Monde icon-chevron-right France icon-chevron-right Paris icon-chevron-right Wallonie, pays underground

Attention les amis ! Nous nous efforçons d'être précis, mais la situation particulière nous oblige à quelques ajustements. Alors vérifiez bien les horaires avant de vous de déplacer.

Unsplash
A. Popov

Wallonie, pays underground

Time Out s'est rendu en terre wallonne à la rencontre de celles et ceux qui font bouger la scène culturelle locale.

Par Antoine Besse
Advertising

Il y a forcément des savants de l’indé et des fortiches de l’alternatif qui ont une explication à la concentration d’artistes et de lieux à la marge en Wallonie. Est-ce les nombreuses bières d’abbaye ou la proverbiale gentillesse des habitants qui donnent cette envie du pas de côté, cette passion du décalé et ce besoin irrépressible d’expérimenter ? Focus sur cinq figures emblématiques de la scène culturelle wallonne, entre artistes foutraques, experts du cocktail, patron de temple alternatif et tour guide ingénieux. Nos chouchous parmi tant d’autres.

5 figures de l'underground wallon

DR
DR
DR

Liège // Jean-François Jaspers du Kultura

Il y a des lieux qui semblent nés pour devenir des temples alternatifs, des épicentres indés. Comme construit sur un cimetière de la tribu des underground. Cet ancien séchoir de bananes (ça ne s’invente pas) agite la culture liégeoise depuis plus de quarante ans. Dans les glorieuses 70's, c’était le Cirque Divers du pataphysicien Michel Antaki. Depuis 2017, le Kultura a repris le flambeau. “Voilà un espace de bric et de broc typique du vieux Liège. On y a installé deux salles de concert, une galerie, un snack, une salle de création, mais il y a encore des trucs à faire !”, explique Jean-François Jaspers, membre fondateur et coordinateur de l’asso qui anime le lieu façon DIY. “Nous sommes au service des activistes de la culture, explique-t-il, nous n’avons pas de programmateur attitré.” En 2019, plus de 80 collectifs ont organisé 180 concerts. Les styles ? Tous ! Electro, jazz, house, minimal, folk, metal… Les artistes ? Souvent wallons, toujours passionnés. “Ici, on ne fait pas de l’underground pour de l’underground. On ne veut pas s’enfermer dans un style, c’est la diversité qui pousse à la découverte.” Aujourd’hui, les gens viennent ici pour passer un bon moment, même s’ils ne connaissent pas le groupe ! “Le Kultura, comme les autres lieux Le Hangar et La Zone, prouve bien qu’une alternative est possible. Liège est une ville très ouverte et tolérante !" 

La Jungle
La Jungle
© Romuald Strzelczyk

Mons // Le duo La Jungle

On aimerait dire que dans La Jungle, inclassable doublette noisy prog rock, on sent couver une vraie colère, ça permettrait de faire une astuce du genre “l’ire de La Jungle”. Mais non. De Rémi (le petit, à la batterie) et Matthieu (le grand, à la guitare), il émane surtout une énergie communicative, une envie rigolarde, une patate nucléaire qui donne envie de danser les bras en l’air en attendant la réouverture des clubs. “Nous, ce qu’on veut, c’est jouer”, mugissent-ils en chœur. Depuis sa création en 2015, La Jungle a sorti un album par an, convoqué la crème électro mondiale alternative pour un triple opus de remix, fait environ 300 000 concerts et même monté son label. “On a fait ça pour aller plus vite, ne plus dépendre d’un système qui ne découvre plus personne. En Wallonie, il existe d’ailleurs tellement de labels indés qu’il n’y a pas de liste à jour”, rigole Rémi. La Jungle porte bien haut le flambeau d’un rock alternatif belge qui trace sa route sans rien lâcher de son ancrage local et de sa gnaque internationale. Pour Matthieu, “être alternatif, ce n’est pas gravé dans l’ADN du groupe. C’était plus un chemin qu’on a suivi au début, mais on aime aussi jouer dans des grandes salles ou des grands festivals !  Mais attention, on ne se privera jamais de jouer dans une salle parce qu’elle serait trop petite.” Née à Mons, La Jungle a profité à ses débuts du réseau de cafés-concerts de la ville pleine d’étudiants mais répète aujourd’hui à Charleroi, et va toujours jouer à Liège. “En Wallonie, la contre-culture, c’est le chaos. Mais ça aboutit toujours sur un truc !”

