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Les Parques d'attraction
© Le Générateur

Le Générateur fête ses 10 ans

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Incubateur de performances et d'arts visuels, Le Générateur est un lieu unique en son genre en région parisienne. Créé en 2006 à Gentilly (94) par la danseuse et chorégraphe Anne Dreyfus, il fête cette année son dixième anniversaire. Au programme, de nombreuses propositions audacieuses qui bouleversent les cadres traditionnels du spectacle vivant.

Les 144 perroquets de Laurent Pascal ont passé la douane sans encombre. Le 10 mai 2016, ils étaient donc tous présents au Générateur, à Gentilly, pour la performance de l'improvisateur musicien. Après un orchestre de paroles dirigé par Anne-Laure Pigache, on les a découverts alignés sur de longues tiges métalliques, tout à fait remis de leur voyage. Il faut dire que les volatiles, conçus avec la plasticienne-performeuse Elizabeth Saint-Jalmes, sont entièrement mécaniques. Commandés par Laurent Pascal à partir d'une table de mixage, ils nous ont gratifiés d'un singulier concert d'ailes agitées et de paroles mal rabâchées. D'une cacophonie loufoque qui, sous ses airs frivoles, interroge le rituel classique du concert et sa signification à l'ère du tout-machine et du tout-spectacle. Programmée dans le cadre du festival Extension du Centre national de création musicale La Muse en circuit, cette fantaisie est à l'image du Générateur : inattendue et intrépide. Après une conférence rock d'Alberto Sorbelli avec le groupe Spicy Cheese et l'exposition 'Extase et vomissure' de Skall, elle s'est intégrée à la programmation des 10 ans du Générateur, qui nous réserve encore bien des surprises. 

Concert de perroquets / Laurent Pascal / Extension 2016© Le Générateur

 

Cultiver le risque

Pareil anniversaire ne se fête pas sans un florilège de performances, avec perroquets et toutes sortes d'invités incongrus. A l'ouverture du lieu en 2006, dans un ancien cinéma contigu au 13e arrondissement, Anne Dreyfus n'osait faire le pari de la durée. En matière de spectacle vivant, le risque s'installe rarement sur le long terme, et la danseuse et chorégraphe fait d'emblée le choix de l'audace. Confrontée dans sa pratique personnelle aux limites imposées par les cadres traditionnels de représentation, elle s'oriente vers la performance. Un domaine artistique né au cours de la première moitié du XXe siècle dans le milieu de l'art contemporain, qui selon Anne Dreyfus est le lieu par excellence de renouveau du spectacle vivant. « Un espace de réinvention des esthétiques, ouvertes à de nombreuses interprétations. » Incubateur de formes contemporaines, le Générateur étend son spectre de la performance aux arts visuels, en passant par la musique et de nombreuses propositions hybrides.

En dix ans, le Générateur a ainsi ouvert ses portes à de nombreux artistes peu voire pas programmés ailleurs. A David Noir, avec ses créations orgiaques qui convoquent toutes les disciplines des arts vivants en des dispositifs sans cesse renouvelés. A Alberto Sorbelli, qui a entre autres organisé trois Bals rêvés – performances-fleuves entre fête et spectacle – et en prépare un quatrième pour conclure l'année anniversaire du Générateur, le 2 décembre 2016. Anne Dreyfus donne aussi régulièrement carte blanche à Catherine Froment, dont on pourra revoir la saison prochaine 'L'Origine du monde', où elle se met en scène dans la même posture que le modèle du célèbre tableau de Courbet, ou encore à la chorégraphe Katalin Patkaï. Chaque année, de jeunes artistes rejoignent ces figures habituées. Notamment dans le cadre de Frasq, festival annuel dédié à la performance. « Le plus grand danger pour le Générateur, c'est de s'installer dans une routine. Il faut rester en mouvement, toujours. »

Les Parques d’attraction / David Noir - 2013 © Le Générateur

 

 

 

L'art de l'éphémère

Comme la notion de « performance », la définition du Générateur évolue selon les projets qui s'y déploient. Accueillis en résidence pour créer des œuvres qui, la plupart du temps, ne seront montrées qu'une fois, les artistes à qui Anne Dreyfus offre sa confiance sont invités à s'emparer pleinement des lieux. Une liberté qui demande une certaine solidité. Avec sa salle de 600 m2 de plain-pied, le Générateur invite de lui-même à la hardiesse formelle. Aux propositions qui surprennent et/ou qui dérangent. « Quel intérêt de reproduire des configurations frontales dans un pareil espace ? Il faut inventer des rapports neufs, amener le spectateur à se positionner. Il y a un vrai désir de formes participatives, affranchies de tous les codes classiques », affirme la directrice artistique. Les spectateurs aventureux sont en effet nombreux. Chaque événement du Générateur attire bien des curieux, de Gentilly et d'ailleurs.

En sept ans, Frasq est devenu un rendez-vous immanquable pour les amateurs d'originalités éphémères. La Nuit Blanche aussi, qui marquera la saison prochaine la date anniversaire exacte du lieu. Pour l'occasion, Anne Dreyfus prévoit un programme de haut vol. « Une soirée de poésie pure, où l'on pourra retrouver quelques artistes déjà familiers des murs, et en découvrir d'autres. » L'historien de l'art Thomas Schlesser viendra par exemple raconter pendant six heures dix ans de sa vie. Le guitariste et compositeur Jean-François Pauvros donnera un concert avec Didier Malherbe. Netty et Arto feront entrer dans les lieux un cheval, pour une performance en collaboration avec le dessinateur Vincent Fortemps...

 

En attendant ce temps fort, qui ouvrira la huitième édition de Frasq, la petite équipe du Générateur se démène. Comme à son habitude. Elle monte des dossiers de demande de subventions pour chaque projet – si la Région subventionne le lieu, ce n'est guère suffisant –, poursuit son travail de défrichage d'univers singuliers et méconnus, participe à la vie de Gentilly... Seule structure culturelle de cette ampleur dans la petite commune du Val-de-Marne, le Générateur joue un rôle majeur dans la vie locale. Anne Dreyfus y tient, et s'y engage pleinement. Car l'éphémère ne prospère que sur des socles solides. Espérons que le Générateur en reste un, malgré certaines mesures annoncées par le gouvernement, comme la suppression des emplois tremplins...

Quoi ? • Le Générateur.
Où ? • 16 rue Charles Frérot, 94250 Gentilly.

 

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