Le film dévoile aussi la collection telle qu’elle était accrochée chez le collectionneur, une scénographie recréée dans la rotonde du musée, immersive à souhait. Devant ces colonnes d’images carrées, impossible de ne pas penser à un feed Instagram — si ce n’est que nombre de clichés n’y survivraient pas à la censure. Car les fleurs d’Araki ont un parfum de Fleurs du mal : l’exposition est interdite aux moins de 18 ans en raison du caractère sexuel de plusieurs photographies. Accrochée face au mur de polaroids, une œuvre illustre bien l’univers d’Araki, où femmes et fleurs, vulves et bourgeons se confondent volontiers. Les textes de l’exposition invitent à reconsidérer son regard sur le corps féminin. Reste que ses clichés mêlent poésie et obscénité, par leur précision technique, leurs retouches plastiques ou la façon dont l’artiste — ou son collectionneur — les a agencés.
Jusqu’au 12 janvier 2026, le musée Guimet expose les polaroids de Nobuyoshi Araki. Ni rétrospective ni parcours thématique, mais le regard d’un collectionneur sur l’un des photographes les plus prolifiques de son temps. Pendant vingt-cinq ans, Stéphane André a réuni 906 polaroids d’Araki, actif depuis les années 1960, avant d’en faire don au musée fin 2024. Une « opportunité inouïe » pour Guimet, déjà auteur d’une rétrospective en 2016 et désormais ouvert à la photographie au sein de ses collections asiatiques.
C’est aussi l’occasion d’explorer un pan méconnu de l’œuvre d’Araki : le polaroid, support idéal à sa pratique quotidienne. Intitulé ARAKI’S PARADISE par Stéphane André, l’ensemble réunit plusieurs motifs emblématiques : les rues de Tokyo, les femmes — dénudées ou non —, le bondage, les ciels, la nourriture, les chats, les jouets et, surtout, les fleurs. Un film de dix minutes accompagne l’exposition et revient sur leur rôle déterminant dans cet acte de collection.