Advertising
© Fanny MYARD
© Fanny MYARD
© Fanny MYARD

Namur // Valentin Norberg et Charlie Guilliams du Botanical by Alfonse

Il y a Superman et Clark Kent, Zorro et Don Diego, mais il faut maintenant compter avec Alfonse et le couple Valentin Norberg, 28 ans, et Charlie Guilliams, 32 ans. Sous cette identité – pas si secrète – de héros des cocktails, ces deux-là font battre le shaker de la Wallonie depuis 2016. L’aventure commence par un “drink truck” qui sillonne les places de Namur pour porter la bonne parole du cocktail maison, et continue avec l’ouverture en 2018 du Botanical en plein centre. Un mini-bar moderne et végétal avec une petite serre où les bartenders viennent se servir. “En Wallonie, la culture cocktail débute seulement. On a pris une direction assez radicale avec notre adresse en dur : chez nous, pas de bière ni de vin, mais une carte de créations avec des produits de saison”, explique Valentin, autodidacte de la mixologie. “Quand je travaillais dans un bar classique, je n’en pouvais plus de mélanger des jus industriels. Ici, on ne travaille que des ingrédients bruts. On fait nous-mêmes les cordials, sirops, jus…” Les recettes se nourrissent des voyages et des expériences des deux tourtereaux : en Thaïlande notamment. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Botanical by Alfonse a réussi à placer Namur sur la carte des cocktails en Europe. Les 38 places du bar sont prises d’assaut, avec des gens venus de toute la Belgique. “Les Wallons aiment commander toujours la même chose. Ici, on les prend à contre-pied en changeant la carte toutes les trois semaines ! Ils viennent et reviennent pour l’expérience, pour l’accueil et nous, on ne s’ennuie jamais !" 

Mono Siren
Mono Siren
Mono Siren

Tournai // Priscilla Beccari de Mono Siren

Sur scène, on l’appelle Miss Turquoise. Dans le duo froutraco-discoïde Mono Siren, c’est la moitié sans pilosité faciale, avec un micro et des chorés exaltées. L’autre, c’est Edgar, un Parisien exilé préposé aux machines. “On s’est rencontrés en 2016 dans un karaoké d’un café de la Grand-Place de Tournai.” Un mariage plus tard, le couple accouche du groupe pour le plus grand plaisir des amateurs d’électronique cheloue et de boucles étranges, avec des titres aussi mythiques que Je roule à la vitesse maximale autorisée ou Joie mode d’emploi. Hors de scène, Priscilla Beccari reprend son nom et son activité de plasticienne diplômée de l’Académie des Beaux-Arts de Tournai. Elle fait de la photo, du dessin, des performances à Bruxelles, Paris ou au pavillon de San Marin de la Biennale de Venise (car elle est née il y a trente-quatre ans à San Marino, l’Etat confetti à un jet de Pento de Rimini). “En tant qu’artiste, j’ai été en résidence à Marseille ou Paris, mais je suis retournée en Wallonie où je peux profiter d’un grand atelier confortable et de l’ambiance simple et agréable de la ville. À Tournai, il y a deux écoles d’art, beaucoup d’étudiants et un vrai mélange entre plasticiens et musiciens.”

Outre les mélopées synthwave de Mono Siren, les amateurs d’alternatif peuvent goûter en ville les expérimentations des collectifs Garage ou Silex et de la programmation bizarro-punk du Water Moulin. Tournai, une ville alternative ? “J’ai du mal à me définir comme ça, disons qu’on fait des chansons absurdes et décalées. L’esprit indé, c’est avant tout de l’autodérision, non ?”

Advertising
Nico Buissière
Nico Buissière
Nico Buissière

Charleroi // Nicolas Buissart du Charleroi Adventure City Safari

Traverser le pont d’où s’est jetée la mère de Magritte, contempler la ville depuis le silence poussiéreux d’un terril, visiter d’anciennes usines rongées par la rouille… Voilà quelques-unes des étapes volontairement déprimantes du Charleroi Adventure City Safari. A l’origine de cet anti-tourisme enrichi en second degré, on trouve Nicolas Buissart, artiste et guide de sa bonne ville de Charleroi. “Tout a commencé par un article du quotidien hollandais De Volkskrant en 2008, qui avait nommé Charleroi ville la plus laide du monde ! J’en ai alors joué en proposant un parcours qui passe par les endroits les plus déprimants de la ville. Cette grosse blague est devenue un vrai job !” L’ancienne capitale industrielle de la Wallonie se reconstruit doucement, notamment à travers ses friches réhabilitées : “Faut pas s’inquiéter, il y a encore assez de lieux pour deux jours de visites !”, rigole Nicolas, diplômé des Beaux-Arts d’Anvers et ambassadeur autoproclamé du style baraki (entre beauf et white trash wallon). Le garçon a racheté le Cercle Saint-Charles, un ancien théâtre Art déco, “pour le prix d’un studio parisien”. Il y expose ses multiples collections de vieilles télés ou de postes de radio et anime un bar “qui aurait pu apparaître dans Dikkenek !” Il rejoint ainsi le terreau alternatif très fertile de Charleroi au côté, par exemple, du pétaradant Rockerill. Sa philosophie de vie : “On est toujours le baraki de quelqu’un !”

Pour prolonger le trip...

Recommandé

    Vous aimerez aussi

      Vous aimerez aussi

        Advertising