Memory Lane : Art contemporain de Bosnie-Herzégovine

Art, Art vidéo Libre
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 (Vue de l'exposition / © TB)
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Vue de l'exposition / © TB
 (Mladen Miljanovic, 'Meadows of Igorance', 'Guilty', 2008 / Courtesy galerie du jour, agnès b.)
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Mladen Miljanovic, 'Meadows of Igorance', 'Guilty', 2008 / Courtesy galerie du jour, agnès b.
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 (Milomir Kovačević, 'Tito in war', 1992-1995)
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Milomir Kovačević, 'Tito in war', 1992-1995
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Coincés, entre le besoin d'avancer et la volonté de ne surtout pas oublier. Voilà un peu l'impression que nous laisse la Bosnie-Herzégovine après cette exposition à la Galerie du jour Agnès b. Ouvert sur cette phrase de l'universitaire Paul Garde, « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir », le parcours tourne autour de cette question, moins de vingt ans après la guerre qui a déchiré les Balkans et achevé de démanteler l'ancienne Yougoslavie de Tito. L'exposition débute d'ailleurs avec ces portraits officiels du maréchal, omniprésents dans le décor avant la chute du Mur, et que Milomir Kovacevic photographie dans les années 1990 alors qu'ils restent, telles les bribes d'un passé persistant, accrochés de travers, abîmés, brisés, ou même transpercés par des balles revanchardes.
 
Comment digérer cette lourde histoire qui, depuis l'assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo il y a cent ans, n'a cessé de bouleverser la région, de monter les populations les unes contre les autres et de bouger les frontières ? Radenko Milak l'appréhende avec sa peinture ultraréaliste et répétitive, qui plonge au cœur des images iconiques de la région jusqu'à les dévitaliser et nous forcer à les regarder en face. En ramassant le long d'une route tous les drapeaux qui ont un jour représenté son pays jusqu'à ne plus pouvoir les porter, Gordana Andelic-Galic fait elle l'expérience littérale de ce poids du passé, qui s'achève quand résonne l'hymne de l'actuelle Bosnie, hymne muet car personne n'a réussi à se mettre d'accord sur les paroles  les divisions d'hier ne sont visiblement pas surmontées. Heureusement que le kit de couture ex-Yougoslavie de Lana Cmajcanin se propose, avec humour, de résoudre ce problème.
 
La guerre a beau être terminée, elle reste là, larvée, cachée dans tous les éléments du décor (chez Nebojsa Seric Shoba), dans la culpabilité qui assaille les papas sympas d'aujourd'hui qui étaient les combattants d'hier (chez Mladen Miljanovic), dans les points rouges que dessine Adela Jusic, comme ceux des viseurs des fusils des snipers qui ont abattu son père. Se jouant des clichés sur la Bosnie-Herzégovine (où les femmes puent, sont moustachues et sans dents pour Sejla Kameric), réfléchissant autant au passé qu'à la manière de construire l'avenir sans le négliger (« Oublier tue », rappelle Andrej Djerkovic), l'exposition de la galerie Agnès b., riche et bien construite, se distingue par la force de son propos et la pertinence des artistes qui la composent. A l'heure où l'Europe en crise vote extrême droite et où les tensions entre la Russie et l'Ukraine s'exacerbent, elle nous rappelle tristement que non, le pire n'est pas impossible.

> Horaires : du mardi au samedi de 11h à 12h30 et de 13h30 à 19h.

Par Mikaël Demets

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