Irma rit Rose

Théâtre, Comédie
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Irma rit Rose
Photo DR

Irma, Irma, Irma. Elle nous plaît cette Irma. C’est comme ça, sa manière de dépeindre notre époque au féminisme vicié, de plomber les programmes télé-poubelle où les participants sentent « des tensions tendues » entre eux, le couple – ce bonheur – qui devient une pression sociale par excellence, son émouvante manière de singer les gens du Nord qu’elle connaît si bien, c’te jolie ch’ti. 

En une heure, seule sur scène, elle nous fait avaler une pilule grosse comme ça sur la réalité des liens familiaux, des non-dits, de ces rancœurs que l’on cache comme des vieux chewing-gums sous le bureau, ces petites erreurs du quotidien qui deviennent des problèmes maousses des années après. Alors on aime Irma et son texte. Ses mots glissent, ils chantent, virevoltent, ils se dégustent comme un cocktail sucré. Si on ne s'identifie pas forcément à chaque phrase, on les écoute toutes avec délice.

Stéphanie, le personnage principal, est une jeune fille affable, un peu naïve, un rien à l’étroit entre sa meilleure amie Noémie, brusquée par un mari pantouflard et leurs jumeaux Melchior et Balthazar en pleine puberté. La mère de celle-ci, grande bourgeoise caractérielle au pedigree intéressant : imaginez un croisement entre Françoise Fabian et Micheline Presle qui se moque avec malice et parfois jusqu’à la plus acide des méchancetés de cette famille un rien bancale. Il y a Mohammed, l’invité de confession musulmane coincé dans ce Noël prout-prout et qui slame dès qu’il veut en placer une. Irma la douce-amère réussit la prouesse de jouer la féminité sans tomber dans la facilité, joue des clichés sans exercer de vindicte indigeste. Irma nous sert un texte briscard, scabreux, tendre et mignon. Aucun doute, on en veut encore.

Profitons donc de ce réveillon de Noël et de cette galerie de personnages pour porter un toast à ce one-woman show exigeant et tourbillonnant. Et buvons aussi à la santé de Jean-Claude Cotillard, bienveillant, qui offre à son interprète une mise en scène ciselée qui ne manque pas de coffre. 

Par Hannah Benayoun

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