Paula Rego

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Paula Rego
© 2009 Casa das Historias Paula Rego, tous droits réservés / Photo : Carlos Pombo / Courtoisie de Marlborough International Fine Art
Paula Rego, 'The Family', 1988

Portugaise d’origine, britannique d’adoption, Paula Rego (née en 1935) figure peut-être parmi les peintres les plus fascinants de notre époque. Si la Tate (Londres) l’a déjà honorée d’une exposition personnelle en 2004 et le musée Reina Sofia (Madrid) d’une rétrospective en 2007, cette doyenne de l’art figuratif reste curieusement méconnue en France. Jusqu’au 1er avril, elle épingle une trentaine d’œuvres majeures (et assez récentes) sur les murs du centre culturel portugais Calouste Gulbenkian, superbe hôtel particulier du 7e arrondissement : l’occasion de s’imprégner, ne serait-ce qu’un peu, de son expression troublante. Sortes de tragicomédies humaines privées de happy end, ses compositions théâtrales se plaisent à poser un pied dans le conte de fées et l’autre, bien ferme, dans le cauchemar.

Une poupée Barbie aux jambes écartées, une éponge comprimée, un seau vide… Comme chez les grands maîtres, chers à cette ancienne élève de la très pointue Slade School of Fine Art, le moindre objet, le moindre geste revêt une valeur symbolique. En empruntant un langage classique, Paula Rego s’amuse à bousculer nos repères : ses tableaux se lisent comme des livres écrits au pinceau ou aux pastels (lesquels dominent cette exposition), qu’elle travaille comme la peinture à l’huile, par couches, obtenant des couleurs et des matières (satin, velours…) d’une densité stupéfiante. Une fois posé le décor presque tangible de ses saynètes, l’artiste joue les conteuses : sauf que lorsqu’elle nous raconte des histoires sur l’enfance, le vice, la souffrance ou la femme, la Portugaise nous prend par les tripes, prenant bien soin de diluer de fortes doses de turpitudes psychologiques, d'écorchures et de sexualité dans la poudre de ses pigments.

Digne héritière, pourrait-on dire, de Frida Kahlo et de Lucian Freud, Paula Rego a retenu d’elle la richesse des allégories et cette tension à l’œstrogène qui traverse l’œuvre comme une décharge électrique. De lui, elle conserve l’immensité des tableaux et la matière épaisse de la chair, omniprésente. A cela s’ajoute cette rondeur anguleuse, cette fausse candeur qui molletonne l’œuvre et acidifie le regard de ces femmes pouponnes et de ces hommes-enfants. L’avortement, la pédophilie, la guerre en Irak et la mort empruntent tour à tour des visages puérils ou des frimousses d’animaux (pensez à vous procurer le prospectus gratuit à l’entrée de l’exposition, riche en explications par l’artiste elle-même). Et même quand elle parle d’anges (munis de poignards), de Blanche-Neige (persécutée) ou de familles (sadiques ?), quelque chose de perturbant se dégage de ces corps légèrement déformés, un brin grotesques, et de ces aplats de couleurs désinhibés qui semblent toujours pointer, avec une douceur amère, vers la violence des rapports humains. Partout, la forme jure avec le fond, ambigu ; comme si Rego, sous ses allures bienveillantes, nous chantonnait des berceuses truffées de pièges. Sans nous dire sur quel pied danser.

Par Tania Brimson

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Téléphone de l'événement 01.53.85.93.93
Site Web de l'événement http://www.gulbenkian-paris.org/fr/accueil
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