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Le rap français en 1 livre et 100 albums

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A l’heure où Akhenaton fait de la pub pour Coca-Cola, où Booba n’est pas Charlie, et où l’on n’a plus de nouvelles de Doc Gynéco (à part l’annonce de sa participation au festival Génération 80 – ultime consultation ?), il est décidément temps de faire le point sur le rap français. Et pourquoi pas à travers ses albums les plus marquants, comme le propose Mehdi Maizi dans son livre sobrement intitulé ‘Rap français : une exploration en 100 albums’ (éditions Le Mot et le Reste, avril 2015). Histoire de revenir simplement à la musique, et donc à l’essentiel.

Au-delà des clichés qui sont autant de barrières, l’auteur de ce guide pratique d’une scène encore peu reconnue s'engage à la faire (re)découvrir au plus grand nombre, du débutant au spécialiste. Exit donc l’éternel discours sur la violence inhérente au rap ; à Alain Finkielkraut, qui déclarait il y a quelques années « il y a un lien consubstantiel du rap et de la violence, puisque c’est une violence dans le rythme. […] Il n’y a plus de mélodie, juste une vocifération monotone. Je réclame le droit de faire une critique esthétique, et une critique politique du rap. », on conseillera d’ailleurs d’écouter, au hasard, La Caution, Oxmo Puccino, ou encore la Rumeur, histoire de se faire une idée plus riche de la chose. Exit également le reproche sur l’influence américaine (qu’Alain Soral érige comme argument ultime contre cette musique), bien réelle mais eclipsée par la vivacité d’artistes qui s’en émancipent peu à peu, et l’utilisation évidente du français comme langue.

Ainsi, à travers ses notes et commentaires sur cette sélection d’albums, Mehdi Maizi montre clairement que l’axe West Coast/East Coast trouve rapidement sa traduction dans l’Hexagone avec la relation entre Paris et Marseille, même si la capitale et l’Ile-de-France restent de loin le principal vivier (oui, c’est arrivé près de chez vous). Aux détracteurs, on pourrait également répondre que le rap est loin d’être le seul à se faire l’écho de la violence et de la culture US ; le rock français a fait les frais des mêmes attaques il n’y a encore pas si longtemps, alors qu’il est devenu depuis largement consensuel. Mais peut-être est-ce dans l’ADN du rap français de rester largement underground – ses amateurs ne s’en plaindront pas.

En parcourant ces 200 pages, on prend donc plaisir à revivre les fondamentaux d’un genre qui n’a cessé d’évoluer et se diversifier, envers et contre tout. Grâce à une écriture claire et précise, l’auteur nous fait partager sa passion (il est également rédac chef adjoint de l’Abcdr du son, site spécialisé hip-hop) avec un enthousiasme communicatif. Comme il l’écrit dans son introduction : « Cent disques. C’est énorme et peu à la fois. » Des noms les plus évidents (Akhenaton, Joey Starr, Stomy Bugsy, Booba) aux talents moins connus (Rocca, Zoxea, Salif, Kery James), la palette est assez diversifiée pour enfin rendre justice à tous les aspects du rap français, du jazzy au lascar, de l’alternatif au spirituel. De quoi apaiser le débat, et aborder sereinement une scène au caractère bien trempé.

>>> Mehdi Maizi, ‘Rap français : une exploration en 100 albums’, éditions le Mot et le Reste (à qui l’on doit également dernièrement la réédition du livre ‘Covers’, de notre éminent spécialiste de la reprise musicale et responsable du blog de Time Out Paris, Emmanuel Chirache). 232 pages, 21 euros, dans toutes les bonnes librairies.

 

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