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Le vin en « bag in box » concurrence de plus en plus la sainte bouteille sur nos tables

Bibo Vino / Frantz Roesch
© Dahmane

Qui a dit que le vin devait toujours se consommer en bouteille ? La réponse est connue : Louis Nicolas, entrepreneur qui fonda la maison du même nom en 1822 et fut le premier à vendre du vin sous cette forme aux particuliers. Auparavant, la bouteille était réservée aux nantis ou à l'exportation vers l'Angleterre (d'où sa contenance de 75 cl : 6 bouteilles permettaient d'arriver à un gallon impérial) et le Français buvait son vin en tonneaux, de tailles diverses en fonction de l'usage. Les Romains, eux, le buvaient en amphores. 

On l'aura compris, la sacro-sainte, la dive bouteille n'est pas bien vieille à l'échelle de l'histoire du vin. Certains font donc le pari que la population est prête à briser les idées reçues autour du « cubi », rebaptisé « bag-in-box » (ou Bib) par l'opération de la com' à l'anglo-saxonne. Il faut dire que les avantages de ce format récent sont nombreux : plus économique, mieux armé pour conserver le vin une fois ouvert, plus facile à transporter, plus écologique aussi. Le Bib est fabriqué en matériaux recyclables qui réclament moins d'énergie que le verre, qu'il faut fondre à très haute température avant de pouvoir le réutiliser. 

 

Parti de rien, le Bib représente presque 40% du marché aujourd'hui

Devant un tel constat, l'affable et chaleureux Frantz Roesch n'a pas hésité à se lancer dans le cubi 2.0 en créant BiboVino : « Quand vous voyez qu'un marché qui ne représentait rien il y a encore 15 ans fait aujourd'hui environ 40 % de part du marché dans le vin, ça vous interpelle ! » nous raconte-t-il autour d'un verre de Clos Fornelli, un vin corse qu'on recommande volontiers. L'idée autour de BiboVino ? Mettre en Bib de grands vins de terroir, issus de parcelles de taille modeste et travaillés par des vignerons respectés. Pas facile, quand la plupart des gens associent le cubi au mauvais rosé qui accompagne le barbecue en camping.

Pour réussir son pari et surmonter les réticences, cet ancien directeur d'agence de pub s'est associé à Bruno Quenioux, fils de vignerons et propriétaire de la cave Philovino à Paris. « C'est lui qui va voir les viticulteurs ! précise Frantz. Si ç'avait été moi, aucun d'entre eux n'aurait sauté le pas. Il fallait que ce soit quelqu'un dont la réputation d'amoureux du terroir n'est plus à faire. » Résultat, on trouve chez BiboVino des vignerons aussi renommés que Jean-Paul Brun dans le Beaujolais (Saint-Amour), Christophe Pichon en vallée du Rhône (Côte-Rôtie) ou Emmanuel Giboulot en Beaune (Hautes-Côtes de Nuit). Et l'équipe ne compte pas s'arrêter là.

« Ici, vous n'achetez pas sans avoir goûté auparavant »

« Pour le 1er avril, on a fait croire sur Facebook qu'on avait mis du Haut-Brion [l'un des plus anciens et grands crus classés des Graves dans le Bordelais, ndlr] en bag-in-box, se rappelle Frantz. Les gens y ont cru et nous ont harcelé pour en avoir ! Du coup, on s'est dit qu'on pouvait viser plus haut. » Résultat, BiboVino propose depuis quelques mois du Condrieu [appellation prestigieuse en vin blanc, ndlr] de chez Christophe Pichon à 100 euros les 2 litres. Une hérésie ? Pas vraiment si l'on en croit nos papilles étourdies par ce grand cru. Il faut dire que chez BiboVino, on oblige le client à déguster. « C'est obligatoire ! Il faut convaincre les sceptiques. Du coup, vous n'achetez pas sans avoir goûté, parfois même à l'aveugle, nos différents vins, en fonction de vos goûts. »

Accoudé au magnifique comptoir en étain fabriqué par les ateliers Nectoux, chacun goûte à la fois à l'ambiance conviviale de la cave et à ses vins. Mieux vaut en effet tester le catalogue, car la qualité des vins varie beaucoup, de même que les goûts et les couleurs des clients. Pas de vin nature, il faut obligatoirement ajouter un peu de soufre dans le bag-in-box, mais beaucoup de bio, et un vin en biodynamie, le Lunar Apogé en Pays d'Oc qui connaît un franc succès. Quelques surprises gustatives aussi, tel que ce Clos Fornelli cité plus haut ou un étonnant Côtes-d'Auvergne de Pierre Goigoux, ancienne appellation longtemps restée désuète. « Même certains grands sommeliers sont incapables de dire d'où viennent ces vins au goût ! » fanfaronne Frantz. Alors, terminée la bouteille qui traîne dans un coin avec un fond de vin qu'on jette dans l'évier ? Pas totalement sans doute. Mais vous reconnaîtrez désormais ces petits caissons de couleur violette quand vous les apercevrez. 

Quoi ? • BiboVino des Enfants Rouges. Le site de la marque.
Où ? • 35, rue Charlot Paris 3e.
Quand ? • Ouvert du mardi au samedi de 11h à 20h et le dimanche de 11h à 17h30.
Combien ? • De 22 euros les 3L pour le Pays d'Oc Roméo & Julieta à 108 € les 2L pour le Côte-Rôtie, mais le prix moyen tourne plutôt autour de 30-40 €. Livraison gratuite à partir de 100 euros.

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