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Guide du thriller au cinéma

Diaporama • 10 films à voir : les meilleurs thrillers des 25 dernières années

Old Boy
1/10

Old Boy

 

de Park Chan-wook, avec Choi Min-sik et Yu Ji-tae

 

Adapté d’un manga de Garon Tsuchiya et Nobuaki Minegishi publié au Japon à la fin des années 1990, ce cinquième long métrage de Park Chan-wook, deuxième volet de sa trilogie sur la vengeance (entre ‘Sympathy for Mister Vengeance’ et ‘Lady Vengeance’), fut une jolie claque lors de sa sortie en 2003, prouvant combien la nouvelle vague du cinéma sud-coréen pouvait, en matière de thriller, concurrencer les meilleurs films de genre américains. Après quinze ans de séquestration sans raison apparente, un père de famille rageur décide de traquer le mystérieux commanditaire de son enlèvement. D’une cruauté digne d’une tragédie antique, mêlant manipulation, hypnose et soupçons incestueux, ‘Old Boy’ s’affirme d’une virtuosité implacable sur le plan de la réalisation, jouant sur les codes de l’horreur, de la traque, mais aussi sur un humour noir où violence trash et grotesque froid se répondent jusqu’à créer chez le spectateur un mélange assez inédit de jubilation et d’inconfort. L’une des pierres angulaires du renouveau de cinéma sud-coréen – et sans doute aussi la première fois qu’on voit le héros d’un film dévorer un poulpe vivant…

 

Pusher I, II & III
2/10

Pusher I, II & III

 

de Nicolas Winding Refn, avec Kim Bodnia, Mads Mikkelsen et Zlatko Burić

 

Si ‘Drive’ a fait largement exploser la cote de popularité de Nicolas Winding Refn (ah, le charisme mutique de Ryan Gosling et la musique de Kavinsky !), le cinéaste danois avait pourtant déjà derrière lui une belle et longue carrière, notamment marquée par le thème de la virilité – et de son échec. A cet égard, la trilogie ‘Pusher’, réalisée entre 1996 et 2005, reste clairement l’une de ses œuvres maîtresses : un univers presque exclusivement masculin de dealers et de truands, où la quête de la puissance (sociale ou financière) s’apparente systématiquement à une course vers l’abîme. Le premier volet de la trilogie suit ainsi le personnage de Frank (Kim Bodnia), dealer à la ramasse, et de son acolyte Tonny (Mads Mikkelsen). Bientôt endetté auprès de Milo (Zlatko Burić), un baron serbe de la drogue, à la suite d’une intervention de la police, Frank se démène pour rembourser sa dette, en ayant recours aux stratagèmes les plus fumeux. Dans le second volet, près de dix ans plus tard, c’est désormais Tonny – et l’enfant qu’il a eu avec une prostituée – qui se trouve au centre de l’intrigue. Enfin, l’année suivante, en 2005, c’est cette fois un Milo vieillissant et dépassé que suit l’ultime épisode de la trilogie, entre le mariage de sa fille, sa cure de désintox et ses méthodes artisanales pour faire disparaître un cadavre encombrant. Polyphonique et trash, bourré d’humour noir mais parfois extrêmement émouvant (en particulier la fin du deuxième volet, où Mikkelsen se révèle singulièrement touchant), cette trilogie ‘Pusher’ forme un ensemble à la fois riche et cohérent. Et un modèle de thriller contemporain, d’une inventivité permanente.

