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Carte blanche à Tim Burton

A la Cinémathèque française, du 8 mars au 23 mai

Le grand événement du moment à la Cinémathèque, c'est évidemment l'exposition Tim Burton. Mais enfin, il serait quand même bien dommage de visiter ce temple de la cinéphilie sans en profiter pour assister à quelques projections bien senties. D'autant que Tim Burton est un grand connaisseur du « cinéma bis », et que la Cinémathèque lui a donné carte blanche...

On s'en rend compte en visitant son exposition, le travail de Tim Burton se joue essentiellement au second degré. Il a le goût du détournement, du pastiche, de la citation, proche dans son esprit de la tradition des comics (c'est évident dans 'Batman') ; son œuvre évoquant une sorte de surréalisme pop, sans intransigeance ou morgue, où la mort serait omniprésente, mais l'érotisme ou la violence crue majoritairement absents. Douce, la folie tiendrait chez lui davantage de Lewis Carroll que de Lovecraft, faite de distance et de cette extravagance assez particulière des films de genre. D'ailleurs, jamais Burton n'est plus sympathique qu'avec ses effets spéciaux bricolés ('Beetlejuice', 'Edward aux mains d'argent'), et les gros moyens semblent chez lui souvent superflus – la puissance de l'imaginaire étant sans doute, justement, de ne pas en avoir besoin.

Bref, c'est en replaçant les films de Tim Burton dans la tradition à laquelle ils appartiennent qu'on les apprécie le plus. D'ailleurs, lors de sa conférence de presse, Burton parlait de son admiration pour Georges Franju, réalisateur de 'Judex' et 'Les Yeux sans visage', et co-fondateur de la Cinémathèque (auquel celle-ci rendra hommage le 16 avril). Et sa carte blanche, présentée jusqu'au 23 mai, offre elle aussi l'occasion de se repaître de monstres, zombies, vampires, et de toute la poésie louche des séries Z.

Classique parmi les classiques, commençons par le 'Dracula' de Tod Browning avec Béla Lugosi (en 1931, soit un an avant 'Freaks'), ou par celui de Terence Fisher, un classique de la Hammer, 'Le Cauchemar de Dracula', avec Peter Cushing et Christopher Lee dans le rôle-titre. On pourra poursuive avec 'Frankenstein' de James Whale (starring Boris Karloff, légendaire interprète de la créature), ou l'incontournable 'Nosferatu' de Murnau. Sinon, plus spécifiquement proche de Tim Burton, il faudra jeter un œil au collector 'Jason et les Argonautes', réalisé en 1963 par Don Chaffey en collaboration avec le maître de l'animation de l'époque, Ray Harryhausen, qui considérait qu'il s'agissait là de son meilleur film. Où l'on peut noter combien le procédé de « stop motion » (c'est-à-dire d'animation image par image) de Harryhausen aura pu influencer 'Les Noces funèbres' ou 'L'Etrange Noël de Mr. Jack'. Evidemment, cette carte blanche présente aussi des films d'Ed Wood, dont 'La Fiancée du monstre', 'Glen or Glenga' ou 'Plan 9 from Outer Space' (ancêtre de 'Mars Attacks!').

Enfin, entre un des premiers Polanski (l'étonnant 'Répulsion' de 1965, avec une inquiétante Catherine Deneuve et des pommes de terre géantes) ou un hommage à Nathan Juran, « artisan de la SF », signalons un petit bijou de cinéma muet, 'L'homme qui rit' de Paul Leni, inspiré du roman de Victor Hugo, et dont l'intrigue et le héros inspirèrent à Bob Kane et Bill Finger, créateurs de Batman, le personnage du Joker... Bref, quelques belles occasions de « danser avec le Diable au clair de lune », comme dirait l'autre... Le programme complet ici. Auteur : Alexandre Prouvèze

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