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Interview de Daniel Craig

Rencontre avec l'interprète de 007 pour la sortie de 'Skyfall', le 26 octobre : la preuve qu'un demi-siècle après 'Dr. No', James...

Rencontre avec l'interprète de 007 pour la sortie de 'Skyfall', le 26 octobre : la preuve qu'un demi-siècle après 'Dr. No', James bande encore ?

Lire notre critique de 'Skyfall'

Time Out : Dans quel état faut-il s'attendre à retrouver Bond, dans 'Skyfall' ?
Daniel Craig : Au début du film, il se porte très bien ; c'est juste qu'il finit plongé dans de l'eau bouillante. Du coup, j'ai peur qu'il paraisse un peu tendu... En fait, nous avons tenté de rendre l'histoire aussi riche que possible : aussi passe-t-il par des sentiments contradictoires, qui, au fond, dépendent de ses rapports aux autres personnages du film. Par exemple, lorsque Javier (Bardem), le bad guy, est au centre d'une scène, il devient le personnage principal du film. C'est lui qui en prend le contrôle - ce à quoi Bond doit faire face.

007 passe-t-il au second plan ?
Bien sûr que non ! J'apparais quasiment dans chaque putain de scène de ce film : il aurait été difficile pour moi d'être en retrait... Ce que je veux dire, c'est que, vu le casting du film, il était inévitable que d'autres acteurs me volent parfois la vedette. Ce qui, de mon côté, fut un soulagement.

La franchise Bond dure depuis 50 ans. Il lui est donc nécessaire de se renouveler. Quelle approche avez-vous eue ici ?
Faire du mieux que nous pouvions. Ça peut paraître un brin désinvolte de répondre comme cela, mais c'est vrai. Peu de films sont susceptibles de disposer d'autant de ressources et de moyens. Nous devions donc, autant que possible, nous attacher à un scénario qui soit motivant pour les personnes travaillant sur le film. Ça peut prendre six ou sept mois de tourner un long métrage comme celui-ci, ce qui nécessite une grande implication de la part de ceux qui y participent. Même si, en l'occurrence, je crois que l'équipe était enthousiaste.

Qu'est-ce qui, selon vous, pourrait surprendre les spectateurs de ce film ?
Je pense... J'espère... que c'est sa complexité. L'histoire est solide, dense. C'est destiné à un public adulte, mais il y a aussi beaucoup d'humour. Les gens seront peut-être surpris par une certaine légèreté, qui n'était pas dans les deux précédents épisodes. Nous nous sommes beaucoup amusés lors du tournage : le script avait un humour, une distance que nous souhaitions exploiter.

Peut-on y déceler une sorte de trame romantique autour du personnage de M (Judi Dench) ?
Avec moi ? Non, non, là je crois que vous êtes à côté de la plaque, vraiment.

On se disait qu'elle aurait peut-être droit à une scène olé-olé,pour une fois...
A vrai dire, il y avait une scène, dans 'Casino Royale', où elle devait sortir d'un lit, avec un type à ses côtés. Or, nous nous demandions qui pourrait tenir le rôle. Or, comme on avait entendu dire que Brad Pitt était dans les parages, quelqu'un a suggéré, pour rire, qu'on lui passe un coup de fil. Ça ne s'est pas fait, mais je suis sûr qu'il aurait accepté. Pas vous ?

Il y a un côté très secret et protocolaire autour des films de James Bond. Dites-nous quelque chose que vous ne devriez pas laisser filtrer...
C'est impossible. Et vous savez, je crois que l'industrie du cinéma est à elle-même son pire ennemi : par exemple, elle n'hésite pas à appâter le spectateur avec des making-of, qui dévoilent parfois toutes les coulisses d'un film. Cette façon de montrer les dessous d'une œuvre rend de plus en plus difficile de conserver le mystère, la surprise. Je suppose que les médias et la célébrité attisent cette frénésie, où chacun cherche à deviner quel sera le scénario, ou la valeur d'un film, à partir de sa bande-annonce ou de ragots. Je crois qu'auparavant, les gens n'en avaient absolument rien à secouer : ils étaient juste contents d'aller voir un film, et de s'en faire une opinion par eux-mêmes.

