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Uprising et In Your Rooms

  • Danse, Contemporaine
  • 5 sur 5 étoiles
  • Recommandé
  1. Hofesh Shechter
    © Julien Benhamou
  2. Hofesh Shechter
    © Julien Benhamou
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Time Out dit

5 sur 5 étoiles

Au Palais Garnier, le chorégraphe Hofesh Shechter nous subjugue avec deux spectacles fascinants

Sept danseurs surgissent de la pénombre d’un pas décidé, réglés sur le rythme puissant d’une musique aux accents tribaux, qui semble pousser cette petite meute d’hommes jusqu’à nous, sur la scène du Palais Garnier. Ils se figent en avant-scène, dans un retiré (pied au genou) solide pour certains, tremblant pour d’autres, préfigurant toute l’ambivalence d’Uprising – un spectacle qui, en interrogeant la masculinité, ne cesse de mettre en miroir virilité et fragilité, violence et tendresse. Pendant 25 (trop) courtes minutes, les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris renouent avec leur animalité, explorant un fil ténu entre l’animalité gaie de l’enfant qui joue à chat et l’animalité brute et aveugle du prédateur qui court après sa proie. 

Ultra-contemporaine, l’œuvre du chorégraphe israélien Hofesh Shechter a pourtant quelque chose de primitif, et les mouvements des danseurs paraissent presque instinctifs, parfois menaçants, toujours poignants. C’est une petite fabrique de l’intensité, le genre de spectacle qui, du début à la fin, tient le spectateur en apnée en le prenant par les tripes. Créé en 2006, le ballet convoque la même esthétique minimaliste (absence de décor, simplicité des costumes) qu’In Your Rooms, qui débute après l’entracte. Mais dans cette deuxième pièce, montée un an plus tard, la musique, composée par Hofesh Shechter lui-même, est jouée en live par des musiciens qui semblent flotter au-dessus des danseurs, côté cour, dans un halo de lumière bleutée.

Dans les deux pièces, les tableaux s’enchaînent et s’organisent grâce à des jeux de lumière, qui viennent parfois isoler des danseurs, seuls ou en petit groupe, pour explorer certaines émotions et relations privilégiées. C’est comme une tentative de retrouver de l’ordre dans le chaos, annoncée au début d’In Your Rooms par une voix off quasi démiurgique, qui offre un fil conducteur au ballet. Certains mouvements sont répétés inlassablement ; ce sont des gestes de révolte, gestes révolutionnaires, poings levés et bras lancés dans les airs. On flirte avec le politique, à travers des pancartes à message, mais le comique n’est jamais loin et derrière le visage sérieux et déterminé des danseurs, le clown semble pouvoir surgir à tout instant. Parfois, les danseurs se retrouvent au sol, pris de spasmes. De notre côté du miroir, on reste cloués à nos sièges, des frissons dans le cœur. 

Écrit par
Alix Leridon

Infos

Adresse
Prix
De 12 à 110 €
Heures d'ouverture
Selon les représentations.
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