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Du cinéma gratuit au Studio Galande, avec 'Inferno d'August Strindberg'

Inferno d'August Strindberg

Les lundis et mercredis soir, la société de production Kafard Films et le Studio Galande proposent des séances gratuites pour 'Inferno d'August Strindberg' de Paul-Anthony Mille. Une démarche enthousiasmante et inédite qui nous a donné envie de rencontrer ses initiateurs.

Le cinéma gratuit, on ne va pas se mentir, ce n’est plus vraiment une nouveauté : désormais, le téléchargement illégal octroie même aux adeptes des torrents certains blockbusters avant leur arrivée en salles. Une situation a priori enthousiasmante pour tous ceux qui aiment le cinéma, mais galèrent à se payer des sorties culturelles. Attention, il ne s’agit pas ici d’inviter à une apologie militante du piratage, mais d’un simple constat. Et l’on pourrait aussi parler de la VOD, ou de la manière dont les séries bénéficient de ce nouveau mode de consommation…

Mais enfin, si l’on veut poser la question de ces pratiques émergentes du côté du spectateur (chez soi, pour un prix modique, voire nul…), il convient aussi de s’interroger sur les conditions de visionnage qu’elles impliquent. C’est-à-dire de poser la question de l’écran d’ordinateur, de la tablette numérique. Au mieux d’une télé. Ou, pour le dire autrement : la facilité d’accès aux films sur Internet ne ruine-t-elle pas, au fond, ce qui constitue l’expérience même du cinéma ? Actualisation d’une vieille question, en somme, à laquelle Godard répondait : « Quand on va au cinéma, on lève la tête. Quand on regarde la télévision, on la baisse. »

Devant cette situation qu’on dit inextricable et dont le cinéma sort rétréci aux dimensions d’un 17 pouces, la société Kafard Films et le Studio Galande proposent aujourd’hui une invitation aussi emballante qu’inédite : du cinéma gratuit… mais en salles ! Proposition imparable. Mais enfin, comment ça, ne pas faire payer les spectateurs ? N’est-ce pas incroyable ? Pour en savoir plus, nous avons rencontré le réalisateur, producteur et désormais distributeur, Paul-Anthony Mille, qui présente ainsi son premier film, un inquiet ‘Inferno d’August Strindberg’, adapté du journal intime de l’auteur de ‘Mademoiselle Julie’, alors en pleine crise morale et spirituelle.

« On insiste souvent sur le manque à gagner des producteurs d’un film à cause du téléchargement illégal. Mais les salles de cinéma se trouvent dans une position tout aussi inconfortable. Et parfois même tragique pour les cinémas indépendants, déjà mis en péril par les multiplexes, qui doivent désormais en plus faire face à Internet », pointe le producteur-réalisateur, qui explique avoir ainsi eu l’idée de développer cet accord entre exploitant de salle et producteur, afin d’offrir son film gratuitement au public. Un pari gagnant-gagnant, « qui permet à l’un de faire découvrir son film et à l’autre de faire connaître sa salle », poursuit Paul-Anthony Mille. « Il est fréquent que des films originaux, parfois exigeants, ne trouvent pas leur place en salles, faute de distributeur… Or, ce qui nous importe avant tout, c’est de faire exister cette offre de cinéma, de proposer au public une expérience singulière, différente. En toute humilité. »

Et pourtant, le film présenté, tourné en 16 mm, ne manque clairement pas d’ambition. Tour à tour historique et onirique, intimiste et universel, ‘Inferno’ suit un Strindberg mutique, halluciné, cloîtré à Paris en 1896 dans une chambre de l’hôtel Orfila, où l’écrivain démissionnaire multiplie les expériences alchimiques et les cuites à l’absinthe – tandis qu’en parallèle s’agitent, s’interrogent, s’insurgent ses personnages, troubles fantômes littéraires issus des œuvres du dramaturge. Lorgnant vers le cinéma d’Emir Kusturica pour son humour à froid et son goût de l’excès, vers les gouffres mentaux d’un David Lynch ou les personnages brisés des films de Werner Herzog, le premier long métrage de Paul-Anthony Mille réussit à retranscrire l’enfermement psychique d’un écrivain en plein doute.

Or, si ‘Inferno d’August Strindberg’ parvient ainsi à tenir ensemble, avec originalité et cohérence, à la fois l’homme et l’œuvre, le corps et la pensée de Strindberg, il faut reconnaître que c’est en grande partie dû au beau travail de Pierre Mille, père du réalisateur, mais ici surtout scénariste et interprète principal du film. En choisissant d’incarner un Strindberg quasi-muet, plongé au milieu de ses propres œuvres (‘Inferno’ qui donne son titre au film, mais aussi ‘Mademoiselle Julie’ ou ‘Drapeaux noirs’), Pierre Mille instaure en effet une distance très juste – et assez brechtienne – du film vis-à-vis de son héros ; ce qui permet au long métrage de Paul-Anthony Mille de jouer d’effets de jeux de miroirs et de mises en abyme, de façon convaincante, immédiate et naturelle.

Pour la première du film, le Studio Galande fit d’ailleurs salle comble. Normal, voici une expérience qui n’a pas de prix. Au sens propre comme au figuré. Et qu'on vous conseille chaleureusement.

‘Inferno d’August Strindberg’ de Paul-Anthony Mille.
Les lundis et mercredis à 20h au Studio Galande, 42 rue Galande, Paris 5e.
Entrée gratuite.


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