Selon vous, quel genre de vision Sam Mendes a-t-il développé dans ce James Bond ?
Il n'a eu aucun problème avec les personnages, c'est un grand connaisseur de Bond. Et il pourrait diriger des acteurs les doigts dans le nez. Sam voulait vraiment faire un film dont il serait fier, dont on se souviendrait. Nous avions tous deux la volonté de faire un film qui pourrait devenir un classique de la série. Par ailleurs, lors du tournage, il m'autorisait à prendre des pauses, à me relaxer, ce dont je lui reste très reconnaissant.

Comment le fait d'interpréter Bond affecte-t-il votre vie ? Est-ce que cela change le genre de rôle que vous acceptez ?
Non, pas du tout. Je n'y pense pas. Je n'ai jamais envisagé mon travail de la sorte. Je prends un rôle lorsqu'il m'inspire, c'est tout.

A quoi ressemble votre emploi du temps, lors du tournage d'un James Bond ?
Ça me prend sept jours sur sept, pendant six ou sept mois : sur le plateau, la plupart du temps, ou en répétition... les soirs, je fais du sport. Les dimanches et jours off, j'en profite pour travailler les séquences de cascades. Pourtant, j'essaie généralement de garder mes jours off, sachant que j'ai besoin de repos, mais ce n'est pas toujours possible. Il y a sempiternellement des choses à discuter, des réunions concernant les personnages, le scénario... C'est très, très intense. N'importe quel travail de ce genre a besoin de se limiter dans le temps. Seulement là, ça dure six mois.

Ne le prenez pas mal, mais devez avoir besoin de repos.
Je suis complètement décalqué. Enfin, non, pas complètement... En fait, je me porte à merveille : c'est juste que lorsqu'on délivre un tel niveau d'énergie pour un film, il faut ensuite faire face à la descente, parvenir à se relaxer. C'est pareil pour tout le monde... Souvent, sur un tournage, on voit des gens squatter par terre, complètement éclatés, les yeux rivés sur les briques d'un mur, tellement la journée a été intense. Et ça tous les jours.

Vous vivez désormais aux États-Unis. Y a-t-il une perception différente du personnage de Bond, là-bas ?
Je ne crois pas vraiment. Les gens ont une vision collective assez forte et cohérente du personnage, quel que soit leur pays. Souvent, on m'interpelle dans la rue : parfois c'est « James », parfois « Daniel ». Mais je peux me promener tranquillement à Londres comme à New York, et, à moins qu'il y ait un paparazzi dans le coin, les gens me saluent tout simplement.

Avec ce film, Bond est véritablement de retour à Londres, ce qui n'avait pas été le cas depuis un petit moment.

En effet, il y a un moment dans l'histoire où Bond revient à Londres. Sans trop en dire, le MI6 est attaqué. En général, Londres a souvent été bien filmé, mais c'est rare que des tournages puissent se faire dans des lieux comme Whitehall, ou à l'intérieur du métro. James Bond ouvre des portes, et permet d'avoir ces opportunités un peu folles. Londres est vraiment lié à Bond, et ça n'avait pas été rappelé depuis un certain temps. Il ne s'agit que d'une partie du film, mais elle est très importante. Nous avons pu disposer de Whitehall, en fermer les portes - et c'était terriblement excitant de s'y ruer en voiture, en faisant crisser les pneus. D'ailleurs, si vous lisez les livres de Fleming, on voit parfois James Bond se fournir en costumes à Saville Row. Disons que Londres est un arrière-plan assez important, du moins comme point de départ. C'est sa capitale, là où se trouve le centre du pouvoir auquel il appartient, tout ce qu'il est censé protéger, la Reine, le reste... Son job, au fond.

(trad. A.P)

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