 

Pulp Fiction
3/10

Pulp Fiction

 

de Quentin Tarantino, avec Uma Thurman, John Travolta et Samuel L. Jackson

 

Sorti il y a déjà 20 ans, ‘Pulp Fiction’ demeure le film-culte par excellence des années 1990. Labyrinthique et ludique, délirant et sexy, bordélique et magistralement maîtrisé, ce deuxième long métrage de Quentin Tarantino apparaît, avec le recul, comme la compilation compulsive d’une cinéphilie folle, réunissant les références pointues (à l’image de cette inoubliable scène de danse sur Chuck Berry, inspirée d’une séquence de ‘Bande à part’ de Godard) et bénéficiant d’un casting à tomber à la renverse, d’Uma Thurman à Bruce Willis, de Samuel L. Jackson à Harvey Keitel, en passant par Tim Roth, Christopher Walken et, évidemment, un Travolta délicieusement classe et has-been. Et encore faudrait-il mentionner sa narration formidablement éclatée, la géniale exubérance de ses dialogues ou la formidable B.O. du film. Bref, tout est beau et bizarre dans ‘Pulp Fiction’, rêverie cinéphage et transgenre, poème en forme de polar acide et chef-d’œuvre imparable de « coolitude ». Au fond, le seul problème de ‘Pulp Fiction’, c’est son caractère indépassable au sein de l’œuvre de Tarantino, auteur d’un des plus grands classiques du cinéma de ces vingt dernières années alors qu’il n’avait que 31 ans.

 

Usual Suspects
4/10

Usual Suspects

 

de Bryan Singer, avec Kevin Spacey et Gabriel Byrne

 

Sorti en 1995, ce deuxième long métrage de Bryan Singer (passé, depuis, à la réalisation de blockbusters super-héroïques comme ‘Superman Returns’ ou la série des ‘X-Men’) comporte l’un des plus célèbres twists finaux de l’histoire récente du cinéma. Un scénario à tiroirs ultra-chiadé où pullulent d’ingénieux flashbacks, porté par un quintette d’acteurs impeccables (Gabriel Byrne, Benicio del Toro, Stephen Baldwin, Kevin Pollak et, surtout, un incroyable Kevin Spacey dont la carrière démarre véritablement avec ce film) : ‘Usual Suspect’ reste haut la main l’un des thrillers les plus impressionnants de ces 20 dernières années. Et son invisible maître du crime, le grand manipulateur Keyser Söze, un personnage de fiction des plus géniaux et démoniaques – aussi mystérieux qu’inoubliable.

 

Misery
5/10

Misery

 

de Rob Reiner, avec Kathy Bates et James Caan

 

Voici certainement, aux côtés de l'incontournable 'Shining' de Stanley Kubrick, l'une des meilleures adaptations d’un roman de Stephen King au cinéma, signée Rob Reiner – réalisateur tout terrain auquel on doit également ‘Spinal Tap’, ‘Stand by Me’ ou ‘Quand Harry rencontre Sally’. Récompensée en 1991 par le Golden Globe et l’Oscar de la meilleure actrice, Kathy Bates y crève l’écran en infirmière complètement flippante, hébergeant chez elle l’écrivain Paul Sheldon (James Caan), dont elle soigne les blessures après un accident de la route. Sympa, a priori. Le problème, pour Paul, c’est que son hôte, grande admiratrice de ses romans, décide de le séquestrer en apprenant qu’il vient d’en faire mourir l’héroïne principale, Misery Chastain, dans son prochain opus. Et pour le faire revenir sur sa décision, l’infirmière est vraiment prête à tout… Fable macabre et perverse sur le succès et la célébrité, ‘Misery’ reste un huis-clos parmi les plus angoissants de ces dernières années. Où l’on découvre combien une machine à écrire peut devenir une arme redoutable…

 

Le Silence des agneaux
6/10

Le Silence des agneaux

 

de Jonathan Demme, avec Jodie Foster et Anthony Hopkins

 

