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Moderat est-il toujours un supergroupe ?

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'Moderat III', nouvel album « fait de sang, de sueur et de larmes », sort le 1er avril et c'est une toute nouvelle page du trio allemand qui se tourne. Le « supergroupe » se relance dans une vaste tournée qui débutera à l'Olympia à Paris le 27 mars. L'occasion d'une conversation décousue dans le lobby d'un hôtel parisien avec Gernot, Sebastian et Sascha.

 

 

 

 

 

Time Out Paris : Du sang, de la sueur et des larmes.... Pourquoi tant de souffrance ?

Gernot Bronsert : C'était très intense. On a vraiment travaillé dur. Et fatalement au bout d'un moment, ce n'était plus drôle, mais surtout épuisant.   

En quoi 'Moderat III' est-il différent des deux précédents albums ?

Sebastian Szary : Chaque album a été réalisé dans un studio différent. Le premier chez Sascha, le second chez nous, et le troisième dans un nouvel endroit.

Sascha Ring : D'un point de vue sonore, je pense qu'il ressemble au deuxième album, mais nous avons essayé de complexifier les chansons, d'obtenir des structures rythmiques plus complexes. Certains titres ont d'étranges mesures qui se répètent de manière inhabituelle comme "Animal Trails". On a essayé de placer des étrangetés en arrière-plan tout en gardant la chanson très simple et accessible.

Gernot : Le premier album était une expérience entre Modeselektor et Apparat. Après une pause de quatre ans, on a décidé de faire un second album, mais sans être Modeselektor et Apparat, juste faire de la musique ensemble sans le bagage de nos groupes respectifs. Pour ce nouvel album, on a cherché à faire quelque chose de nouveau, qui nous ressemble davantage, qui soit unique. Nous sommes entrés en studio directement après la tournée, il n'y a pas eu de temps entre les deux et c'est pour ça je pense que le son du dernier album est similaire au précédent. Personnellement, je suis très heureux que le son de cet album se rapproche de plus en plus de ce que nous voulons faire de Moderat, ou de ce que Moderat est. 

© Flavien Prioreau

 

On utilise souvent le terme de « supergroupe » pour parler de vous, est-ce que Moderat est toujours un mélange d'individualités ou un groupe à part entière ?

Sascha : Le nom lui-même est erroné. Ca ne devrait plus être Moderat mais plutôt Szary, Sascha et Gernot. Il n'est plus vraiment question de ces autres projets. Nous avons un peu triché en utilisant Modeselektor et Apparat comme un accélérateur pour Moderat, autrement personne n'aurait écouté le premier album. Avec le second album, on s'est réellement émancipés de ce concept de mélanger deux groupes ensemble. Ce n'est donc pas vraiment un « supergroupe », mais juste un groupe.

Dans 'Moderat III', on entend énormément votre voix Sascha. Est-ce que c'était un choix, de faire un album plus vocal ?

Sascha : Lorsqu'on entre dans le studio, on collecte de nombreuses idées ensemble, puis séparément, puis on continue de réunir des idées dans des dossiers... Dans ce dossier de cinquante propositions, il y en avait une trentaine dans lesquelles il y avait des voix. C'est arrivé ainsi, au terme d'un long processus de distillation. A la fin, la plupart des chansons qui nous plaisaient contenaient des vocaux.

Gernot : C'est une étape logique.

Sascha : Mais ce n'était pas réfléchi, n'est-ce-pas ? On ne s'est pas dit : « Allez, il nous faut une chanson avec des vocaux de plus. »

Gernot : Je me rappelle même que lorsqu'on a commencé, on voulait faire un album sans voix.

Sascha : Ah oui, je me souviens. « Faisons quelque chose de complètement différent cette fois-ci, sans voix. » Mais on ne fonctionne pas de cette manière-là, avec des concepts. Tu peux avoir de grandes idées, et puis finir par faire totalement autre chose.

Vous entrez dans le troisième chapitre de Moderat, vous considérez-vous toujours comme une « expérience » ?

Sascha : Ca l'est toujours, j'imagine.

Gernot : J'aime beaucoup l'album, mais je n'ai pas vraiment aimé le processus. Ce n'était pas satisfaisant pour moi. La partie dans laquelle Sascha écrit et chante était nouvelle pour nous. C'était un nouveau chapitre auquel nous n'étions pas habitués parce que nous venons du club, de la techno. Cette période d'écriture était un tout nouveau champ dans lequel nous nous sommes sentis inexpérimentés, en danger. On a beaucoup appris durant le processus. Il y a donc eu une forme d'expérimentation, mais elle est venue d'un tout autre univers de la musique électronique. On apprend toujours et encore, et c'est chiant parfois. Il y a toujours du mouvement, jamais de silence. 

© Flavien Prioreau

 

Est-ce que Moderat a influencé votre projet perso ?

Sascha : Ca nous a donné de la liberté. Je n'ai plus vraiment d'ambition avec Apparat. Moderat est devenu le projet des grandes scènes, Apparat peut maintenant devenir plus expérimental, et Modeselektor peut retourner dans les clubs, dans l'underground. Ca a annulé toute la pression qui pouvait exister, Apparat peut désormais redevenir un hobby. Lorsqu'on a créé Moderat pour le premier album, c'était dans un désir d'établir un contraste avec nos propres projets. Personne n'aurait pu croire que Moderat allait devenir plus important que nos propres groupes.

Gernot : Apparat et Modeselektor sont maintenant nos zones d'expérimentation.

Vous parlez de Moderat comme « une incroyable bande-son »...

Sebastian : Oui c'est un son cinématographique pour un film qui n'existe pas.

Est-ce qu'il y a alors une forme de narration ?

Sascha : Pas vraiment, parce que nous ne connaissons pas l'histoire que nous racontons. Il s'agit plutôt d'une métaphore pour nous, l'idée que la musique nous emmène dans un voyage. C'est un film qui n'aurait pas de narration, un road-movie pendant lequel il ne se passerait rien. C'est comme ce temps que l'on passe en tournée. C'est bizarre, tu as tellement de temps et pourtant tu ne fais rien. A chaque fois, je me dis : « Allez, j'apprends l'italien, je fais ci et ça » mais à la fin rien ne se passe.

Trois albums, on pense nécessairement à une trilogie. Est-ce la fin ou le début de quelque chose ?

Sebastian : Pour l'instant, ce n'est qu'une trilogie.

Sascha : C'est décevant comme réponse, n'est-ce pas ? 

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