Recevez Time Out dans votre boite mail

Recherche

Entretien avec Kenza et Inès, créatrices du premier festival israélo-palestinien

Par
Emmanuel Chirache
Publicité

On vous a déjà parlé du festival Pèlerinage en décalage, qui invite ce weekend des artistes israéliens et palestiniens à exposer leurs travaux ensemble, sous le même toit de la Bellevilloise. Une telle initiative valait qu'on s'y intéresse de plus près et qu'on demande à ses deux jeunes créatrices où elles ont trouvé l'inspiration et les ressources pour organiser un événement qui fait débat, qu'on le défende sans réserve ou qu'on en critique certains aspects. Entretien avec Kenza et Inès, deux Parisiennes qui savent où elles vont.

Time Out Paris : Quel bilan tirez-vous de la première édition du festival ?

Inès : un bon bilan, parce que pour une première édition on avait 1114 personnes, on ne s’y attendait vraiment pas, ça fait 500-600 par jour ! Des soirées très remplies, le forum était blindé et surtout il n’y a pas eu de violences, pas même de débat houleux alors qu’on s’attendait à ça. Peut-être cette année ?

Kenza : L’année dernière, c’était un miracle qu’il y ait eu autant de monde, parce qu’on a communiqué par réseaux sociaux presque uniquement. On avait fait une télé une semaine avant, un article dans Libé et c’est tout. Cette année, en termes de couverture de presse on a quadruplé ce qu’on avait l’année dernière, du coup je pense que ça va toucher des publics très différents.  

Quel r
etour avez-vous eu de la part des artistes ?

Inès : Ils étaient ravis. L’an dernier, ils nous ont dit oui très vite, presque à l’aveuglette. On n’avait pas de budget, pas de salle, et ils ont accepté parce qu’ils n’avaient jamais participé à un festival israélo-palestinien.

Kenza : c’était une première pour tout le monde l’année dernière ! Pour les artistes, pour nous, pour le public, donc c’était super fort émotionnellement. Tout était nouveau et là, ce sera un peu pareil parce que ce sont de nouveaux artistes pour la plupart. Les anciens sont trop contents de revenir, parce qu’ils en gardent un très bon souvenir. On a eu de la chance d’avoir des artistes compréhensifs, ils nous ont passé des petits ratés qu’ils n’auraient pas passé à d’autres. On a fait ce festival avec beaucoup d’inconscience, en fait !  

Vous avez
toutes les deux vécu à l'étranger,à Jérusalem, au Caire, à Tel Aviv… Pourquoi le festival a-t-il lieu à Paris ?

Kenza : c’est ici qu’on a fait nos études et qu’on habite. On est parties du constat qu’il existe beaucoup de choses sur le Moyen-Orient à Paris, c’est vrai, mais qu'il manquait un événement comme ça, qui réunisse tout le monde. Les publics ne se mélangent jamais, en réalité, les gens sont toujours exposés aux mêmes spécialistes qui viennent leur parler. On en a eu marre. On s’est dit que c’était bizarre qu’un festival comme celui-ci n’existe pas, même si aujourd’hui on sait pourquoi : c’est très compliqué à organiser ! Notre inspiration vient du terrain.

Inès : C’est mettre des artistes ensemble et mélanger les publics. La rue des Rosiers n’ira pas au Festival Ciné-Palestine et inversement. Notre but, c’est donner la parole à des artistes et non à des hommes politiques, pour que le lien avec les sociétés israélienne et palestinienne soit le plus direct possible. C’est une invitation au voyage.

Kenza : Les manifestations habituelles sont souvent financées par des fonds étatiques, d’ambassades, etc. La grande différence, c’est que ça n’existe pas pour notre festival. C’est ce qui plaît aux artistes, ils arrivent sans message, ils n’ont pas de poignée de mains à serrer, c’est très important pour nous et pour eux. Après, il se passe beaucoup de choses bien à Paris sur le Moyen-Orient, que ce soit les expos à l’Institut du Monde Arabe ou ailleurs, c’est tout le temps plein, c’est la preuve que les gens sont très curieux sur le sujet. Cela dit, on veut éviter de voir les mêmes personnes au festival, cette année, on veut faire venir des lycéens, des gens qui n’habitent pas Paris intra-muros, et c’est du boulot. Le choix d’avoir un format pluridisciplinaire, c’est la possibilité d'organiser un festival qui n’est pas élitiste.  

Et comment s'est déroulé la rencontre avec La Bellevilloise ?

Inès : Ils ont eu un coup de cœur pour le projet alors qu’on n’avait pas encore le budget, on a eu beaucoup de chance, c’est incroyable !

Kenza : Les techniciens de la Bellevilloise nous ont beaucoup aidé sur la première édition, heureusement qu'ils étaient là. Sinon, grande nouveauté pour cette année, on a un super traiteur de ouf, un food truck libanais qui s’appelle Le Kiosque du Levant. C’est de la nourriture orientale « boboïsée », on va dire, des trucs sains. 

On sait que le sujet est hyper sensible à Paris, tout le monde a une opinion sur le conflit israélo-palestinien, sans forcément bien connaître la situation. Ça vous a attiré des ennuis ?

Inès : En effet, quel que soit son origine, tout le monde se sent concerné. Mais ça ne nous a jamais posé de gros problèmes. Ce qui fait peur, c’est la sécurité, mais les critiques ça ne pose aucun souci, c’est toujours bien de ne pas faire l’unanimité.

Kenza : Sauf quand les critiques ressemblent à du vomi haineux… ça arrive aussi. Mais quand les gens critiques ou sceptiques viennent au festival, ils finissent toujours par apprécier. C’est pour ça qu’on invite aussi nos ennemis ! 

À la une

    Publicité