1991. Face-à-face, Clarice Starling (Jodie Foster), jeune recrue du F.B.I, et le psychiatre anthropophage Hannibal Lecter (Anthony Hopkins). Des très nombreuses adaptations mettant en scène le personnage d’« Hannibal le cannibale » créé par Thomas Harris, le film de Jonathan Demme reste sans comparaison celui qui aura le plus marqué les esprits. D’abord par le jeu de ses acteurs principaux (qui récolteront un Oscar chacun), mais aussi à travers son climat malsain, sombre et inquiétant – loin du grand guignol assez raté de sa suite, ‘Hannibal’, où Jodie Foster se verra remplacée par Julianne Moore sur un scénario nettement moins convaincant. Traquant un dépeceur de jeunes filles surnommé Buffalo Bill, Clarice a ici recours à l’aide du terrible docteur Lecter, emprisonné sous haute surveillance et qui se révèle être le seul à pouvoir véritablement analyser la personnalité du tueur en série. L’un des films les plus angoissants du début des années 1990 et une référence qui aura contribué à relancer le genre du thriller au crépuscule du XXe siècle.

 

Prisoners
7/10

Prisoners

 

de Denis Villeneuve, avec Jake Gyllenhaal et Hugh Jackman

 

Dans une banlieue pluvieuse de Boston, deux gamines ont disparu. Le policier en charge de l’affaire, Loki (Jake Gyllenhaal, convaincant et vite attachant en flic bourré de tics) opte pour la thèse du kidnapping. Un premier suspect, zonard en camionnette « au QI d’un gosse de 10 ans » (Paul Dano) est arrêté, puis remis en liberté faute de preuves… sauf que le père de l’une des fillettes (Hugh Jackman), exaspéré par la lenteur de l’investigation, décide bientôt de mener sa propre enquête, aux méthodes d’une brutalité inattendue. Si le thriller du Canadien Denis Villeneuve doit manifestement beaucoup au travail de son directeur de la photographie, le Britannique Roger Deakins – célèbre pour son travail avec les frères Coen, et capable de rendre le moindre bout de bois visuellement flippant –, le rythme du film se révèle également intéressant : alternant piétinements, temps morts et brèves montées de suspense, tout en réussissant à dresser un portrait assez critique de l’héroïsme à l’américaine. Rappelant par moments le puissant et mésestimé ‘Zodiac’ (2007) de David Fincher – où Gyllenhaal excellait également comme enquêteur en galère – avec quelques évidentes allusions à l’inévitable ‘Silence des agneaux’ (1991) de Jonathan Demme, ‘Prisoners’ prend son temps, distillant son ambiance oppressante jusqu’à un twist final surprenant et bien fichu.

 

Mulholland Drive
8/10

Mulholland Drive

 

de David Lynch, avec Naomi Watts et Laura Harring

 

Sans conteste l’un des meilleurs thrillers psychologiques, mais aussi, tout simplement, l’un des meilleurs films produits depuis le début des années 2000, ‘Mulholland’ Drive’ représente l'un des sommets de la carrière, alors déjà assez vertigineuse, de David Lynch. Originellement destiné à constituer le pilote d’une série (très vite refusée par la chaîne de télé américaine ABC qui l’avait commandée), ‘Mulholland Drive’ a donné lieu à une multitude d’interprétations, parfois à la limite de la maniaquerie fétichiste. Grand prince de l’ouverture, Lynch, quant à lui, se serait laconiquement contenté de présenter son film comme « une histoire d’amour dans la cité des anges ». Ses ingrédients : deux femmes, une blonde hitchcockienne (Naomi Watts) et une brune vénéneuse (Laura Harring) perdues sur les hauteurs d’Hollywood, un meurtre, une atmosphère menaçante, des studios de cinéma et des producteurs qui se bavent littéralement dessus, un mystérieux cow-boy, une boîte bleue ouvrant sur une réalité parallèle, des soirées, un accident de voitures, une femme qui fait mine de chanter Roy Orbison en espagnol, un labyrinthe de rêves, de cauchemars, un inconscient bourré de fantasmes de gloire et de tension sexuelle… Tout a été dit sur ‘Mulholland Drive’ et l’on pourrait pourtant encore en parler des heures. Mais au fond, mieux vaut alors laisser la parole au film, n’est-ce pas ? Silencio, donc.

