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Poesia sin fin - Jodorowsky

A 87 ans, Jodorowsky raconte son adolescence chaotique dans 'Poesía Sin Fin'

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Avec ce deuxième volet de son autobiographie filmée, Alejandro Jodorowsky revient sur son adolescence chaotique, poétique et turbulente.

Entamé en 2013 avec ‘La Danza de la realidad’, le travail autobio-cinématographique de Jodorowsky paraît d’autant plus passionnant que le cinéaste chilien, 87 ans, a effectivement beaucoup à raconter. Reprenant l’histoire du jeune Alejandrito au point précis où son précédent film la laissait, ‘Poesía Sin Fin’ le voit ainsi devenir jeune homme, poète, découvrir la sexualité, l'art et ses gouffres mentaux, pour peu à peu faire le deuil de sa jeunesse.

Généalogie de l'amoral

‘Poesía Sin Fin’ compte, comme c'est souvent le cas chez Jodorowsky, plusieurs scènes mémorables, pourvues d'une puissance autonome. L'une des premières montre ici le jeune Jodorowsky (Jeremias Herskovits) rompre au sens propre avec son arbre généalogique, abattu à grands coups de hache dans le jardin de la maison de sa famille maternelle, aux cris de « famille de merde » (voir l'extrait ci-dessous).

 

 

 

A elle seule, cette scène fantasque et comique pourrait résumer la dynamique de l'autobiographie telle que l'envisage Jodorowsky : métaphorique, excessive, mêlant réalité et imaginaire, passé et présent, littéral et figuré. Mais pour toujours chercher à aller au plus profond d'une vérité intime et sensible, plutôt que superficiellement objective.

Les références à la poésie sont d'ailleurs nombreuses, disséminées sans lourdeur mais avec régularité. Fascination pour les « anti-poèmes » de Nicanor Parra (moins connu sous nos latitudes que sa sœur, la chanteuse Violetta Parra, alors qu'il reste l'un des plus puissants auteurs latino-américains du XXe siècle), dédain pour la désuétude ronflante d'un Pablo Neruda... Les goûts poétiques qui aiguillent la sensibilité du jeune Jodo sont ici clairement affirmés - livrant une forme d'art poétique que le film lui-même met en œuvre. 

 

Le cinéma comme acte psychomagique

Une jeunesse bohème et bordélique, la recherche des muses, l'amitié et les états seconds, la goût de la provocation et des incantations... L'itinéraire de Jodorowsky, narré avec humour et honnêteté jusque dans ses errances ou ses hésitations (et ce, malgré quelques longueurs), demeure au fond, sans doute, assez classique.

En revanche, ce qui se révèle particulièrement enthousiasmant, au-delà de la créativité visuelle et narrative propre à Jodorowsky - d'une puissance toujours imposante - c'est le travail de psychomagie, forme de psychanalyse par la création, entrepris par le réalisateur à travers cette autobiographie filmée.

Ainsi, l'un des fils de Jodorowsky (Brontis) en joue le père, tandis qu'un autre (Adan) interprète Alejandro Jodorowsky en jeune homme. Plus encore, l'actrice Pamela Flores prête ici son visage (et sa voix !) à deux personnages : la propre mère de Jodo mais aussi sa première muse - sans doute Freud aurait-il particulièrement goûté ce jeu de rôles joliment œdipien.

 

Soldant ses comptes avec sa famille et son passé à travers ses propres enfants, Jodorowsky, cinéaste, poète, scénariste, mime, artiste touche-à-tout, se donne finalement un humble rôle de passeur, de courroie de transmission entre les époques et les êtres. Aussi la beauté profonde du film réside peut-être encore plus dans sa démarche que dans son rendu plastique - pourtant assez impeccable.

Concluant le film, Alejandro, devenu jeune homme après une scène incroyable - et absolument bouleversante - face à son père, annonce son départ pour la France, où il compte redonner vie au mouvement surréaliste d'André Breton, préalablement croisé dans le film. Toutefois, malgré notre curiosité, on ne peut s'empêcher de songer qu'on connaît déjà probablement le fin mot de l'histoire. Car on le sait : le surréalisme, malgré son âge, est encore bien vivant aujourd'hui. Et il s'appelle Alejandro Jodorowsky.

>>> ‘Poesía Sin Fin’ d'Alejandro Jodorowsky, en salles mercredi 5 octobre 2016

‘Poesía Sin Fin’ : Bande-annonce

 

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