Warhol Unlimited

Art
3 sur 5 étoiles

Time Out dit

3 sur 5 étoiles

Attention les amis ! Nous nous efforçons d'être précis, mais la situation particulière nous oblige à quelques ajustements. Alors vérifiez que les événements sont bien confirmés avant de vous y rendre.

Avec Picasso.mania au Grand Palais, voici donc l’une des grandes expos blockbusters de la rentrée : Andy Warhol au musée d’Art moderne. Pour la faire courte, c’est a priori évidemment réjouissant. Pour au moins une raison, à savoir que Warhol s’apprécie en grand. Car malgré les parallèles, nombreux, qui ont pu être faits entre sa démarche et le fameux essai de Walter Benjamin sur ‘L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique’, les toiles de Warhol, massives et compulsives, se voient généralement trahies par leur reproduction en miniature dans des livres d’art illustrés. Avec Andy, la taille compte, assurément.

Le début de l’exposition se révèle donc assez enthousiasmant, ne serait-ce que pour ses projections sur d’assez grands écrans des célèbres ‘Screen-tests’ – au gré desquels Warhol fait défiler, en silence et en plans fixes, le panthéon des visiteurs de sa « Factory » new-yorkaise : Marcel Duchamp, Salvador Dali, Edie Sedgwick ou Lou Reed, bien sûr… Curieusement, son film ‘Blow-job’ se trouve également présenté ici, quoique relevant d’un tout autre projet (celui de filmer le visage de l'acteur DeVeren Bookwalter pendant une bonne demi-heure, alors que celui-ci se voit prodiguer une fellation). Enfin, passons. Ça reste du Warhol assez typique, quand même.

Puis viennent les toiles. Avec une première série qu’on avait hâte de retrouver à ses véritables dimensions, celle des ‘Big Electric Chair’ de 1967 (année mythique, s’il en est). Mais ici, un visiteur, élégant et âgé, râle et se fait entendre : protégées par du plexiglas, les sérigraphies pop perdraient selon lui beaucoup de leur matérialité, de leur aspect crasseux. « Ce n’est pas comme ça qu’il faut voir Warhol, c’est un contresens ! », s’exclame-t-il, martelant le sol de sa canne. Sans aller jusque là, on se dit qu’il n’a peut-être pas complètement tort. Le reste de l’expo semblera d’ailleurs plutôt lui donner raison.

Deux œuvres « politiques » – enfin, autant que Warhol put l’être, c’est-à-dire… pas beaucoup – suivent alors, avec des séries de ‘Jackie Kennedy’ et de ‘Mao’, un peu perdues au milieu de la celle des ‘Flowers’ (1964). Hélas, la scénographie, qui semble avoir voulu opter pour une forme d'originalité, tombe ici à plat : en présentant certaines toiles de biais, ou en les accrochant à plusieurs mètres de hauteur (drôle d’idée, quand même), la disposition des œuvres perd de vue leur aspect profondément industriel, répétitif et hypnotique. Les toiles ne font plus bloc ; elles s’éparpillent, selon un étrange parti-pris qui, convenons-en, ne fonctionne pas des masses.

Passage alors aux autres pratiques du « pape du pop ». D’abord, à travers la musique. Là, on reste franchement sur sa faim : une simple salle, où l’on peut écouter le premier album du Velvet Underground (waouh ! ce disque que chacun d’entre nous a déjà dû entendre un bon million de fois), agrémenté d’images de concerts comme celles de l’‘Exploding Plastic Inevitable’ – bref, des séquences généralement vues et revues par les amateurs de rock… et parfois filmées avec les pieds, aussi. Disons que ce sera éventuellement instructif, au cas où vous n’auriez jamais entendu parler de rock garage ou d’underground new-yorkais. Sinon, vous risquez fort de vous retrouver en terrain un peu trop familier.

Passons sur les deux salles suivantes, assez peu revigorantes (quelques coussins argentés remplis d’hélium et une projection du film ‘Empire’) pour arriver à la dernière de l’exposition, qui présente la série méconnue des ‘Shadows’ (1978-79) : ici, la juxtaposition des toiles, scrupuleusement respectée, offre une vision véritablement marquante, lourde, où les procédés de répétition fonctionnent, écrasant le visiteur par la réitération des motifs et les variations de couleurs. Enfin, l’accrochage semble rendre justice à une certaine violence, à un sentiment d’étouffement propre à l’œuvre faussement candide d’Andy Warhol. On ne peut alors que regretter que le reste de l’exposition se cantonne à une approche compilatrice et un peu superficielle, comme une sorte de digest ou de simple introduction au pop art. Evidemment, de toute façon, Warhol fera carton plein. Mais on se dit qu’il aurait quand même mérité une proposition un peu moins... limitée.

'Warhol Unlimited', au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris.
Du mardi au dimanche de 10h à 18h ; Nocturne le jeudi jusqu'à 22h.

Infos

Site Web de l'événement http://www.mam.paris.fr/fr
Téléphone de l'événement 01.53.67.40.00
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