 

Seven
9/10

Seven

 

de David Fincher, avec Brad Pitt et Morgan Freeman

 

Aujourd’hui, Brad Pitt a beau avoir tourné bon vieux rentier de l’industrie hollywoodienne, collectionnant blockbusters très moyens (‘World War Z’), seconds rôles paresseux (’12 Years A Slave’) et coupes de cheveux franchement discutables, il ne faudrait pas non plus oublier que le beau blondinet enchaînait avec brio les cartons au milieu des années 1990 : 'Entretien avec un vampire', 'L’Armée des douze singes', 'Fight Club', 'Snatch'… et, surtout, cet imparable 'Seven' de David Fincher, où il incarne un flic traquant un tueur en série fasciné par les sept péchés capitaux, aux côtés de Morgan Freeman. Une ambiance pluvieuse, sale, qui vous prend à la gorge, où les enquêteurs ne parviennent pas à avancer et où le mal semble omniprésent. Et là encore, un final paradoxal et pervers, véritable danse de la mort menée par un Kevin Spacey remarquable en serial killer suicidaire (mais bon, on ne vous dira pas ce qu’il y a dans le carton).

 

Eyes Wide Shut
10/10

Eyes Wide Shut

 

de Stanley Kubrick, avec Tom Cruise et Nicole Kidman

 

Si le thriller érotique aura connu sa grande heure de gloire à la fin des années 1980 ('Blue Velvet', '9 semaines 1/2' en 1986) et au début des années 1990 (avec le succès de 'Basic Instinct' de Paul Verhoeven en 1992), ce n’est pourtant qu’en 1999 que ce sous-genre aura trouvé sa meilleure expression avec 'Eyes Wide Shut' de Stanley Kubrick. Car en dépit de l’accueil mitigé qui lui fut réservé à sa sortie, le testament du réalisateur de 'Barry Lyndon' a plutôt tendance à vieillir comme un bon vin. D’abord parce que l’érotisme y paraît sombre, anxieux, froid comme la mort – plus proche de l’effroi métaphysico-charnel d’un roman de Georges Bataille que du jeu de jambes bling-bling d’une Sharon Stone. Lente dérive d’un riche médecin new-yorkais (Tom Cruise), rendu ivre de jalousie par les confidences fantasmatiques de sa femme (Nicole Kidman), 'Eyes Wide Shut' ressemble au récit d’une chasse aveugle de l’expérience sensuelle et de son impossible assouvissement. Puisqu’au fond, Tom Cruise ne couche avec personne : il ne fait que mettre le doigt dans la spirale de ses désirs, entre onirisme, animalité et cérémonie mystique. Et il fallait bien s’y attendre avec le cynique Kubrick : le couple en ressort en charpie – qu’il s’agisse de celui inspiré par la nouvelle d’Arthur Schnitzler ou de son double, formé dans la réalité par Kidman et Cruise. Entre des hommes écartelés par leurs désirs brutaux et des femmes sacrifiées sur leur autel, ce n’est plus à une guerre des sexes qu’on assiste, mais au constat noir d’une insoluble impasse, à un pur jeu de massacre. Pourtant, du fond de ce gouffre, Kubrick, à travers la voix de Nicole Kidman, paraît nous souffler la clé de son énigme – qui restera d’ailleurs le dernier mot de son œuvre monumentale. Tout simplement, fuck.

 

Commentaires

3 comments
Jean N
Jean N

Moui bof, eyes wide shut...


Quid de Mystic River, 9mm ?

Chris T
Chris T

@Anaïs L spoiler Usual Suspects: Quelqu'un pourrait-il m'expliquer pourquoi monter tout ce stratagème pour tuer la personne qui pouvait l'identifier, alors qu'au final, la police finit quand même par comprendre qui il est.

j'ai adoré ce film, mais cette "faille" dans le scénario me turlupine, lol