplative et politique.

Bien qu’ayant débuté en 1990, c’est autour de la notion de cinéma primitif que s’ancre majoritairement l’œuvre de Mark Lewis, grand admirateur des frères Lumière et des premières années du cinéma muet. Il semble donc assez naturel que le plan fixe et l’absence de montage apparaissent comme les principaux piliers de son travail. C’est par exemple le cas de ‘Cold Morning’ (2009), long plan sans mouvement – et assez bizarrement décadré, d’ailleurs – sur un SDF londonien rangeant ses affaires par un petit matin glacial. Ou encore de ‘Cigarette Smoker at the Cafe Grazynka Warsaw’ (2010), montrant simplement, toujours en plan fixe, un travailleur polonais à une table de bistrot le temps d’un café-clope.

Dénuement, absence de mise en scène ou d’artifice sonore : les œuvres de Mark Lewis s’attachent donc à scruter le moindre mouvement, les hésitations du corps, à montrer d’infimes détails comme autant de manifestations d’une intimité écrasée par l’organisation mécanique des sociétés capitalistes – et y résistant par la beauté immédiate et banale de gestes humains, gratuits, inutiles. Ou comment se griller une cigarette peut devenir une manifestation d’opposition micropolitique aux mots d’ordre de l’efficacité rentable. Pourtant, si elles tendent à guider notre regard vers un quotidien que d’aucuns préfèreraient ne pas voir, ces œuvres d’une simplicité minimale peuvent aussi laisser le spectateur sur sa faim, n’apportant finalement pas grand-chose à ce que n’importe qui peut observer, à n’importe quelle heure, sur n’importe quelle rame de métro de n’importe quelle grande ville.

D’une portée visuelle et esthétique plus affirmée à travers une maîtrise aussi maline qu’impressionnante de longs travellings, les films ‘Hendon F.C’ (2009), ‘Forte !’ (2010) et ‘Above and Below the Minhocão’ (2014) constituent alors le véritable centre de l’exposition du BAL – la première, d’ailleurs, qui y soit exclusivement dédiée à la vidéo. Dans le premier, c’est un terrain de football déserté, filmé depuis les herbes hautes au ras du sol, qu’occupe ici ou là une famille Rom de passage. Projeté en alternance sur le même écran, ‘Forte !’ suit quant à lui, depuis le ciel, les saillies abruptes d’une chaîne de montagnes des Alpes italiennes, tandis qu’‘Above and Below the Minhocão’ (qui donne une partie de son titre à l’exposition) adopte le même dispositif pour longer une immense autoroute surélevée traversant la ville de São Paulo, et désormais réservée aux piétons. Des espaces déserts, abandonnés, détournés, sublimes ou dérisoires ; mais surtout un regard tout en mouvements, fluides et délicats, qui parvient pour le coup à saisir et conserver l’attention du spectateur pour mieux le plonger dans une temporalité méditative et rêveuse.

Enfin, unique œuvre à proposer un discours verbal, ‘The Pitch’ (1998) nous montre un plan fixe en plongée de Mark Lewis en personne, lisant au milieu d’une rue et de ses passants un long texte sur les laissés-pour-compte de l’industrie du cinéma que sont les figurants, dont l’artiste établit une typologie à la fois drôle et politique, ironique plutôt que frontalement militante. Comparée aux autres, cette vidéo peut paraître plus usuelle, habituelle ou fonctionnelle. Mais elle pose un éclairage bienvenu sur la démarche de l’artiste canadien, pour en faire comprendre l’engagement social et la radicalité politique à travers une clarté qui fait parfois défaut au mutisme de ses vidéos plus récentes.

> Horaires : du mercredi au vendredi de midi à 20h, samedi de 11h à 20h, dimanche de 11h à 19h, nocturne le jeudi jusqu'à 22h.

Par Alexandre Prouvèze

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