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Entretien avec le duo rock les Limiñanas : « Ce qui nous intéresse, c'est le riff. »

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En avril 2015, le label Because sortait une 'Anthologie' des Limiñanas et faisait enfin découvrir ce groupe essentiel au public français. Couple à la ville comme à la scène selon l'expression consacrée, le duo était alors plus connu aux Etats-Unis qu'en France. Outre-Atlantique, les journalistes s'étaient vite entichés d'une musique qui leur rappelait sans doute la manière charmante qu'avaient les Français de se réapproprier la pop anglo-saxonne dans les années 1960, chantant l'anglais avec un accent approximatif et infusant une dose de chic gainsbourien dans les mélodies (Nelson). Les Limiñanas faillirent donc ne pas être prophètes en leur pays, une erreur de jugement heureusement réparée par cette anthologie dans un premier temps et aujourd'hui par 'Malamore', dont la sortie est prévue pour le 8 avril.

Un disque encore une fois lumineux, à la chaleur aride, aux couleurs sablonneuses et aux travellings cinétiques. C'est la Côte d'Azur filmée en super 8, c'est de la nostalgie sans mélancolie, c'est un désir d'exotisme fantasmé qui correspond à celui qui animait les Trente Glorieuses. Il y a chez les Limiñanas comme une naïveté confondante digne des années 1960, qui leur permet d'entretenir la flamme d'un riff pendant cinq minutes et de déclamer sereinement des textes apparemment simples et pourtant si joueurs. Comment ne pas sourire d'aise en entendant des vers comme ceux-ci ? « Vêtu d'un maillot de panthère, j'ai pris mon allure de croisière. Allongé sous un parasol, je mâche des graines de tournesol. » Entretien avec un duo autrement plus excitant que celui de Booba avec Christine and the Queens.

Votre nouvel album est encore une fois très réussi, il conserve la formule des précédents, à quelques détails près.

Lionel, de The Limiñanas : On a bossé avec le même matériel et exactement dans les mêmes conditions que le disque précédent. On a seulement passé plus de temps sur le mixage que d’habitude et on a bougé le studio dans un endroit qui s'appelle la Casa Musicale, un lieu à Perpignan où tu peux prendre des cours et répéter. On a bossé là pendant une semaine pour enregistrer des idées de riffs, des gimmicks, toute la journée. Quand on a eu fini cette phase, on s’est retrouvés avec vingt-trois démos qui ont servi de base pour le disque, alors on a rapatrié le studio à la maison et on a bossé sur l’album. On enregistre le disque et on le mixe chez un ami qui s’appelle Raph Dumas, il a mixé tous nos albums depuis le début.

Comment s'est passée la signature chez votre nouveau label français, Because ?

On travaille toujours avec Trouble In Mind et HoZac pour les Etats-Unis, et Because pour l’Europe. On a travaillé avec Pascal Comelade il y a un an et demi, pour un disque qu’on a fait ensemble et qui s’appelle 'Traité de Guitarres Triolectiques'. Du coup, on est venus faire écouter le disque chez Because, le label de Pascal, pour rencontrer Nicolas Arnaud et Michel Duval, et on leur a laissé quelques albums. Ils ont écouté et ils nous ont rappelés, tout simplement. On ne cherchait pas spécialement de distribution européenne à ce moment-là.

© Marc Delavaud



Avec les Limiñanas, il n'y a jamais de mauvaise surprise. Combien de temps faut-il pour arriver à trouver un son aussi pointu, mature et identifié que le vôtre ? 


C’est vraiment lié à l’aspect artisanal de notre travail. On joue dans des groupes garage rock depuis le début des années 1990, et c’est une scène qui a très peu de moyens, que ce soit pour tourner ou pour enregistrer. Du coup, on a toujours eu l’habitude de se débrouiller tout seuls. Quand on a commencé à faire les Limiñanas, ça a tout de suite été du bricolage aussi. Notre apprentissage de la prise de son et du travail d’enregistrement pour tous les instruments s'est fait sur le tas, donc j’imagine qu’on a créé une espèce de son accidentellement. Sans compter toute la musique que nous avons écoutée dans notre vie. C’est ce côté artisanal qui a intéressé les gens à l’étranger à mon avis, ce n’était pas formaté comme tous les groupes qui enregistrent avec le même Pro Tools, qui sont mixés avec les mêmes « presets », etc.

