Modernités : photographie brésilienne (1940-1964)

Art, Photographie Libre
Recommandé
4 sur 5 étoiles

Time Out dit

4 sur 5 étoiles

Attention les amis ! Nous nous efforçons d'être précis, mais la situation particulière nous oblige à quelques ajustements. Alors vérifiez que les événements sont bien confirmés avant de vous y rendre.

A la Fondation Calouste Gulbenkian, pas d’eaux turquoises ni de carnavals aux couleurs pétantes – pratiques, soit dit en passant, quand il s’agit de masquer une réalité ambivalente derrière strass, paillettes et autres trucs qui brillent. Non, ici, le Brésil se fige dans des nuances de gris sobres, sans âge, mettant à nu ses paysages changeants, ses contradictions, son immensité. Les quatre photographes réunis dans cette exposition, incolore comme les vieilles pages de l’Histoire, avancent dans un sillage sinueux : celui de la modernité galopante qui secoue l’ancienne colonie portugaise pendant les années 1940 et l’après-guerre – juste avant le coup de massue de la dictature militaire.

Place à Marcel Gautherot, le Parisien, l’étranger, avec ses prises de vue distantes et léchées qui narrent un Brésil fantasmé, à la limite du pittoresque, entre salines à perte de vue, capoeira, fêtes de village et architectures coupées au cordeau. José Medeiros, le Brésilien, lui s’inscrit plutôt parmi les humanistes, avec ses reportages en territoire Orixa ou sa street photography qui captent le choc du rural et de l’urbain, comme lorsqu’il photographie ces Indiens qui poussent un avion en pleine forêt ou ces voitures garées devant un paysage urbain ourlé de mers et de montagnes. Puis arrive Thomaz Farkas, le Hongrois, marqué par le Bauhaus, Rodtchenko, Moholy-Nagy, toujours enclin à saisir les architectures tranchantes de Niemeyer ou les bidonvilles aux lignes agressives, quand il n’est pas occupé à documenter les fêtes de fin de guerre. Et enfin : Hans Gunter Flieg, l’immigré juif allemand qui court après la machine et le métal, sillonnant les usines, les grands magasins, les raffineries, avec un fétichisme presque obsessionnel pour l’objet (laine de verre, outils, pompes à essence, tuyaux…), symbole d’un monde flambant neuf.

Bref, de la construction folle de Brasilia aux dieux sanguinaires de Bahia et du sable fin de Copacabana aux usines de São Paulo, ‘Modernités’ dresse un portrait riche et éclaté du Brésil. Ici, chacun s’accroche à sa vision. Mais tous les chemins mènent au même endroit : aux paradoxes d’un pays qui fonce vers l’avant, à plusieurs vitesses. Trop absorbé par le bourdonnement de son moteur pour voir le précipice qui guette au bout de la route.


Lundi, mercredi, jeudi et vendredi de 9h à 18h ; samedi et dimanche de 11h à 18h.

Publié :

Infos

Vous aimerez aussi