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Le Bruit des glaçons
Le Bruit des glaçons

Dry January : les films à voir pour arrêter de boire

Notre sélection de longs métrages qui vous passeront l'envie de trop picoler - enfin, pour un jour ou deux...

Par Alexandre Prouvèze et Houssine Bouchama
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Eh oui, on le connaît tous ce moment un peu gênant, vaguement humiliant (alors qu’il n’est, au fond, que banalement organique), où l’on se dit que ça y est, c’est décidé, on ne nous y reprendra plus : on arrête de boire. Ou en tout cas, de boire autant. Au moins pour quelques jours... Parce que terminer l’année en vomissant des litres d’alcool sur la porte des toilettes (mais qui a eu l’idée saugrenue de la fermer ?), c’est quand même vraiment pas classe. Et le fait que ce soit du champagne n’y change absolument rien. Voici donc, pour vous aider dans vos bonnes résolutions, notre top des films qui vous feront arrêter de boire ! 

Les films à voir pour arrêter de boire

Le Poison
Le Poison

1. Le Poison (1945) de Billy Wilder

Le titre français de ce drame de Billy Wilder (porté par un formidable Ray Milland en écrivain raté et alcoolique) puant un tantinet la visée moralisatrice, on peut lui préférer l’original, The Lost Weekend. S’arrangeant pour éviter de passer un week-end à la campagne avec son frère et sa petite amie, Don Birnam (Milland) se retrouve seul face à son addiction et se remémore la manière dont l’alcool a gâché sa vie et ses projets littéraires, après des débuts prometteurs. Sans argent, il aura pourtant recours à des stratagèmes parfois dégradants pour pouvoir tenter de noyer son désespoir… Comme souvent avec Wilder, la narration est magistralement ficelée – et le film réussit à éviter la condamnation de son héros, tout en nous plongeant dans sa tragique dérive.

Rio Bravo
Rio Bravo

2. Rio Bravo (1959) de Howard Hawks

Pour continuer, voici certainement l’un des plus grands films d’un des plus grands maîtres du cinéma hollywoodien – aux côtés du Grand Sommeil, de La Dame du vendredi, de Scarface ou du Port de l’angoisse (ah oui, avec Hawks on est servi). Ici, l’alcoolo de service, Dude, surnommé « Borrachón » (« le poivrot ») et interprété par un excellent Dean Martin, est l’adjoint du sheriff (John Wayne). A la suite d’une querelle ayant éclaté à cause de l’alcoolisme de Dude, nos deux héros, bientôt alliés à un gamin, un vieillard et une joueuse de poker, vont devoir faire face à une armée de tueurs… Comme quoi, se lancer dans une rixe quand on est bourré, c’est rarement une bonne idée.

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Un Singe en hiver
Un Singe en hiver

3. Un singe en hiver (1962) d’Henri Verneuil

Immense classique du cinéma français, adapté du roman éponyme d’Antoine Blondin et orchestrant la formidable rencontre, autour de dizaines des bouteilles d’alcool, du monstre sacré Gabin et du jeune premier Belmondo (qui, à l’époque, vient tout de même d’enchaîner A bout de souffle, Moderato Cantabile, Léon Morin, prêtre ou Le Doulos), Un singe en hiver oscille entre scènes d’ivresse titubante et envolées flamboyantes signées Audiard. Comme le résume le personnage de Gabin : « Si je buvais moins, je serais un autre homme. Et j'y tiens pas ! »