Vous avez accentué votre touche orientale sur 'Malamore'. On entend notamment du oud, par exemple sur le formidable titre "Kostas". Comment avez-vous travaillé cet aspect ?

On invite régulièrement un copain à nous, un ami d’enfance qui s’appelle Laurent Sales et qui maîtrise très bien des instruments comme le oud ou le bouzouki. On les utilise aussi nous-mêmes, mais de façon totalement naïve en jouant sur une corde par exemple. Ca donne une teinte orientale qu’on adore, parce qu’on est des fans de la musique psychédélique turque et de la musique d’Afrique du Nord, des influences qu’on retrouve et qu’on aime dans certains morceaux de Led Zeppelin, du type "Friends", "Black Mountain Side" ou "Kashmir".

Dans "Kostas", vous jouez d'abord le riff sur un oud, puis vous le rejouez ensuite avec une guitare électrique pleine de fuzz, ça fait entrer l'auditeur dans une sorte de transe répétitive. Finalement, c'est dans les arrangements que votre musique s’épanouit le mieux.

Tout à fait. Sur nos cinq disques, on a pratiquement jamais structuré les chansons en couplet/refrain. Ce qui nous intéresse, c’est de travailler sur le riff avant tout. C’est une obsession qui vient de notre amour pour des chansons comme "Louie Louie", qui nous font complètement débloquer. On s’est payé le luxe de faire ça aussi, de rentrer en transe à partir d’un riff unique.



Vous invitez régulièrement des musiciens sur vos disques. Vous pouvez nous parler de ceux qui sont présents sur 'Malamore' ? 


On le fait tout le temps, inviter des proches de notre entourage, qui viennent de groupes qu’on avait auparavant, ou même des gens qu’on a croisés au boulot. J’étais disquaire pendant des années, ça m’est arrivé d’inviter des musiciens comme ça sur une chanson, parce que leur voix collait bien. Pascal Comelade, c’est un ami de Perpignan, et Peter Hook, c’est un de mes héros. On adore Joy Division et New Order, alors quand on est arrivés à Because, on a demandé si c’était possible de faire un titre avec lui. On nous a répondu : « Pourquoi pas ? » J’ai envoyé une démo et finalement, miracle ! Il a accepté de travailler dessus, en ajoutant des pistes de basse et de cordes, il a complétement transformé le son du morceau. On a monté le tout et c’est devenu le titre "Garden of Love". On collabore toujours avec la chanteuse Nika Leeflang qui fait des voix, sur le disque et en tournée.

Vous produisez une musique très référencée et érudite, c'est sans doute ce qui plaît tant aux amateurs de rock cultivés et aux critiques. Est-ce que vous vous considérez comme des érudits du rock ? 

Non, pas vraiment. Mais nous avons écouté de la musique toute notre vie et vu plein de films. On est plutôt gourmands, on regarde de tout en permanence. Ca va de Fellini à Claude Zidi en passant par les films d’horreur des années 1980 de Dan O’Bannon, comme le 'Retour des morts-vivants'. Depuis quelques années, je regarde davantage de films que je n’écoute de musique, en fait. J’ai été disquaire pendant quinze ans, donc j’ai découvert beaucoup de nouveautés à une époque, aujourd’hui moins. Je ne sais pas si c’est l’âge ou le fait d’avoir écouté trop de musique, mais j’ai du mal à être excité par des groupes qui arrivent. On écoute énormément Nick Cave, plus le temps passe et plus il se bonifie. En France, on adore JC Satan. Pour revenir à la question, nous ne sommes vraiment pas des érudits qui multiplient les références volontairement. On part souvent d’un riff de basse ou de guitare, joué par-dessus une rythmique électronique qui nous sert de métronome, et ensuite on fait un travail d’arrangements qui vient parachever la chanson. Parfois, l’instrument prend une place énorme dans le mix, avec un simple tambourin, une basse marocaine à trois cordes et une peau de chèvre, tu t’aperçois que tu n’entends que ça, même avec un mur de fuzz. Dans ce cas, le travail de mixage devient aussi primordial.

The Limiñanas, en tournée à travers toute la France avec Pascal Comelade. Les dates ici.

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