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Le projet fou des Grands Voisins dans le 14e : logements sociaux, bar-restaurant, serres et camping...

Écrit par
Zazie Tavitian
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A Denfert Rochereau, dans l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, un petit village auto-suffisant se développe depuis 2015. A partir du 2 juin, le « camping » des Grands Voisins réouvre pour tout l'été avec cabanes, auberges, petit déjeuner, hamacs et tentes. Rencontre avec deux membres de Yes We Camp, une des associations actives sur le site.

«  Bonjour, tu cherches quelqu'un ? » Pas le temps de se perdre dans le dédales des quatre hectares que constituent les Grands Voisins, ancien hôpital datant du XVIe siècle, fermé en 2011. Le garçon qui nous questionne, c’est Junior. Installé à sa petite table juste devant la friperie, il est ici en service civique et vend des boîtes à champignons. « C’est hyper pratique, tu peux trimbaler des champignons partout avec toi. »

Junior et ses boîtes à champignons ©ZT

C’est en fait Elena et Théo que nous cherchons, tous les deux membres de l’association Yes We Camp qui s’occupe de la coordination du site et de son accueil de publics variés. La ville de Paris leur a demandé d'ouvrir le lieu au public il y a un an. Le site de l’ancien hôpital, en attente de construction de 600 logements écologiques, était alors déjà investi par l’association Aurore qui agit contre l’exclusion sociale par l’hébergement, et depuis il a été rejoint par Le Plateau Urbain, association qui elle s’occupe de louer les espaces disponibles à des occupants-artistes, des associations et des entreprises.

Ces trois associations travaillent main dans la main sur ce site ouvert au public, qui regroupe donc des logements sociaux, un bar-restaurant, des serres de permaculture, des terrains de foot, une médiathèque et depuis peu un camping. Le tout créé avec brio par l’équipe de Yes We Camp et avec toute une signalétique pour se repérer sur le site.

La Lingerie ©ZT

« S’occuper d’espaces abandonnés dont la ville n’arrive pas à prendre soin. »

Yes We Camp est né en 2013 : « A la base, nous étions des bénévoles, architectes, urbanistes, constructeurs, artistes, réunis à Marseille lors de l’année de la Capitale Européenne, pour réfléchir à une offre touristique alternative à petits prix. Nous avons proposé un camping artistique écologique dans le quartier nord de l’Estaque. » L’association va ensuite se développer avec des demandes de solutions temporaires par des collectivité comme Aubervilliers ou Pantin, puis Paris. L’équipe de bénévoles, elle, va peu à peu se salarier. Leur mission ? « S’occuper d’espaces abandonnés dont la ville n’arrive pas à prendre soin. »

Ces grands espaces inoccupés coûtent aussi très cher aux villes (frais de gardiennage, détérioration). « Le site vide coûte 1 million d’euros par an à la ville de Paris, alors qu'une fois qu'il est géré par nous avec ce que ça implique en services sociaux, il revient à 1,6 million d’euros », explique Elena. L’association, elle, s’autofinance entièrement grâce aux recettes du bar-restaurant.

Le camping ©ZT

Cette ancienne lingerie est le cœur des Grands Voisins

Grandes terrasses en bois avec tables et chaises construites par le collectif, intérieur meublé avec l’ancien mobilier de l’hôpital (bizarrement très branché), et même un banya (bain russe) ouvert gratuitement à tous de 18h à 20h.
On vient pour déjeuner le midi, mais aussi pour jouer à la pétanque ou boire un coup le soir. Sur le grand tableau semainier sont notées toutes les activités du jour : mardi de 18h à 19h c'est Qi-Gong, vendredi de 21h à 23h c'est DJ Parmentier, etc.

Tous les publics se mélangent, des habitants du quartier à ceux des logements sociaux. La semaine, les résidents y travaillent et à partir du vendredi l’équipe de Yes We Camp prend le relais. « Un des travaux les plus importants que l’on a à faire, c’est un boulot de médiation, expliquer au gens qui viennent boire un verre, le projet de Grands Voisins, ce n’est pas un lieu comme tous les autres », explique Elena.

Terrain de sport ©ZT

Parmi les autres infrastructures ? Des terrains de sport ouverts à tous, une médiathèque où l’association propose entre autres des ateliers corporels (shiatsu, etc.), une serre en aquaponie (symbiose), le magasin général où ont lieu des conférences (comme celles du super média de slow information, le Quatre Heures). L'association Aurore et les résidents sont eux en train de retaper la maison des médecins pour en faire un lieu de convivialité. « Il y a même un salon de coiffure, je n’aurais jamais imaginé ça », raconte Elena en rigolant. Il faut dire que si chaque association a déjà créé des projets séparément, les trois projets réunis amènent une réelle dynamique jamais vue, « ça augmente la potentialité d’insertion d’une façon extraordinaire », explique Théo.

La maison des médecins ©ZT

De quoi, peut-être, questionner la ville de Paris sur l’opportunité de pérenniser un tel projet, normalement voué à disparaître d’ici un an. « On ne peut pas vraiment se prononcer là-dessus, explique Elena, dès le départ on savait que le projet était éphémère, mais il y a des vraies questions politiques à se poser, sur les espaces en friche dans la ville. » 

Informations et réservations.

Quoi ? • Les Grands Voisins.
Où ?  • Ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, 82 avenue Denfert-Rochereau, Paris 14e.
Quand ? • La Lingerie : du mercredi au samedi de 10h-23h, le dimanche de 11h à 21h.  Camping des Grands Voisins : Tente : 22 à 27 euros / Cabane : 18 à 60 euros.

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