Husbands
Husbands

4. Husbands (1970) de John Cassavetes

C’est un film de potes. De trois vieux potes de jeunesse, désormais quadragénaires, mariés ou pères de famille, qui se retrouvent, tristes et choqués, à l’enterrement du quatrième larron de leur ancienne bande. Car voilà. La vie avance, on prend du poids, on laisse le temps passer… Et d’un coup, la mort se manifeste, là, tout proche, qui nous frôle, pour nous rappeler qu’on n’a qu’une seule vie – et peut-être beaucoup plus courte qu’on l’imagine. Alors, nos trois gaillards (interprétés par un véritable trio d’amis noceurs : Cassavetes, Peter Falk et Ben Gazzara), sentant la vie leur échapper, décident de fuguer ensemble, prenant l’avion pour Londres et l’excitation d’une virée à l’ancienne, pleine d’excès, de fureur et de picole, entre drague minable, coups de gueule, confessions brutales et désespoir intime devant le temps qui a fui. Sur le tournage, selon la légende, les bouteilles circulaient aussi pas mal – et quelques scènes d’ivresse bien épaisse ont effectivement l’air de tendre vers l’âpreté d’un documentaire… Ce qui n’est pas toujours très beau à voir.

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Qui a peur de Virginia Woolf ?
Qui a peur de Virginia Woolf ?

5. Qui a peur de Virginia Woolf ? (1966) de Mike Nichols

Premier long métrage de Mike Nichols (un an avant Le Lauréat, qui révéla le jeune Dustin Hoffman sur l’imparable musique de Simon & Garfunkel), cette adaptation fielleuse de la pièce d’Edward Albee met en scène l’un des couples de monstres sacrés les plus mythiques du cinéma hollywoodien, Elizabeth Taylor et Richard Burton. Orageux à la ville, le tandem l’est ici peut-être encore davantage à l’écran. Devant un autre couple (de jeunes gens un peu niais), Taylor et Burton se déchirent au cours d’une longue nuit d’ivresse où la rage, la frustration, la jalousie, la rancœur, le dégoût (de l’autre comme de soi-même) et la peur de vieillir s’entendent pour briser, avec un cynisme cruel, tous les espoirs généralement mis dans l’amour. Un jeu de massacre brillant, tour à tour hilarant et poignant, qui rappelle combien l’alcool peut parfois rendre acrimonieux. Jusqu’au point de non-retour.

Réveil dans la terreur
Réveil dans la terreur

6. Réveil dans la terreur (1971) de Ted Kotcheff

Au début des années 1970, John Grant (Gary Bond), jeune instituteur déjà désabusé, s’apprête à retrouver sa girlfriend à Sydney pour les vacances de Noël. Petite précision, l’action se déroule dans un bled paumé en Australie : aussi l’ambiance hivernale y ressemble-t-elle à une fournaise à ciel ouvert… Mais avant de s’envoler pour la capitale, John fait une halte dans la petite ville minière de Bundanyabba. Et ce qui ne devait alors que constituer une escale de vingt-quatre heures va finalement durer cinq jours, pendant lesquels notre jeune prof bien comme il faut va picoler sans relâche, en compagnie de rednecks plus dingues les uns que les autres. Une tonalité titubante, qui correspond à merveille à ce film désertique et nihiliste du futur réalisateur de First Blood (le premier épisode et le seul valable de la série des Rambo). Une véritable étrangeté et un sommet du cinéma australien.

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Le jour du vin et de roses
Le jour du vin et de roses

7. Le Jour du vin et des roses (1962) de Blake Edwards

Ici comme chez Mike Nichols, c’est en couple qu’on se met une grosse mine. Et si Blake Edwards est généralement plutôt connu pour ses comédies (Diamants sur canapé, The Party, La Panthère rose…), c’est un authentique drame de l’alcoolisme qu’il met ici en scène, avec un Jack Lemmon inattendu dans le rôle tragique d’un ex-alcoolique replongeant dans ses vieux démons, entraînant désormais sa jeune compagne – et mère de leur jeune enfant – dans sa chute. Un rôle grave pour l’acteur, qui se révèle également immense dans ce registre fort éloigné de la comédie, une musique composée par le génial Henry Mancini et des scènes à vous nouer la gorge… On y réfléchit à deux fois avant de se rouvrir une bière devant son écran…

Au-dessous du volcan
Au-dessous du volcan

8. Au-dessous du volcan (1984) de John Huston

Unique adaptation cinématographique d’un incroyable roman (celui, éponyme et maudit, de Malcolm Lowry), Au-dessous du volcan est l’un des tout derniers films de John Huston. Il suit Albert Finney en consul imbibé d’alcool dans le Mexique de la fin des années trente, enchaînant mezcal, tequila et whisky, à la recherche de ce « délicat équilibre entre la tremblote du trop peu et le gouffre du trop » qui caractérise l’alcoolisme. Un personnage d'ivrogne d'une radicalité inoubliable.

