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© Mahdi Aridj Photography

Quand le militantisme s’invite en club : 6 collectifs engagés dans la nuit parisienne

Si certains voient la nuit comme un moment où ils peuvent se laisser aller à leurs plus bas instincts, des collectifs parisiens ont construit ces dernières années des espaces nocturnes conscients. Entre luttes sociales et BPM, on a cassé le mur du son.

Écrit par
Camille Laurens
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Du Loft au Pulp en passant par le Paradise Garage, les clubs ont souvent servi de refuges aux minorités, sexuelles ou ethniques, qui pouvaient y exprimer leur personnalité sans crainte de prendre un regard de travers. Un rôle politique et militant qu’on retrouve beaucoup dans les clubs LGBT. “Ces clubs ont énormément apporté à la lutte contre l’homophobie. Act-Up a fait de ‘Danser=Vivre’ son slogan durant la pandémie de sida. La musique et la nuit sont des acteurs majeurs dans l’éveil des consciences”, estime Patrick Thévenin, journaliste spécialisé dans la nuit et la musique.

Les identités méprisées ou en danger le jour sont plus en sécurité la nuit et certains collectifs ont fait de la nuit leur moyen d’expression pour faire passer des messages, qui vont de la défense des droits des LGBTQIA+ à la déstigmatisation de la nudité et du sexe. “La nuit est un catalyseur de combats”, ajoute Patrick Thévenin. “La house n’est pas seulement une musique, c’est un mouvement culturel : ne pas se résigner et montrer que l’on existe pour survivre. Depuis toujours, les clubs accueillent des gens sans considération de genre, d’orientation sexuelle et de couleur. Les safe spaces, ces sanctuaires de minorités, sont nés de la nuit. La nuit cristallise les combats d’hier, d’aujourd’hui et de demain, elle est indispensable.”

Alors, quels sont les nouveaux combats de la nuit et par qui sont-ils portés ? Petit tour d’horizon de ces collectifs parisiens conscientisés et engagés.

6 collectifs militants de la nuit parisienne

Y a pas à dire, les soirées de la CREOLE, c’est toujours un sacré truc. Mises en branle en 2018, ces fêtes ont su, avec leur énergie singulière, immédiatement trouver leur public. “D’un point de vue musical, on mêle des influences du sound-system, des cultures électroniques, du carnaval, de la ballroom ou encore des évènements festifs comme le midi minuit dansant aux Antilles”, décrit Fanny Viguier, à l’origine des soirées avec Vincent Frédéric-Colombo. Et puis, à la CREOLE, il y a cette mixité des publics assez unique, mise en exergue par la fondatrice : “Toutes les identités y sont les bienvenues tant qu'elles sont là avec une démarche de respect des autres. La CREOLE s’attache à défendre la nécessité presque salvatrice d’espaces festifs et culturels safe qui s’adressent aux minorités.” Une soirée complètement hors norme et parfaitement dans son temps. 

“Tout est parti d’un constat simple, les femmes en club avaient beaucoup plus de mal à se dévêtir que les mecs. De là, on s’est rendu compte que permettre de libérer les corps avait un impact très positif : plus de bienveillance, de partage et d'équité. Désexualiser les corps, c’est la base d’une fête saine”, nous explique Illan, membre des Sœurs Malsaines. Fondé en 2017, le collectif s'attache à rééquilibrer la balance entre les femmes et les hommes à travers une nudité naturelle, tout en garantissant la sécurité du public. Si l’aspect militant est venu bien après la création des soirées, le crew revendique aujourd’hui une radicalité esthétique et une signature unique sur la scène festive. A l’heure où Instagram censure encore les tétons féminins, il reste primordial de reconsidérer les corps et le regard que l’on porte dessus. Pas si malsaines les sœurs… 

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Marion Delpech a lancé cette association féministe en réalisant que ses propres programmations préconfinement réunissaient 87 % de DJ masculins. A partir de là, “il apparaissait compliqué de se revendiquer féministe”, explique-t-elle. “J’ai radicalement changé ma méthode. Provocative Women for Music a été créée pour donner davantage de visibilité aux femmes voulant vivre de la musique, autant dans les bookings que dans les médias. C’est un milieu ultra-sexiste, il faut donc créer de la sororité et garantir des tremplins et des safe spaces indispensables en 2021.” Travailler à une équité totale et améliorer la représentation des femmes dans les différents secteurs de la nuit sont autant d’initiatives majeures pour une fête éthique et consciente. La base ?

C’est un grand arc-en-ciel qui réunit 54 entités des scènes LGBTQI+. Une Union des cultures festives LGBTQI+ à l’allure de douce espérance, dans laquelle on retrouve des noms bien connus des nuits franciliennes comme les collectifs Possession, Gamut, MYST, Kindergarten ou encore le média Manifesto XXI. Formée au début de l’année 2021 en amont d’une manif, cette union s’est attelée à maintenir les liens entre les membres des communautés LGBTQI+, particulièrement touchés par la fermeture des lieux nocturnes. Une résidence sur Rinse France avec débats et témoignages, une carte blanche à la Gaîté lyrique et des présences en manif, ça n’a clairement pas chômé cette année. Ou quand l’Union fait vraiment la force (et la fête).

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L’idée du projet Act Right, mis sur les rails par Marion Delpech (encore elle) et sa partenaire Cindie Le Disez en 2019, est de former les organisateurs de soirées. Concrètement, comment ça se passe ? “Avec Act Right, on veut agir sur tout le processus créatif pour prévenir et réduire les dangers”, insistent les deux fondatrices. “On fait des formations au sein des clubs, dans les teufs et les festivals pour prévenir les violences sexistes et sexuelles. Cela passe par la création de safe zones, de chartes, de manifestes, mais aussi de lieux d’écoute pour récupérer les témoignages de victimes généralement issu(e)s des minorités”. Depuis #MusicToo, la parole se libère mais a également besoin de structures solides pour réprimander les comportements abusifs. Cela commence dans les lieux festifs où les excès excusent trop souvent les situations et gestes inappropriés. Il est à noter qu’Act Right est soutenu par le Centre national de la musique et le ministère de la Culture. D’utilité publique, vous avez dit ? 

Avec Technopol, nous voilà devant des vieux de la vieille des contrées électroniques. De la séminale Techno Parade en passant par la Paris Electronic Week ou le projet digital United We Stream pour venir en aide aux artistes touchés par la pandémie, l’organisation née à Lyon en a parcouru du chemin depuis vingt-cinq ans pour valoriser et structurer le milieu. Au jour le jour, Technopol propose des formations, de djing ou bien de vjing. Et puis, bien au-delà des événements organisés en son nom, Technopol joue les points de colle avec les pouvoirs publics, proposant une kyrielle de médiations, autour notamment de la réduction des risques, aussi bien sur les drogues, l’alcool que l’audition. Tout pour qu’avec Technopol, la fête soit plus folle. 

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