Stéphane Couturier

Art, Photographie
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Stéphane Couturier (© Stephane Couturier / MEP)
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Série "Melting Point" - Barcelone - Parallel n°2
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San Diego-Olympic Parkway n°1-
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Alstom-Ciba
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MELT-Toyota-19 - Série "Melting Point" - Usine Toyota - Valenciennes - 2005

La Maison Européenne de la Photographie expose l’ensemble du travail du photographe français Stéphane Couturier, des années 90 à son dernier projet, pas encore terminé, ‘Alger, Climat de France’. Cet archéologue urbain fouille le paysage qu’offre la ville aussi bien en Inde, au Brésil, en Europe ou aux Etats-Unis. Conçue de façon chronologique l’exposition permet de suivre le parcours de cet œil voyageur qui, au fur et à mesure, s’est affiné en établissant un système de composition où cadres et couleurs jouent un rôle primordial.

Ses premiers travaux, d’une puissance visuelle incroyable, s’intéressent avant tout à des chantiers : le Grand Palais à Paris, devant le check point Charlie à Berlin, au milieu du désert à San Diego… Autant de lieux qui portent la marque de leur transformation. C’est cette flagrante mutation, en train d’advenir qui l’attire. Il y capte tout autant le mouvement de la métamorphose du paysage, que les différentes strates qu’il contient. On ne voit jamais ni ciel, ni ombre, ni perspective dans les clichés de Stéphane Couturier. Ce sont des aplats de couleurs, formes et matières, où la frontalité plane et gigantesque oblige le regard à se promener à l’intérieur de l’image, à la recevoir entièrement sans être dirigé vers une chose à voir en particulier. En ramenant tout sur le même plan, en choisissant un point de vue qui lui permet d’effacer toute notion d’arrière-plan, il force l’œil à se concentrer sur la structure photographiée. C’est la capacité des édifices et constructions d’une ville à ne devenir plus qu’une abstraction formelle et colorée qui amène le photographe à s’intéresser aux œuvres urbaines des plus grands architectes, comme la ville indienne de Chandigarh bâtie par Le Corbusier ou la Brasilia de Niemeyer.

On découvre ensuite la complexification du système de lecture qu’imposent les images de Couturier. Toujours pensées comme des aplats sans point de fuite ni point d’accroche pour l’œil, ses photos se radicalisent dans leur valeur contemplative par un travail de superposition numérique de deux clichés, qui imite le principe de persistance rétinienne. D’une beauté mystérieuse captivante la série ‘Melting Point’, réalisée dans les usines de Toyota à Valenciennes, n’est constituée que de photos composites où la transparence d’une image laisse s’infiltrer les couleurs et formes d’une autre. On est face à une réelle vision, qui rend parfaitement compte du bruit, du mouvement et de l’agitation que l’usine peut produire. Stéphane Couturier réussit, avec une technique simple mais précise, à retranscrire en images des sensations physiques. En plus d’être un travail de reportage éloquent et efficace, sa série est une réflexion sur les possibilités intrinsèques de la photographie. Saisissantes dans leur intrigant enchevêtrement, ses photos déploient l’infini du temps en mettant à nu la superposition des couches de sa fabrication. Le spectateur est happé dans chacune des images, il laisse errer son regard à la recherche de la racine de ce réel recomposé.

Dans la dernière partie de l’exposition, vous trouverez le travail le plus récent de Stéphane Couturier, son installation où vidéos et photos se rencontrent pour tenter de retranscrire dans l’espace l’étonnante cité construite par Jean Pouillon à Alger, ‘Climat de France’. Un polyptyque géant, d’une dizaine d’images de la façade du bâtiment qui reproduit la continuité horizontale du paysage, fait face à cinq vidéos de portraits immobiles des habitants. En inventant ce travelling fixe et ces photos en mouvement, il renverse les codes de la photo et ceux de la vidéo et créé un langage particulier au témoignage de cet espace en mutation.

L’œuvre de Stéphane Couturier est à découvrir absolument. Elle aborde la photographie documentaire autrement et cherche à la pourvoir de nouveaux moyens de transcription de la réalité. Inventif et fin, le travail du photographe est un plaisir visuel et virtuose. Il entre en résonnance avec chacun de nous par sa couleur, son regard et ses expérimentations.  

Par Elise Boutié

Publié :

Téléphone de l'événement 01 44 78 75 00
Site Web de l'événement http://www.mep-fr.org
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