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Goussainville village abandonné Vieux Pays
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Le Vieux-Pays, un village quasi abandonné à moins d'une heure de Paris

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A quelques kilomètres de Roissy, un vieux village, son église classée et ses 350 habitants, malmenés par la création de l'aéroport, continuent de vivoter en attendant des jours meilleurs. Ambiance champêtre post-apocalyptique garantie.

Lidl. KFC. Saint-Gobain. Dès la sortie de la gare RER de Goussainville, la départementale est bordée des sempiternelles enseignes, taches criardes au milieu de quelques champs encore cultivés, reliquats d'une époque où la région était connue pour sa culture de la betterave. Toutes les cinq minutes, un avion déchire le ciel. Roissy tonne, à quelques dizaines de kilomètres plus à l'ouest. La route fait un coude. Une sortie discrète pointe vers le « vieux » Goussainville où un panneau indique les principaux centres d'intérêt du site : le poney club, la salle des fêtes et l'église, classée. En semaine, l'après-midi, seuls le vrombissement des voitures et le caquètement des oies distraient ce lieu désert. Ou presque. Il n'est pas rare en effet de croiser quelques curieux rue Brûlée, l'artère principale. Les habitations y sont spectaculaires : dépecées, souillées de déchets, rehaussées de quelques tags et graffs colorés, elles accueillent le flâneur, intrigué par la réputation des lieux : un village « fantôme » à deux pas de l'aéroport international. « Il n'y a jamais personne ici, c'est mort ! », lance Hugo, une douzaine d'années. Ses airs bravaches sous sa capuche rouge ne trompent personne : « Arrête de faire genre, même en plein jour tu flippes ! Tu l'as dit tout à l'heure ! », le tance Nicolas. « On entend des trucs bizarres des fois. Surtout au fond vers l'église et le cimetière ! », souffle ce grand garçon qui, pour rien au monde, ne viendrait traîner dans le village au crépuscule. « On est juste venu la chercher, nous on n'habite pas ici », dit-il en désignant Paulette, la plus rationnelle de ce petit groupe d'ados, qui affirme blasée : « C'est juste tranquille, pas de quoi s'affoler. »

© KEN LAOUE

 

 

 

 

 



Goussainville Vieux-Pays accueille en effet quelque 350 habitants : ceux qui ont refusé de quitter les lieux ou qui s'y sont installés en dépit des départs suscités par l'inauguration de l'aéroport international de Roissy Charles de Gaulle en 1974. Nuisances sonores, pollution, rumeurs ont fait déguerpir une partie de la population, encouragée par le rachat juteux des habitations par les Aéroports de Paris (ADP). « J'ai grandi au village : je l'ai connu très actif avec ses commerces de bouche et même la fête foraine annuelle sur la place », se remémore Benoît Murillo, dont les parents se sont installés en 1970 dans l'ancien presbytère. Il s'agit d'une belle demeure en pierre classique, témoin de ce qu'ont pu être à une époque les ruines de la région. La petite école municipale est alimentée par « les enfants des hameaux aux alentours. C'est vraiment dommage car les maisons n'ont pas été entretenues par ADP, qui les ont murées et laissées en l'état. En 2008, elles ont été revendues en lot [80 maisons et autant de terrains, ndlr] pour un euro symbolique à la mairie. Mais rien n'a changé depuis. Il faudrait tout casser ou tout rénover ! » soutient Tony Oliveira, qui vit au village depuis 1985.

Cariste à Roissy pendant trente ans, cet énergique retraité a investi dans un corps de ferme pour « quitter les HLM, cela devenait invivable, avec trop d'incivilités. Ici c'est paisible et agréable, malgré ce que l'on dit. Les avions je ne les entends pas. Avant, à chaque fois que le Concorde passait je sortais de chez moi pour le regarder », se souvient-il avec fierté. Sa maison est toute proche de l'ancien café Au Paradis qui a servi de décor en 2010 au film d'Amos Gitaï 'Roses interdites' avec Pierre Arditi et Arielle Dombasle. « Je ne comprends pas pourquoi rien n'est fait pour ce village. Je pose la question en conseil de quartier mais je n'obtiens jamais de réponse ! », déplore ce septuagénaire. Pourtant la municipalité a reçu 2,3 millions d'euros d'aides en 2008 dont 700 000 euros ont été attribués à la rénovation de l'église, vestige de l'époque romane. Le monument reprend quelque fraîcheur et tranche avec le « château », une maison de maître de 1860, complètement délabrée qui surplombe le village depuis le parc. « La mairie dit qu'elle n'a soi-disant pas assez d'argent », grogne Philippe Vieillard, qui fut en charge de l'Association pour la défense et la sauvegarde du Vieux-Pays, et aujourd'hui son président d'honneur. « Personne n'a vraiment voulu s'occuper du Vieux-Pays. Dans les années 1970, on ne s'entendait pas au téléphone, la nuisance sonore était très forte. Aujourd'hui elle s'est considérablement atténuée en raison des progrès techniques, on peut vivre au village. Mais les habitants s'en désintéressent et le délabrement invite les vandales et les petits trafiquants » regrette-t-il.

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Si plusieurs idées de rénovation ont déjà été proposées, comme celle d'un village d'artisans ou de libraires, peu d'initiatives ont été prises. En 2008, un jeune Francilien, Nicolas Mahieux, a créé Goussainlivres, une jolie librairie d'occasion sur une petite place, mais l'activité ne décolle pas vraiment. « On pourrait pourtant faire de ce village un lieu touristique de passage ! », soutient Philippe Vieillard. L'avenir lui donnera-t-il enfin raison ? Février 2016, de nouvelles propositions de rénovation urbaine ont été présentées par Europan, un groupement d'architectes. Trois sont en lice : un chantier d'insertion économique à travers l'activité BTP, un projet relançant la filière agricole et paysagère, ou encore une initiative de développement d'activités hôtelières et touristiques. En attendant que l'un de ces projets se concrétise, les nouveaux habitants se font rares. La rumeur et la presse ont si souvent qualifié le village d'abandonné que les riverains ont vu déambuler toute sorte de visiteurs : squatteurs, graffeurs, artistes-performeurs, vidéastes et photographes de mode... « Shy'm est venue tourner un clip dans la librairie, elle pensait que c'était un décor ! Mais le pire à mon avis, c'est le groupe venu jouer au paint-ball qui s'est retrouvé devant la salle des fêtes en pleine célébration d'un mariage ! », se remémore en riant Benoît Murillo. Avis aux amateurs de sensations fortes : si le Vieux-Pays offre de très beaux décors, dignes d'une scène de 'The Walking Dead', ils risquent néanmoins de croiser quelques locaux, eux, bien vivants.

Crédits photos : © Ken Laloue. Son site Internet.

Quoi ? • Goussainville Vieux-Pays.
Comment s'y rendre ? • RER D, zone 5, 20 minutes de marche depuis la gare RER.
Que voir ? • La rue Brûlée et ses maisons sinistrées. L'église Saint-Pierre-Saint-Paul, classée, construite en 1125 puis à nouveau en 1525. Le « château » d'Hermanville.

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