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4 projets pour rendre Paris plus accessible aux personnes handicapées

Handicap Paris métro
© Kenzo Tribouillard/AFP

En septembre 2015, la ville de Paris a communiqué le projet de rendre accessible aux personnes handicapées et d'ici 2020 la totalité de ses ERP (établissements recevant du public). Ce projet de travaux s'inscrit dans une logique de progrès mais aussi de développement durable. Le budget de cette entreprise devrait s'élever à près de 200 millions d'euros et doit adapter les lieux à tous les publics. « Près de 1 800 équipements recevant du public seront aménagés (…) et des expérimentations en voirie seront lancées dès la fin de l’année 2015. »

Trop de petits commerces de proximité, de restaurants ou même de lieux d'expression demeurent effectivement inadaptés. Métro difficile d'accès, peu d'ascenseurs en ville, absence partielle de rampes dans le RER : Paris est encore vue comme une capitale où l'esthétique l'emporte sur le pratique, où il reste dur de se déplacer. En France, selon les chiffres donnés par le site de l'Agence Française d'Accessibilité, « les personnes concernées par la notion d’un handicap représentent près de 10 millions de citoyens selon l’INSEE, auxquels il faut ajouter toutes les personnes à mobilité réduite (personnes âgées, femmes enceintes, parents avec poussette, blessés temporaires, etc.) soit environ 12 millions sur 65 millions de Français ». Nous avons rencontré quatre Parisiens qui œuvrent et réfléchissent à leur manière pour améliorer l'accueil du public en situation de handicap.

1 - Informer : « L'accessibilité ne doit pas être reléguée aux personnes à mobilité réduite, elle concerne toute la population », Valentine Lesser, trésorière de l'association Jaccede créée en 2006.

Le constat : « Nous ne sommes pas partis du fait que tout va mal à Paris en matière de praticabilité, mais il est évident que les progrès sont lents pour la capitale. Le problème est sociétal et global. Je suis moi-même handicapée et l'opinion publique persiste parfois à associer la notion d'accessibilité à un fauteuil roulant. La définition de la notion n'est pas entendue de la même manière pour tout le monde. Sa vraie signification ? Le confort et le service pour l'ensemble de la population. »

La bonne idée : « L'objectif de Jaccede est de partager de l'information sur les lieux accessibles pour les personnes à mobilité réduite à Paris tout en sensibilisant les Parisiens à la définition réelle d'accessibilité. Au niveau de nos actions, nous organisons les journées et les nuits de l'accessibilité, chaque année. Nous ne “fliquons” pas les gens, nous rencontrons seulement les commerçants encore peu conscients que le changement doit se faire. »

2 - Voyager : « L'accessibilité d'une ville se résout par du matériel, mais aussi de l'humain », Malik Badsi, fondateur de l'agence de voyages spécialisée Yoola, située à La Ruche, l'espace dédié aux entrepreneurs sociaux.

Le constat : « Il existe à Paris une logique différente des autres capitales. C'est une ville qui a un riche passé historique, ce qui veut dire beaucoup d'architecture, de monuments et peu d'accessibilité. Mais si on commence à ouvrir l'œil, Paris change : les trottoirs sont améliorés. Le métro s’avère cependant le vrai problème, il reste trop cher à transformer, ce qui rend le tourisme compliqué. Comme pour Londres en 2012, les Jeux 2024 seraient un véritable coup de boost pour l'accessibilité des transports. »

La bonne idée : « Lorsque j'étais étudiant, je discutais foot avec mon voisin qui était très handicapé. Au fur et à mesure, j'ai réalisé qu'aller voir un simple match de foot à Paris était un vrai parcours du combattant. Je me suis servi de l'Euro 2008 comme étude de marché, et j'ai voulu organiser des trajets pour assister à des matchs. Peu à peu, Yoola produit a développé des voyages partout dans le monde, 100 % accessibles, sur mesure. Grâce à un personnel accompagnant que nous formons, nous permettons à différents publics d'avoir son propre circuit dans Paris, avec une assistance totale. »

3 - Innover : « C'est le mot handicap qui devient le plus handicapant », Pascal Parsat, metteur en scène et fondateur du Centre Recherche Théâtre Handicap, entreprise sociale et solidaire nichée dans le 12e.

Le constat : « La culture est le quatrième pilier du développement durable selon l'ONU. Nous sommes dans une période où culture et intégration sont en difficulté. Le mot accessibilité rime aujourd'hui avec dépendance ou prestations. Je préfère parler de droit et d'égalité. Plutôt que de pousser des lieux à être accessibles, il vaudrait mieux impulser des démarches qui encouragent l'innovation digitale, permettant un accès direct à la cité. Filmer les spectacles de la Comédie Française et les diffuser dans des lieux de vie serait une solution. »

La bonne idée : « Nous voulions créer un lieu de repos ici au CRTH. Ici, nous proposons un espace de détente, d'apprentissage et de plaisir, ce qui résume à mon sens la culture. Le CRTH propose notamment son école de théâtre ACTE 21, avec des ateliers de création et de loisirs dès l'âge de 5 ans. Nous avons également notre propre “Brigade d'accessibilité” qui repère les lieux culturels totalement ouverts. Notre travail est de faire le lien entre celles et ceux qui ont des besoins spécifiques et ceux qui doivent prendre en compte ces personnes-ci. Le CRTH permet de venir ici par choix. »

4 - Accueillir : « La contrainte patrimoniale de certains lieux à Paris peut poser problème pour leur accessibilité », Hervé Guillon, coordinateur Tourisme durable et adapté – Office de Tourisme de Paris

Le constat : « Les musées et monuments font ce qu'il faut pour améliorer les conditions d'accueil des différents publics. Néanmoins, les petits commerces de Paris et notamment la restauration ont engrangé du retard : au 1er janvier 2015, ces structures devaient faciliter leur aménagement grâce aux agendas d'accessibilité programmés. Cela n'a pas été bien fait, désormais nous devons améliorer au maximum l'accueil de tous les touristes à Paris, et leur permettre de tout voir, au maximum. »

La bonne idée : « Le cas de l'hôtellerie est intéressant. Près de 300 établissements sont déclarés adaptés à Paris. Nous accompagnons les hôtels dans leur processus de réhabilitation. Chaque établissement qui ouvre doit être aux normes, c'est le cas des auberges de jeunesse notamment (le Generator, L'Auberge Yves Robert...) qui le sont pratiquement toutes. L'application InfoMobi permet aux personnes à mobilité réduite de concevoir leur trajet plus en amont. »

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