Retiens la nuit

Art, Art contemporain Libre
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Retiens la Nuit (© E.Boutié)
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© E.Boutié
Retiens la Nuit (© E.Boutié)
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Retiens la Nuit (© E.Boutié)
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Une exposition collective qui fait dialoguer différentes nuits mais laisse le visiteur pantois.

"Retiens la nuit" suppliait le jeune Johnny à la sublime Catherine Deneuve qui, dans sa douce robe blanche, boit du lait au goulot, comme James Dean. "Retiens la nuit, mon amour, qu’elle devienne éternelle". Qui n’a jamais eu ce désir que dure pour toujours cette pénombre étrange et fascinante ? Cet instant infini où tout a l’air possible, où tout a l’air flottant, irréel, que ce rêve extatique sur lequel glisse notre conscience empêche le jour de se lever ? C’est dans cet esprit de dérive nocturne et d’éternité nyctalope qu’a été pensée l’exposition présentée jusqu’à la fin du mois à la Galerie Rabouan Moussion.

'Retiens la nuit' rassemble douze artistes autour de cette ambiance particulière de bout du jour. Dans la grande galerie, aux vastes pièces que l’on traverse comme une nuit sans étoile, on rencontre des œuvres du sol au plafond. Photographies, sculptures, tableaux, installations chacun a exprimé son interprétation de la nuit. Nuit debout, de révolte, de rêveries, de rencontres hasardeuse, d’infraction ou d’insomnie, toutes les visions se côtoient dans un mélange déroutant dont le sens nous échappe bien souvent. L’dée de faire dialoguer différentes nuits vues au travers de différentes sensibilités étaient intéressante, et même intrigante. Mais sa réalisation laisse malheureusement le visiteur pantois face à un tel éclectisme où, finalement, le lien entre les œuvres ne se fait pas, chacune restant pauvrement dans son ambition sans déborder ni résonner avec les autres.

Ainsi, les photos de Sean Vegezzi qui mettent en scène des corps s’infiltrant dans des espaces interdits nous entraînent dans un certain univers, nourri d’un monde à la lisière du street art, de la poésie et de l’enfance. Les quatre photos exposées marchent parfaitement ensemble, puisqu'elles alimentent chacune le hors-champ de l’autre. Mais l’impression qui nous a étreint le cœur quelques secondes s’éteint dès que l’on regarde les œuvres voisines. Ainsi, dans cette expo collective, chaque création reste enfermée dans son carcan sans parvenir à renvoyer l’écho de ses voisines, et c'est bien dommage.

Vous trouverez donc quelques belles pièces, notamment le plafond d’Olivier Kosta-Théfaine réalisé à la flamme de briquet, qui matérialise la patience et l’acharnement entêté et déraisonné des habitants de la nuit. Poétique dans son système et sans limite dans sa forme, cette œuvre réussit à nous plonger dans les méandres de l’ombre de la nuit où plus rien ne se compte et où plus rien ne se voit. Bref, bien que certaines productions soient puissantes, la force de l’ensemble n’est pas à la hauteur de la belle ambition du commissaire Hugo Vitrani. La nuit se dilue donc dans l’espace et l’exposition ne la retient pas.

Par Elise Boutié

Publié :

Téléphone de l'événement 01 48 87 75 91
Site Web de l'événement http://www.rabouanmoussion.com
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