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A Stalingrad, les habitants s’organisent pour offrir le petit déjeuner aux migrants
P'tit Dej' à Flandres ©ZT

A Stalingrad, les habitants s’organisent pour offrir le petit déjeuner aux migrants

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Jeudi, 8h. De La Chapelle à Stalingrad, débordant sur l'avenue de Flandre, des migrants sortent de leurs tentes tandis que d'autres dorment à même le sol, certains se brossent les dents, d’autres encore se débarbouillent dans des lavabos de fortune : c’est environ 2 000 personnes qui vivent ici depuis maintenant quelques mois, qui se voient régulièrement délogés par les policiers pour revenir quelques heures ou jours plus tard.

C’est en voyant cette situation en bas de ses fenêtres que Claire, qui habite avenue de Flandre depuis 8 ans, a commencé à agir : « Au départ j’avais envie d’aider, mais je ne savais pas quoi faire. Je proposais aux femmes de venir prendre leur douche et de laver leur linge chez moi. C’est en voyant d’autres habitants vers Jaurès qui proposaient le petit dej’ que j’ai commencé à faire pareil, seule. »

P'tit dej' à Flandre © ZT

 

 

 

 

 

Durant tout le mois d’août, Claire va donc descendre avec un gros seau rempli d’eau bouillante, de sachets de thé et de sucres, du lait, du pain, de la confiture et de la pâte à tartiner, offrir le petit déjeuner en bas de chez elle. A la fin du mois, alors qu’elle se demande comment elle va pouvoir continuer financièrement, un voisin qui rentre de vacances lui propose de l’accompagner. Une amie va également les aider à créer une page Facebook, et de fil en aiguille une communauté de riverains se crée.

Ils sont une petite cinquantaine aujourd’hui à s’organiser entre les distributions tous les matins à 8h30 sur le quai de la Seine, et la récolte de pain auprès des boulangeries le soir. Il faut voir la file de migrants interminable qui attend de pouvoir manger et boire quelque chose de chaud – parfois leur seul repas de la journée. Ces petits déjeuners sont aussi l’occasion de rentrer en contact avec eux : certaines personnes sont là pour les aider à se loger, pour signaler les mineurs et leur trouver des logements d'urgence ou encore pour proposer des cours de français.

 

Abla, 36 avenue de Flandre © ZT

 

 

 

 

« Parfois, je fais aussi des grosses ciorba pour tout le monde mais pas tous les jours (parfois je suis trop fatiguée)… »

36 avenue de Flandre, une petite dame bonnet sur la tête distribue le café : « Kawa ou chai ? » demande t-elle. Abla, habitante du quartier âgée de 60 ans, vient elle aussi tous les matins depuis deux mois distribuer le café au lait qu’elle apporte dans sa cocotte minute et le thé qu’elle répartit tant bien que mal dans des thermos chez elle. Elle transporte le tout dans la poussette de son petit fils : « J’habite là, je les vois chaque matin, ça me fend la cœur. »

Elle distribue à tour de bras, rouspète en arabe ceux qui essaie de se servir deux fois, comme cet homme qui passe un voile sur la tête. « Ah il s’est déguisé » dit-elle sous les éclats de rire des autres hommes. « Parfois je fais aussi des grosses ciorba pour tout le monde mais pas tous les jours (parfois je suis trop fatiguée)… » Abla travaille aussi avec Emmaüs pour essayer de trouver des places dans les foyers et des tentes pour ceux qui n’en ont pas. « J’aurais surtout besoin de gros thermos et de gobelets » nous précise-t-elle.

Espérons qu'Abla n'aura bientôt plus besoin de rien du tout, ce qui parait malheureusement peu probable avec le démantèlement actuel de la jungle de Calais.

En savoir plus sur leur page Facebook (notamment sur les besoins de l’association et pour trouver le lien de la cagnotte)

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