Tiki Pop

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 ( 'The Mai-Kai girls await you on their suburban island' (détail) / Collection Tim Glazner / © D.R.)
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'The Mai-Kai girls await you on their suburban island' (détail) / Collection Tim Glazner / © D.R.
 (Carte de cocktails polynésiens et ses mugs, début des années 1960 / © D.R.)
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Carte de cocktails polynésiens et ses mugs, début des années 1960 / © D.R.
 ('Un avant-goût de paradis' / © D.R.)
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'Un avant-goût de paradis' / © D.R.
 ( 'The Mai-Kai girls await you on their suburban island' / Collection Tim Glazner / © D.R.)
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'The Mai-Kai girls await you on their suburban island' / Collection Tim Glazner / © D.R.
 (Carte postale originale d'un jardin Tiki / © D.R.)
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Carte postale originale d'un jardin Tiki / © D.R.
 (Kon Tiki Hotel, Phoenix, Arizona, 1961 / Collection Scott Schell / © D.R.)
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Kon Tiki Hotel, Phoenix, Arizona, 1961 / Collection Scott Schell / © D.R.
 (Kon-Tiki Polynesian restaurant, Montreal, 1958 / Collection JP Balak / © D.R.)
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Kon-Tiki Polynesian restaurant, Montreal, 1958 / Collection JP Balak / © D.R.
 (Affiche du film 'L'Expédition du Kon-Tiki', 1951 / © D.R.)
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Affiche du film 'L'Expédition du Kon-Tiki', 1951 / © D.R.
 (Vue de l'exposition / © Musée du quai Branly / Photo : Gautier Deblonde)
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Vue de l'exposition / © Musée du quai Branly / Photo : Gautier Deblonde
 ('Hawaiian mug from the Aloha Hut' / Collection Martijn Veltman / © D.R. / Photo : Jennifer Patrick)
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'Hawaiian mug from the Aloha Hut' / Collection Martijn Veltman / © D.R. / Photo : Jennifer Patrick
 (Dossier de presse du 'Roi des îles' / © D.R.)
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Dossier de presse du 'Roi des îles' / © D.R.

Apparu dans les toiles de Gauguin ou les récits de Loti, London et Stevenson, le fantasme des mers du Sud s'étend dès les années 1930 à la musique et au cinéma américains. Rêve gorgé de douceur, de soleil et de jolies demoiselles hâlées à moitié à poil, cette mode contamine rapidement tous les pans de la culture populaire au cours des années 1950-60. Encore traumatisée par les combats sur les plages du Pacifique contre les Japonais, l'Amérique voit en cet Eden pittoresque un antidote cathartique.

De Marlon Brando à Elvis (grand absent de cette exposition, bizarrement), des bars en forme de hutte aux motels ou aux bowlings qui, jusqu'au fin fond de l'Oklahoma, succombent au décor fait de noix de coco, de bambou et de raphia (sans oublier les palmiers en plastique), tout le monde ondule au son des vagues hawaïennes. Appuyé par Hollywood et ses starlettes qui jouent les vahinés, la Polynésie devient une nouvelle banlieue de Los Angeles.

Si l'exposition montre bien comment cette imagerie exotique plastifiée s'est rapidement diffusée dans toute la société, devenant le fantasme numéro un du bon père de famille américain, on regrettera la scénographie sombre et monotone (hormis ce bar reconstitué qui, vide, ne sert finalement pas à grand-chose) alors que l'on attendait à se plonger dans l'ambiance exubérante de cette esthétique en toc. Mais le plus intéressant, c'est finalement le portrait de la société américaine que dresse, en creux, cet hommage au courant Tiki.

Derrière le triomphe de l'American way of life, derrière la machine à laver qui ronronne dans la cuisine et la nouvelle voiture chromée qui se repose dans le garage, les Etats-Unis des fifties restent corsetés par l'hypocrisie puritaine et l'oppression maccarthyste. Alors l'alcool coule à flots, les cocktails à la sauce aloha se multiplient, Nixon boit des mai tai. Et la Hula Girl, seins nus ostensiblement mal planqués sous son collier de fleurs artificielles, devient un sex symbol exutoire. Profondément machiste et nourri de relents coloniaux, voire racistes, le style vahiné ne pouvait survivre à l'avènement de la contre-culture de la fin des années 1960. Et le dieu Tiki disparut aussi vite qu'il était arrivé.


Par Mikaël Demets

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