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« L'expérience plus que la connaissance » : entretien avec Etienne Blanchot, programmateur de Villette Sonique

« L'expérience plus que la connaissance » : entretien avec Etienne Blanchot, programmateur de Villette Sonique
Photographer: William Lacalmont

Dans le paysage des festivals parisiens, la Villette Sonique symbolise à la fois l’intransigeance et l’envie d’ailleurs. A l’approche de la 12e édition, Etienne Blanchot, fondateur et programmateur emblématique du festival, nous a longuement parlé.

Pour rencontrer Etienne Blanchot, c'est au cœur du parc de la Villette qu'il faut se rendre. De la fenêtre de son bureau, une imprenable vue sur cet écrin du nord de Paris et sa « beauté soufflante ». Avec cette vue, on commence à comprendre ce qu'est la vision de la musique de celui qui personnifie le festival Villette Sonique : ensoleillée, belle et ouverte. Villette Sonique ou ce festival qui ravit aussi bien les parents mélomanes que leurs enfants avides de découverte. Cet « apatride de la musique » n’a jamais vraiment réussi à choisir entre Prince, les Cure et la scène électronique des années 1990 et cela se ressent dans cette programmation 2017. Se côtoient des groupes iconiques comme The Make Up, Einstürzende Neubauten, Annette Peacock, la création originale KOKOKO !, la fabuleuse association Group Doueh et Cheveu, le duo japonais Afrirampo ainsi que des jeunes loups issus de la crème des labels indépendants. Etienne Blanchot est le premier spectateur de son festival et c'est avec passion qu'il en parle. Une interview en forme de remède contre la monotonie.

Time Out Paris : La Villette Sonique en est à sa 12e édition. Quand tu regardes ce qui se fait aujourd'hui au niveau des festivals en France, n'as-tu pas l’impression d’avoir joué un rôle majeur dans l’émergence d’une nouvelle proposition musicale en France ?

Etienne Blanchot : Quand on a commencé avec Frédéric Mazelly, on voulait sortir de ce systématisme des groupes de saison. On voulait arrêter le temps et programmer des artistes auteurs qui sont là depuis des années. Etre davantage sur des personnalités qui apportaient un truc à l’édifice. On souhaiter intellectualiser la pop culture d'un côté et programmer de la musique savante de l'autre, sans jamais se prendre la tête ! Une démarche qui ne se faisait pas beaucoup à l’époque !

Si tu devais définir l’esprit de la Villette Sonique en un slogan ?

Notre punchline traditionnelle c’est : « l’expérience plus que la connaissance ». Parce qu’au fond, l’émotion de la découverte, c’est la plus belle émotion qui existe. La première fois que tu entres en contact avec un style de musique que tu ne connais pas trop et que ça te touche, c’est fabuleux ! Ensuite, il y a l’expérience du collectif. Pour moi, le concert réussi, c’est : tu prends une claque émotionnelle, tu parles à ton voisin que tu ne connais pas et il se passe quelque chose ! Il y a quelque chose qui doit dépasser l'artiste. 

 

 

 



La Villette en plein air va bouger vers un nouvel espace : le Périphérique/Halle aux Cuirs. Peux-tu nous parler de cette zone ?
 

Dans le contexte actuel, on a été obligé de faire autre chose. L’an dernier, on avait un peu défloré le Périphérique. C’est un décor ultra urbain, avec des verticalités incroyables. Les gens vont pouvoir déambuler dans un endroit dingue et voir des panoramiques fascinantes. En terme de déco, on aura des restes d’expo, des statues brésiliennes, des grues de chantier. Il y des zones d’inconnu mais ça rebat les cartes, c’est génial !

Est-ce qu’inconsciemment, votre manière de travailler, durement, dans l’ombre, n’est pas liée à l’histoire de la Villette et de ses halles ? 

Ça serait prétentieux de comparer notre travail à celui des gens qui travaillaient dans les halles ! Le point commun avec ce qui se passait avant, c’est de défendre le côté populaire et de s’adresser au maximum de gens, notamment avec les propositions gratuites, de créer du lien et de penser la culture comme la meilleure arme possible à la bêtise. S'il doit y avoir un lien, c’est le lien populaire.

La création originale KOKOKO ! sera un des moments forts du festival. De ce que j’ai pu voir, ça me fait penser à ce qui avait pu être fait avec Congotronics vs Rockers en 2011. Que peut-on attendre de ce projet ?

