William Eggleston : From Black and White to Color

Art, Photographie
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 ( © William Eggleston / Courtesy Wilson Center for Photography)
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© William Eggleston / Courtesy Wilson Center for Photography
 (William Eggleston, 'Sans titre', 1960-1965 / © William Eggleston / Eggleston artistic Trust, collection de l'artiste)
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William Eggleston, 'Sans titre', 1960-1965 / © William Eggleston / Eggleston artistic Trust, collection de l'artiste
 (William Eggleston, 'Sans titre', 1965-1970 / © William Eggleston / Eggleston artistic Trust, collection de l'artiste)
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William Eggleston, 'Sans titre', 1965-1970 / © William Eggleston / Eggleston artistic Trust, collection de l'artiste

Des charriots entassés sur des parkings de supermarchés. Des Cadillac buvant jusqu’à plus soif à la station-service locale. Des briques de lait identiques, serrées les unes contre les autres dans des rayons interminables. Et surtout, des gens. Des gens qui achètent de quoi boire, de quoi manger, de quoi remplir leurs réservoirs d’essence, qui dépensent, qui consomment. Bref, des gens qui vivent le rêve américain.

Bienvenue dans le sud des Etats-Unis, quelques années à peine après la guerre. Quand William Eggleston se met à parcourir sa région natale à la fin des années 1950, il avance d’abord dans le sillage d’Henri Cartier-Bresson : des cadrages coupés au cordeau, un noir et blanc frappé, des scènes suburbaines à la composition mesurée. Mais la couleur le démange. Et très vite, elle s’immisce dans sa chambre noire, amenant avec elle un appétit féroce pour la vie ordinaire. « Je devais me rendre à l’évidence que ce que j’avais à faire, c’était de me confronter à des territoires inconnus. Ce qu’il y avait de nouveau à l’époque, c’étaient les centres commerciaux – et c’est ce que j’ai pris en photo ».

C’est dans le banal qu’Eggleston trouve sa vocation. Comme un Joel Meyerowitz ou un Lewis Baltz, il fait bientôt partie de ces photographes qui, au cours des années 1960, font tomber le voile sacré du noir et blanc pour révéler un monde criard de vérités. Les siennes seront rouge ketchup et rose barbe-à-papa. Comme une mouche collée au plafond, il photographie l’ennui, l’attente, la solitude de ses compatriotes. Leur absence, aussi, quand il ne reste plus que des gobelets laissés sur un capot de Ford, des bigoudis oubliés sur des WC ou une ampoule allumée pour témoigner de la présence humaine dans un monde où les femmes se sapent comme Kim Novak pour aller siroter leur milkshake au diner du coin. L’ensemble, entre reportage et fresque sociale teintée d’ironie, compose une sorte de roman de l’ordinaire. Le roman de cette Amérique sudiste, décomplexée et consommatrice, dont l’âge d’or respire déjà la décadence et le vide spirituel. Ici, tout le monde possède une bagnole, un aspirateur et un grand congélateur. Mais le rêve dégage comme une odeur de plastique, brûlé par le soleil du Mississippi.

> Horaires : du mardi au dimanche de 13h à 18h30, nocturne le mercredi jusqu'à 20h30.

Par Tania Brimson

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