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DR et Marie Rouge
DR et Marie Rouge

Interviews : quel avenir pour le milieu LGBTQI parisien ?

Du genre flexible.

Par Antoine Besse
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Mise à mal par la crise sanitaire comme tout le milieu festif et culturel parisien, la scène LGBTQI a vu sa Marche des fiertés annuelle reportée à début novembre – même si de nombreux événements ont pu avoir lieu, notamment A la Folie. L’occasion d’interroger trois acteurs du monde LGBTQI parisien pour parler jeunesse, fête et culture queer. Mais aussi des avancées réalisées et des combats à mener pour davantage de reconnaissance, de tolérance et d’inclusion.

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Omar Didi, président de l'association MAG Jeunes LGBT

“Les jeunes LGBT restent une population particulièrement vulnérable. D'abord, en tant que jeune, tu te retrouves plus souvent dans la précarité que tes aînés, avec tous les problèmes que cela entraîne. Et puis, en tant que personne LGBT, tu es le plus touché, avec notamment des violences intrafamiliales. Dans les permanences de l'association, qui existe depuis 1985, des moins de 25 ans les accueillent, les écoutent, les aident… Cette rencontre avec un pair permet de libérer la parole. La Marche des fiertés est une autre facette de cette aide contre les LGBT-phobies. Manifester, c'est perpétuer la mémoire des luttes passées, se mobiliser pour les combats futurs à mener, même si la France a une législation qui protège de mieux en mieux les LGBT – il faut se rappeler que dans 70 pays, l'homosexualité est toujours criminalisée. Et puis c'est l'occasion de faire la fête.”

Marie Rouge
Marie Rouge
Marie Rouge pour Barbi(e)turix

Rag du collectif Barbi(e)turix

“La nuit queer porte l’envie de décloisonnement qui traverse la société, le besoin de faire tomber les barrières du genre. Dans une soirée, je peux croiser un copain qui est plus gouine que moi ! La nuit a toujours été à l’avant-garde de ce genre de combat avec les gays dans les années 80, puis les lesbiennes dans les années 2000. Après, le milieu LGBT reste le reflet de la société où un homme gay bénéficie de plus d’aide qu’une lesbienne ou qu’un trans. Le queer, c’est une prise de conscience politique pour un monde nouveau. Le confinement a mis un coup d’arrêt temporaire mais le fait de venir d'une communauté à la marge apparaît comme un atout dans la situation actuelle. On est habitué aux situations précaires, à l’improvisation, à faire beaucoup avec peu. Les gens ont souvent une autre activité en plus des soirées. Je pense paradoxalement que les collectifs queers vont mieux s’en sortir dans le postconfinement et l’arrêt des fêtes que les grosses structures qui sont moins souples.”

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Nicolas Wanstok de la librairie Les Mots à la Bouche

“Il n’y a pas une culture queer mais des cultures queers comme il y a des cultures gays. Tous les sous-genres de la littérature vont être représentés… Notre politique à la librairie est de prendre tout le monde tant que le contenu se montre de qualité avec, notamment, des personnages variés auxquels on peut s’identifier. Avant le XXe siècle, très peu d’auteurs étaient ouvertement gays. L’œuvre d’André Gide, qui s’est caché toute sa vie, est traversée par son homosexualité, mais cela n’est abordé frontalement que dans deux de ses 40 romans. Ils sont tous au rayon gay chez nous, car on peut en faire une lecture gay. À partir des années 80, la politique pour la visibilité et la fierté a permis une représentation plus large pour les auteurs gays. Pour les lesbiennes, la diversification a commencé plus tard. Pour les trans, on débute à peine. Et pour les bis ou les intersexes, il n’y a encore quasiment rien. Certes, les choses évoluent dans le bon sens, mais pour autant, il y a encore bien des batailles à mener, notamment pour parler des questions de genre aux enfants et éviter les violences au collège. Pour l’instant, aucun grand éditeur n’ose prendre le risque.”

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