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L'ange ivre
L'ange ivre

9. L’Ange ivre (1948) d’Akira Kurosawa

Premier film véritablement personnel selon les propres dires de son auteur, L’Ange ivre figure le face-à-face, dans l’immédiat après-guerre, d’un médecin alcoolique des quartiers défavorisés (Takashi Shimura) et d’un jeune yakuza tuberculeux refusant de se soigner (Toshirō Mifune, futur acteur fétiche de Kurosawa, déjà hallucinant ici dans l’un de ses tout premiers rôles au cinéma). Rencontre entre deux autodestructions, où la fougue quasi-suicidaire du jeune mafieux s’oppose à l’humanisme, bourru et blessé, du vieux toubib porté sur la bouteille. Le tout, dans un Japon traumatisé que Kurosawa filme avec une précision documentaire qui peut évoquer Rossellini. L’un des premiers grands films du maître nippon, qui anticipe certains de ses chefs-d’œuvre à venir, comme Chien enragé ou Dodes'kaden.

Drunk
Drunk
Drunk

10. Drunk (2020) de Thomas Vinterberg

Dans la catégorie « dîner qui tourne mal », Festen plaçait déjà la barre haut. Très haut. Difficile en effet de faire plus violent sur le plan thématique. Suicide, haine, pédophilie, inceste : le menu concocté par Thomas Vinterberg avec son premier film labellisé Dogme 95 (suivant le Manifeste qu'il élabora, notamment, avec cet autre fameux rigolo de Lars Von Trier) se révèle pour le moins épicé. En 2020, le bonhomme revient en majesté avec Drunk (film dont on devine le sujet), basé sur une expérience scientifique radicale : pour être heureux et créatif, l’homme doit combler un déficit d’alcool dans le sang estimé à 0,5 grammes. Si l’expérience tentée par la bande de quinqua dans le film fonctionne au début, on vous laisse imaginer la débâcle qui en suit. Une œuvre intelligente et souvent ironique qui interroge les « bons » et les mauvais côtés de l’alcool.
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Le Bruit des glaçons
Le Bruit des glaçons

11. Le Bruit des glaçons (2010) de Bertrand Blier

Pour finir, retour en France avec ce film de Bertrand Blier, moyennement accueilli par la critique lors de sa sortie et qui mérite pourtant largement d’être vu, ne serait-ce que pour son pitch pétri d’humour noir : Charles Faulque (un Jean Dujardin barbu et pleinement convaincant), écrivain alcoolique et dépressif, reçoit la visite de… son cancer, incarné par Albert Dupontel. Et celui-ci, menaçant, espiègle et retors, entend bien lui mener la vie dure – ou du moins, ce qu’il en reste. Un sujet plombant, certes, mais mis en scène avec un humour grinçant parfois jusqu’à l’hilarité. Et qui nous rappelle bien que le bruit des glaçons équivaut souvent au tic-tac d’une horloge qui tourne, tourne, tourne… plus vite qu’on ne le croit.


Enfin, pour ceux qui auraient encore soif - bande de soiffards ! - après toutes ces ingestions filmiques, on pourra encore conseiller, pêle-mêle : Shining de Stanley Kubrick, Une femme en enfer de Daniel Mann, Contes de la folie ordinaire (d’après Bukowski) et La Grande Bouffe de Marco Ferreri, Flight de Robert Zemeckis, Le Feu follet de Louis Malle, The Master de Paul Thomas Anderson, Rhum Express de Bruce Robinson, Leaving Las Vegas de Mike Figgis, ou encore Spring Breakers d’Harmony Korine… A la bonne vôtre !

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