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De Bougival à La Défense, marche exploratoire avec le Sentier Métropolitain du Grand Paris

© Le Sentier Métropolitain
© Le Sentier Métropolitain

Il crachine à l’arrêt de la station de la ligne L où il ne nous était jamais venu à l’idée de descendre auparavant. D’ici démarre une journée de randonnée qui vous donnera envie d’aller cramer vos semelles autre part qu’en forêt de Fontainebleau. On s’insère dans une équipe très matinale amassée au comptoir du PMU de la gare. Après un kawa, toute cette bande des Sentiers Métropolitains du Grand Paris déplie une large carte Michelin. C’est le coup d’envoi de la septième caravane de ce collectif qui choisit une fois par mois un sentier pédestre de 500 km, où banalité urbaine et secrets d’architecture sont autant considérés. Ces marches très pensées, écologistes et pluridisciplinaires ont démarré à Marseille et se sont développées même à Tunis. Aujourd’hui, de Longival à la Défense, nous allons longer l’autoroute, traverser de grandes cités résidentielles, des champs, croiser des moutons sur un campus et rencontrer sur notre parcours des acteurs clés du territoire, loufoques ou cravatés.

C’est Baptiste Lanaspèze, coordinateur et marcheur, qui a initié ces marches avec l’urbaniste-paysagiste Jens Denissen, l’architecte-producteur Alexandre Field, et l’urbaniste Paul-Hervé Lavessière. Ils sont fidèlement suivis par une bande mouvante constituée de photographes, d’architectes, de dessinateurs, de rédacteurs et se retrouvent une fois par mois et ce pour encore trois ans et demi. L’initiative est soutenue par la société du Grand Paris mais émane de la société civile. Leurs sentiers à eux sont ceux du très Grand Paris. Nous nous promenons donc entre les barres aux allures de chalets alpins du quartier Elysée II à Celle-Saint-Cloud, citée inaugurée par Dali et Cocteau en 1962 et dont ils ont été les inspirateurs. Pour ensuite pique-niquer dans un dépôt pétrolier, perchés sur un pont où s’aventurent les vélos qui rejoignent les rives de Seine.

 

Des membres de la Société d’histoire arrivent et nous rappellent l’importance de Nanterre. Saviez-vous que c’était une ville de pouvoir dont la puissance a été amoindrie quand Jules César a créé le concept de ville nouvelle et choisi de s’installer sur l'Ile de la Cité après être sorti vainqueur de la bataille de Lutèce ? Nanterre n’a d’ailleurs pas encore dévoilé tous ses vestiges : une nécropole gallo-romaine a été exhumée lors de l’été 2017. « La banlieue, c’est l’endroit où l’on met les bannis », rappellent nos guides de la Société d’histoire de Nanterre. « Etre de Nanterre, c’est être d’ailleurs », ajoutent-ils, assis sur un banc, le long de la Seine. On s’arrête devant le Château de Nanterre, nouvel incubateur d’entreprises qui fut autrefois une usine où l’on fabriquait le dentifrice Docteur Pierre. Le lieu était alors entouré de larges champs de menthe poivrée. Aujourd’hui, il y pousse des immeubles aux architectures… étonnantes dirons-nous.

On rappelle que Le Petit Parisien avait construit à Nanterre sa fabrique de papier qui perdura de 1900 à 2010. Pour remplir ces usines, des recruteurs partaient chercher de la main d’œuvre au Maroc, laquelle s’installait alors dans des bidonvilles qui ont tous été recouverts, par le quartier de La Défense notamment. On trouve leur trace aux Archives départementales des Hauts-de-Seine où nous faisons un arrêt pour l’exposition Zone B Nanterre et la Défense 1950-1980. On y mire les projets ambitieux envisagés alors pour la ville, comme un futuriste musée du XXe siècle commandé à Le Corbusier par André Malraux, auquel on devait accéder par le toit. La maquette du projet de tour Schöffer, appelée aussi « tour lumière cybernétique », nous impressionne également. La plupart de ces projets ont été abandonnés et cette zone B a été délaissée au profit du développement de l’autre zone, celle du quartier des pingouins.

 

 

 

 

Un peu déçus, nous empruntons le chemin qui mène à la Ferme du Bonheur ce qui implique de longer l’A86/A14. Sur place, nous saluons ses cochons, ses lapins, son utopie. Ce lieu à occupation temporaire crée « un territoire rural dans Paris », défend Roger des Prés, fondateur de la Ferme du Bonheur. Lui, qui organise des joutes verbales dans sa ferme pas comme les autres, parle aussi d’« agropoésie », se dit « la voix des sans voix » et sème des citations de Jean Genêt à chacun de nos pas. Il nous présente son nouvel espace, le Champ de la Garde, un lieu en friche où une yourte accueille des habitants. Au loin, on aperçoit des tours, celles où sont les logées les forces de la Garde nationale. La friche, vous la reconnaîtrez, est sur l’affiche de l’exposition de la BNF ‘Paysages français’. Nous nous rapprochons du parvis. On passe pas loin du fameux Studio Jenny et de la future gare SNCF Eole et on tombe sur deux membres de Yes We Camp qui poussent une barrière.

L’association, dont le slogan est « Amenez les merguez, on s’occupe du reste » et réunissant architectes, artistes et programmateurs culturels, s’est spécialisée dans l’occupation d’espaces temporairement vacants au cadre juridique plus flexible. « On a l’habitude d’habiter nos projets », racontent ceux qui ont contribué au succès des Grands Voisins, dont la friche utopiste vient d’être miraculeusement renouvelée. Leur nouveau terrain, et ce pour huit ans ? Un espace de 900 m2 avec vue sur la Défense qui se transformera dans un premier temps en camping avec cantine. Nous quittons alors nos camarades marcheurs mais la caravane se retrouve le lendemain pour une nouvelle balade jusqu’à Saint-Denis. En tant que Parisiens, on se savait arpenteurs du territoire urbain, mais cette marche de groupe, curieuse et libre, a véritablement transformé notre vision de la banlieue. Chapeau bas.

https://www.facebook.com/lesentierdugrandparis/?fref=ts
https://www.lesentierdugrandparis.com/
Le carnet de route collectif : https://lagrandecaravane.com/

 

 

 

 

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