• Actualités
  • LGBT

Entretien avec l'association FièrEs pour la Journée des droits des femmes

Entretien avec l'association FièrEs pour la Journée des droits des femmes

Créée par un groupe de jeunes féministes dont Delphine Aslan et Vanessa de Castro aujourd'hui porte-paroles, FièrEs est une « association féministe radicale et révolutionnaire intrinsèquement liée à nos identités lesbiennes, bies et/ou trans ». Un féminisme intransigeant que l’on a repéré notamment au salon de l’agriculture où elles ont décerné « le prix de l’imposture » à Marine Le Pen.

A l’approche de la journée des droits des femmes, Delphine Aslan, porte-parole de l’association, nous raconte les fondamentaux de l’association, ce qu’elle pense des élections et du 8 mars. 

Quand est née FièrEs ?

FièrEs a été créée en novembre 2013 après tous les débats autour du mariage pour tous et l’adoption de la loi. On est parties du constat qu’il y avait un manque dans le paysage associatif. Il n’y avait pas d’association féministe parisienne qui prenne en compte tous les sujets féministes et qui ait cette particularité d’être portée par des lesbiennes, des bies et des trans. On était quelques-unes à ressentir ce manque, à ne pas se reconnaître ni dans les associations LGBT ou lesbiennes, qu’on ne trouvait pas assez féministes ou qui en tout cas ne prenait pas assez en compte ces luttes-là, ni dans les associations féministes généralistes qui ne prenaient pas en compte notre particularité. On a donc voulu être comme une passerelle entre ces deux milieux. Faire un pont entre ces deux mondes qui ne se parlent pas souvent. FièrEs, c’est les deux en même temps.

Pourquoi s’être appelées FièrEs ?

La fierté, c’était la valeur qu’on voulait le plus mettre en avant. Que le nom soit à la fois à connotation féministe mais aussi en lien avec nos identités. La fierté, c’est le contraire de la honte. Quand on va défendre quelque chose, on ne va pas s’excuser d’être là, s’excuser d’être lesbienne, bi ou trans. On ne va pas s’excuser de ne pas caresser nos ennemis dans le sens du poil. On assume ce que l’on dit, ce que l’on est. C’est tout un état d’esprit derrière. 

 

D’autant que le sentiment de honte est très prégnant chez les homosexuels, notamment à l’adolescence…

C’était un message à envoyer. Après toutes les insultes et le mépris que l’on s’est pris dans la gueule pendant le mariage pour tous, c’était important de prendre le contre-pied de ça et d’affirmer quelque chose de fort.

Pourquoi avoir choisi FièrEs avec un E majuscule ?

On lutte aussi contre le masculin dit neutre dans la langue française. Le E majuscule il vise à démontrer par inversion que dans la langue française tout gravite autour de cette idée que le masculin est neutre, et que le féminin, c’est le genre. la langue française fait en sorte qu'il n'y ait aucun problème à ce que mille femmes soient désignées au masculin, même s’il y a que deux mecs dans l’assemblée. C’est une des manifestations quotidiennes du sexisme, et elle est ancrée dans notre culture et dans notre langue. C’est un outil de lutte que de dé-genrer tout ce que l’on écrit, de proposer une alternative pour qu’il n’y ait pas que le masculin qui l’emporte. Quant au E majuscule, il est encore plus militant. 

Le mariage pour tous a-t-il scellé une avancée ?

Le mariage pour tous c’était en 2013, ça va faire quatre ans que la loi est passée, et il y a encore des groupes militants, il y a encore des personnes qui passent leur temps entier de militantisme à trouver des moyens de démanteler cette loi. On n’a absolument pas fait baisser l’homophobie, la lesbophobie ou la transphobie, clairement pas. Et les discours de Macron, Fillon ou encore Le Pen ne sont pas vraiment rassurants. 

« C’est une journée de lutte, une journée politique. Mais c’est aussi pour pas mal de gens l’occasion d’être encore plus sexiste que les autres jours. » 

Le 8 mars approche…  

Et c’est le dernier avant les élections. Cette élection a d'ailleurs quelque chose de particulièrement intéressant. On a l’impression que les partis et les candidats viennent de découvrir, cette année, que les femmes avaient le droit de vote. Du coup, ils se réapproprient certains discours féministes, à des fins purement électorales ou à des fins racistes comme Marine Le Pen. Ils construisent tout un discours là-dessus mais qui ne rend absolument pas compte des vraies revendications féministes, aucun par exemple ne parle d’IVG.

Vous avez prévu des actions ?

On s’est dit que l’on ne pouvait pas rester silencieuses face à ça. Si on reprend les discours des féministes, alors elles doivent répondre. Autour du 8 mars puis jusqu’aux élections, on va essayer de les interpeller pour leur montrer leur opportunisme. Pour nous, cette élection, c’est vraiment le bal des faux culs. Pour expliciter cela, on va leur remettre des prix, mais puisque ça ne va pas être facile de les approcher, on va sans doute devoir s’adapter. 

 

Trois conseils de lecture pour approfondir le sujet : 

• 'La Pensée straight' de Monique Wittig

• 'Un universalisme si particulier' de Christine Delphy

• 'Peau' de Dorothy Allison  

Les manifestations du 8 mars : 

Le 8 mars, FièrEs défileront aux deux manifestations. 

A Belleville, une marche de nuit est organisée dès 19h30. 

A 15h40, les femmes sont invitées à arrêter de travailler à se rendre place de la République. 

Advertising
Advertising

Commentaires

0 comments