On est sur un truc électronique. Cette image de l’Afrique qui vit dans son monde est complètement dépassée ! Ce live va être dément ! La création de ce live va déboucher sur une tournée et tu as un film qui a été fait. Et ce qui est super, c'est que la magnifique expo ‘Afriques Capitales’ se termine avec le festival. On est au début de l’histoire et on est très fiers de le faire.

 

 

 

Vous avez programmé les Américains Thee Oh Sees plusieurs fois et Ty Segall deux fois en trois ans. Sachant que la redondance programmatique est loin d’être la norme, as-tu une relation particulière avec les groupes de la côté Ouest ?

On a fait le premier vrai concert des Thee Oh Sees à Paris en 2010 et il y a eu une rencontre très forte. Les Oh Sees, comme Ty Segall, ce sont des gens simples, adorables et qui même s’ils deviennent plus populaires, ne rentrent pas dans un rapport financier comme c’est le cas aujourd'hui. Pour ne rien te cacher, après avoir fait trois fois les Oh Sees, une fois Coachwips, cette année, on devait faire Damaged Bug, le nouveau projet de John Dwyer.

A côté de tes potes John Dwyer et Ty Segall, tu as un autre penchant, c’est le Japon. L’an dernier, Boredoms, cette année encore 3 groupes. D’où te vient cet amour pour la scène nippone ?  

Cette année, on fait Afrirampo qu’on avait programmé en 2006 ! Et Afrirampo, ça répond assez bien à ta question et à ce truc de l’expérience sur la connaissance. C’est deux filles habillées en rouge comme si elles venaient d’une tribu d’un autre monde. C’est un duo guitare-batterie. C’est à la fois extrêmement énergique, punk mais aussi très gracieux. Voilà, c’est ça, cette scène nous a toujours fasciné par son grain de folie.

Un lieu phare du festival se situe au Village Label, sorte de marché du disque. Quel constat fais-tu de la vitalité des labels indépendants ?

L’underground musical se porte bien en France mais sur des quantités très relatives. Y’a plus que jamais des labels qui font ça comme un projet d’artiste et qui s’en sortent très bien en faisant le bon tirage, la bonne promo. Je pense à des choses comme le Turc Mécanique, Gone With The Weed ou Teenage Menaupose qui ont une vraie identité. Le point de départ reste de sortir des disques qu’on a envie de sortir. D’être dans le panache, et pas dans une simple démarche marketing. Longtemps, tu avais l’alternatif et la grande distribution, aujourd’hui, on a des gens à la marge qui font les choses sérieusement. Ils ont envie qu’économiquement ça tienne pour pouvoir continuer ! 

Vous avez toujours eu de magnifiques affiches. Cette année, c’est l’artiste belge Sammy Slabbinck qui la réalise.

Depuis trois ans, on travaille avec des artistes collagistes. On veut attraper le regard des gens et sortir de l’affiche guitare et gens avec les bras en l’air. Nos affiches pourraient très bien être utilisées pour une expo par exemple. On s’imagine plein de choses, c’est sexy et appelant mais toutes les clefs n’y sont pas.

Si tu devais nous conseiller un autre festival parisien autre que la Villette Sonique ? En France ?

Le Sonic Protest à Paris. Et en France, à Nantes, le Soy Festival.

Si tu devais conseiller la soirée à ne pas rater cette année ?

Toutes me tiennent à cœur ! Mais si je ne devais n’en choisir qu’une, ça serait celle d’Annette Peacock. C’est le type de personnalité qui résume le festival dans ce qu’on a toujours cherché à faire : une tête brûlée, quelqu’un qui a toujours expérimenté dans le jazz et la pop, qui a refusé de travailler avec plein de monde dont Bowie sur la tournée Aladdin Sane… Elle doit avoir 100 chansons extraordinaires ! Une voix incroyable et un propos sur la musique et la place de la femme dedans tellement précieux. Et elle n’est pas venue en France depuis 25 ans. Avec OOIOO à la Cité de la Musique, c’est une énorme date.

 

Annette Peacock

 

Annette Peacock

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Louis Brossard, programmateur des Transmusicales, me disait qu’il attendait toujours les Trans avec autant d’impatience. Est-ce que c’est toujours pareil pour toi lorsqu’arrive la Villette Sonique ?

Bien sûr ! C’est un des trucs les plus précieux dans notre travail. Avec Jean-Louis, on partage ce truc de vouloir être le premier spectateur. Notre festival, c’est un film qu’on prépare toute l’année, avec un casting, des décors, etc. Le tournage, c’est le festival ! On dort quasiment pas pendant le festival surtout parce qu’on ne veut pas en rater une seconde.

 

 

 

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